Haut-Rhin

Textile

Les machines textiles de N. Schlumberger passent à la mécatronique

Par  Charlotte Stiévenard, le 24 juin 2022

Le fabricant haut-rhinois N. Schlumberger a décidé de moderniser ses machines textiles mécaniques pour relancer ses ventes. Grâce à un investissement de 7 à 8 millions d’euros, il introduit de l’électronique dans leur fonctionnement afin de les rendre moins gourmandes en main-d’œuvre.

Les machines fabriquées par N. Schlumberger à Guebwiller sont facturées entre 200 000 et 1,2 million d’euros.
Les machines fabriquées par N. Schlumberger à Guebwiller sont facturées entre 200 000 et 1,2 million d’euros. — Photo : Charlotte Stiévenard

Situé en fond de vallée, à Guebwiller dans le Haut-Rhin, N. Schlumberger produit des machines textiles depuis 1808. Il va désormais passer une nouvelle étape grâce à un investissement de 7 à 8 millions d’euros qui lui permettra de passer de la mécanique pure à la mécatronique, une combinaison de mécanique et d’électronique. Cette somme, financée à hauteur d’1,8 million d’euros par la Région Grand Est, doit lui permettre de renouveler son offre afin de la rendre moins consommatrice de main-d’œuvre.

La transformation des fibres naturelles de luxe

N. Schlumberger a réalisé un chiffre d’affaires de 26 millions d’euros en 2021 pour 200 collaborateurs. La société est une filiale du groupe familial guebwillerois NSC (CA 2021 : 48 M€, 420 collaborateurs) qui compte aussi la Fonderie NSC à Guebwiller et le producteur d’enrouleurs-dérouleurs strasbourgeois Monomatic. N. Schlumberger fabrique des machines et lignes de production textiles complètes de la fibre au fil, c’est-à-dire des machines pour carder, peigner, défeutrer ou encore craquer les fibres.

La société est spécialisée dans les fibres longues, comme la laine et l’acrylique, mais aussi les fibres libériennes (végétales) comme le lin, le jute, le chanvre, le sisal ou la soie sauvage. "Nous sommes les spécialistes de la transformation des fibres naturelles de luxe", explique Étienne Leroi, le directeur général de la société. Ces fibres longues représentent un tout petit marché de 3,2 millions de tonnes par an, contre 103 millions de tonnes pour l’ensemble des fibres utilisées dans le monde pour l’habillement, l’ameublement ou encore les applications techniques comme l’isolation.

La société est aujourd’hui la seule à produire des machines pour ce type de fibres dans le monde. Le prix pour une usine complète de N. Schlumberger s’échelonne de 15 à 18 millions d’euros et une machine seule de 200 000 à 1,2 million d’euros. "Nous sommes nos propres concurrents, car nos machines durent longtemps. C’est un avantage en termes d’image et de réputation, mais il faut trouver les arguments pour donner envie à nos clients de changer de machines", poursuit le dirigeant.

Alors que le monde du textile change, N. Schlumberger adapte ses machines. "C’est un métier où il y a encore beaucoup de main-d’œuvre, c’est la raison pour laquelle il a disparu d’Europe dans les années 1980", estime Eric Fessler, le directeur commercial de la société. "Mais aujourd’hui, il y a des relocalisations car nous voyons les problèmes logistiques Chine-Europe se multiplier, la main-d’œuvre en Asie n’est plus aussi bon marché. Il redevient plus intéressant de produire en Europe", poursuit Étienne Leroi. N. Schlumberger fournit ainsi des industriels du textile pour des projets d’installation en Pologne, en Bulgarie, en Roumanie mais aussi en Grande Bretagne, tandis qu’au nord de l’Italie cette industrie est restée présente. "Quand ils étaient partis en Chine, ils avaient gagné 50 % sur le prix de la main-d’œuvre, explique le directeur général. En se relocalisant, ils veulent retrouver un surcroît de productivité et un prix de revient intéressant".

Répondre aux besoins des clients

"Avec les nouvelles machines, nous passons, par exemple, de cinq à une personne pour régler une peigneuse", dévoile ainsi Luc Straumann, le directeur des études. La mécatronique intégrée dans les machines rend le travail moins physique, elle permet une optimisation du réglage des machines, avec une possibilité de sauvegarder ces réglages grâce au numérique. Elle permet également une maintenance et un entretien facilité. "Nous n’avons plus le personnel que nous avions il y a 50 ans. Le professionnalisme des opérateurs s’est décalé. La compréhension de la mécanique a baissé, mais le goût pour le numérique a augmenté", analyse Étienne Leroi.

Les nouvelles machines permettent un contrôle qualité accru, avec des alertes sur les dérives de qualité et la collecte numérisée des données. Ces outils doivent également permettre de "faire plus de services de support à distance", estime Éric Fessler. Un atout qui intéresse cette société très fortement exportatrice. Sur ses 500 à 600 clients dans le monde, environ 250 sont en Europe et seulement cinq à six en France.

N. Schlumberger espère ainsi se relancer alors qu’en 2020, le fabricant de machines textile a connu une chute de 75 % de son chiffre d’affaires, fortement touché par les effets de la crise sanitaire sur la filière du textile. "Les magasins ont fermé au moment où les stocks de vêtements étaient au plus haut. Cela a provoqué l’arrêt des filatures. Les demandes d’investissements se sont ensuite arrêtées brutalement, mais aujourd’hui cela a repris", se félicite Étienne Leroi.

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