«Si les chiffres pourraient nous laisser aller à l'optimisme, on n'est quand même pas très rassuré par le nombre d'entreprises de plus de 15 salariés ayant des difficultés», témoigne Ronan Picard le président du tribunal de commerce de Brest. Car à regarder les statistiques, on pourrait se dire qu'on a limité la casse en 2011, dans le ressort du tribunal de commerce. À la fin septembre, le nombre de décisions rendues est en baisse de 2% par rapport à l'année précédente. En nombre de salariés concernés par des redressements ou liquidations, s'ils sont encore nombreux, on est à - 9%. Des redressements et des liquidations, qui, en nombre, restent sensiblement identiques. Quant aux injonctions de paiements, elles ont baissé de 16% à la fin septembre *.
Prévention confidentielle: demandes en hausse
Bref, c'est encourageant, pourrait-on se dire. «C'est un tableau en trompe l'oeil», rectifie le président du tribunal de commerce. «Si on regarde un peu dans le détail, l'activité n'a quand même pas été simple.» On méconnaît trop souvent, le travail de prévention des tribunaux de commerce. Or, si cette activité est totalement confidentielle, elle donne au président du tribunal une perception empirique de la conjoncture. «On a un climat qui montre bien une augmentation des difficultés et des inquiétudes du chef d'entreprise. Le nombre de sollicitations pour des rendez-vous dans le cadre de la prévention confidentielle a beaucoup augmenté.» En témoigne aussi le nombre encore important de procédures d'alerte déclenchées par les commissaires au compte. Pourtant, l'année avait bien commencé. Et si le bilan 2011 sera correcte dans certaines entreprises, c'est grâce à ce premier semestre. Signe du mieux de l'économie, Oséo a, par exemple, injecté 3M€ dans une vingtaine d'entreprises innovantes du Finistère. Cependant, «l'activité n'a pas redémarré après l'été», note Hervé Lelarge, le responsable de la banque d'investissements publique en Finistère. «Il y a eu un retournement cet été. C'est flagrant dans le transport où le marché s'est effondré en septembre et octobre. Les services et l'industrie sont stables, comme souvent. Dans l'immobilier, le marché de l'ancien est toujours là mais c'est le neuf qui souffre», souligne Yves Philippe, président du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants) de Brest. Les inquiétudes dépassent désormais le seul cadre des secteurs du BTP et de la restauration, qui en 2010, avaient le plus accusé le coup.
Crise en W
Une grande inconnue cristallise aussi les angoisses: les banques vont-elles continuer à financer l'économie locale? En 2008, les économistes s'interrogeaient sur la forme qu'allait prendre la crise. V, W, L, U? Finalement le W semble l'emporter avec une rechute cet été due à la crise de la dette des états. Un problème de confiance, qui s'il n'impacte pas directement l'économie réelle, provoque des incertitudes. Tout ce que détestent les chefs d'entreprise: le manque de visibilité.
*À Quimper, de janvier à septembre2011, le tribunal de commerce a prononcé 234 ouvertures de procédures collectives contre 184 en 2010, sur la même période.
Bilan Après un premier semestre globalement stable pour l'économie finistérienne, les chefs d'entreprises sont, en cette fin d'année, inquiets et attentistes.