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Automobile

L'équipementier strasbourgeois Punch Powerglide accélère sur l'hydrogène et l'électrique

Par Lucie Dupin, le 04 janvier 2022

Pour répondre aux exigences de réduction des gaz à effet de serre émis par les véhicules, l’équipementier automobile strasbourgeois Punch Powerglide diversifie ses technologies. Il mise sur l’hydrogène, sans oublier de se donner la possibilité de développer des axes électriques.

Punch Powerglide co-développe un prototype de pick-up à hydrogène.
Punch Powerglide co-développe un prototype de pick-up à hydrogène. — Photo : Lucie Dupin

Le secteur de l’industrie automobile vit une révolution, celle du changement des systèmes de motorisation pour rendre les véhicules plus propres. Plus propres pour répondre aux exigences de la Commission européenne qui souhaite, dans son Pacte vert pour l’Europe, réduire les émissions des voitures de 55 % d’ici 2030. Autant dire, d’ici demain. L’ambition est même poussée à zéro émission de CO2 à l’horizon 2050 pour le transport de biens et de personnes.

Dans un scénario optimiste, l’Union européenne projette 35 % de véhicules électriques sur l’ensemble du parc automobile européen d’ici 2030. "Mais que faire des 65 % de véhicules restants ?" s’interroge Arnaud Bailo, président de Punch Powerglide à Strasbourg (CA prévisionnel 2021 : 450 M€ ; 850 collaborateurs et 200 intérimaires).

Hydrogène et diversification

L’équipementier automobile, fabricant de boîtes de vitesses, privilégie "une approche à 360 degrés" autour de la réduction de ces émissions de CO2, en alliant hydrogène, électrique et hybridation. Le groupe belge Punch Motive International, qui compte sept sites de recherche et développement (R&D) et de production en Europe et en Chine, planche actuellement sur un prototype de pick-up à hydrogène. Un projet codéveloppé sur ses sites italien et strasbourgeois qui nécessite "50 à 80 millions d’euros de développement", selon Guido Dumarey, fondateur du groupe dans les années 1990.

Punch Powerglide, installé au Port du Rhin de Strasbourg, sur l’ancien site de General Motors, conçoit, développe et fabrique des boîtes de vitesses automatiques et des composants automobiles pour des clients comme les Allemands ZF et BMW, les Chinois Saic, Changan et Foton, le Russe UAZ ou encore le Japonais Isuzu.
100 % de sa production est exportée puisque "nos boîtes de vitesses sont destinées aux véhicules à propulsion ou quatre roues motrices tandis que la France produit des véhicules à traction", précise Arnaud Bailo.
Le site a été repris en 2013 à l’Américain GM par le Belge Punch Motive International. Depuis, le groupe, détenu à 100 % par la famille Dumarey, y a investi 250 millions d’euros dans les moyens de production, 72 millions d’euros en R&D et déploie un plan de 47 millions d’euros dans la fabrication de composants pour les boîtes huit vitesses hybride de 4e génération. Le démarrage en production, à Strasbourg, de ces échantillons initiaux de boîtes huit vitesses hybrides de 4e génération est prévu pour le printemps 2022. "Ce projet court jusqu’en 2030 avec une montée en capacité entre 2022 et 2023 et l’installation de machines complémentaires en 2023", précise Arnaud Bailo.

Viser le marché des utilitaires

La donne commence à changer avec les axes stratégiques que développe le groupe Punch. Le site industriel alsacien annonce  travailler avec le site italien que Punch a également repris à l’Américain GM à Turin en 2020 pour la R&D et la conception d’un groupe motopropulseur fonctionnant à l’hydrogène. "Nous sommes actuellement sur une phase de prototypage pour équiper un véhicule pick-up. Nous planifions une mise en production à l’horizon 2024", projette le président de Punch Powerglide, qui reste cependant discret sur l'identité des futurs clients.
Ce groupe motopropulseur, ou "power pack", est composé d’un moteur à combustion interne par hydrogène accouplé à une boîte de vitesses et un récupérateur d’énergie cinétique. La production de la partie moteur à Strasbourg constituerait donc "une nouveauté pour le site alsacien, fabricant de boîtes de vitesses, mais pas pour le groupe", précise Arnaud Bailo. Punch Motive International dispose en effet d’un site au Royaume-Uni qui travaille sur les systèmes de récupération d’énergie cinétique.

Ce power pack est destiné aux utilitaires. "Dans un premier temps, le marché est prometteur pour les camionnettes et plus. Ces véhicules ont besoin d’être propres et il faut qu’ils puissent rouler, notamment dans la perspective de la mise en place des zones à faibles émissions dans les grandes agglomérations", appuie Arnaud Bailo. Utiliser l’hydrogène avec un moteur à combustion interne permet des performances de coûts proches du diesel".

Des coûts de production similaires au diesel

Concevoir une mobilité du futur s’avère coûteux et l’hydrogène pourrait être selon certains équipementiers une solution abordable. "En réutilisant les capacités de production existantes, on peut parvenir à un coût équivalent avec un impact social moins disruptif que pour produire un véhicule électrique qui nécessite une formation de la main-d’œuvre et de nouvelles compétences", précise ainsi Arnaud Bailo. Qui insiste sur la nécessité de développer "un écosystème, de la production de ce gaz à la construction et au déploiement d'un réseau d'avitaillement" pour réussir le pari de l’hydrogène.

Avec le plan France 2030 présenté par le chef de l’État en octobre 2021, il existe une volonté de développer l’hydrogène dans l’Hexagone. "En Alsace, nous avons par exemple John Cockerill  (CA 2019 : 1,26 Md euros) qui investit pour produire de l’hydrogène ou encore l’unité de production d’hydrogène vert dans le quartier de la Meinau à Strasbourg (codéveloppée par R-GDS et Haffner Energy, NDLR), constate Arnaud Bailo. Cela s’envisage à l’échelle européenne, voire mondiale. La Chine a gagné la bataille des batteries électriques en matière d’économies d’échelle. Il ne faut pas perdre la course à l’hydrogène en Europe".

Une coentreprise pour développer l’électrique

Pour autant, le groupe Punch se donne les moyens de se diversifier et n’oublie pas le développement de l’électrique, notamment pour les voitures citadines. "Notre problématique est qu’il est difficile de savoir dans quelle direction va aller le marché. Beaucoup de paramètres vont influer sur le choix du consommateur", expose Arnaud Bailo. Le délégué général du pôle véhicule du futur (435 adhérents dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté ; budget annuel : 2,5 M€), Bruno Grandjean, abonde dans ce sens : "on observe une course à la progression de chaque technologie. La filière automobile demande de ne pas en imposer une. Ce qui se dessine pour le moment, ce sont les véhicules pour les particuliers qui tendent vers l’électrique et les véhicules pour les professionnels qui rouleront davantage à l’hydrogène".

À l’été 2021, Le groupe belge a ainsi créé une coentreprise avec le japonais Marelli Corporation pour le développement et la fabrication d’axes électriques. Cette joint-venture, au capital de 40 millions d’euros, siège à Strasbourg avec une répartition du capital de 60 % pour Marelli et de 40 % pour Punch. Les équipes sont en cours de recrutement, 15 personnes de Punch Powerglide ont été transférées dans cette coentreprise qui s’installe dans un des halls rénovés de 6 000 m² au sein du site strasbourgeois. La joint-venture sera en charge des assemblages et tests des éléments fournis par Punch Powerglide. Les axes électriques sont en cours de développement avec une perspective d’investissement de 50 à 60 millions d’euros d'ici 2030. Le groupe a enregistré sa première commande de la part d’un constructeur français, pour un démarrage en production en 2024.

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