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Interview Volta Medical : « Notre logiciel dépasse l'expertise des médecins »

Entretien avec Théophile Mohr Durdez, directeur général de Volta Medical

Propos recueillis par Didier Gazanhes - 13 décembre 2018

La start-up marseillaise Volta Medical, qui développe un logiciel d’intelligence artificielle capable de guider en temps réel les cardiologues au bloc opératoire, vient de lever 2,3 millions d'euros. Théophile Mohr Durdez, ingénieur, s’est associé aux médecins à l’origine de l’idée pour créer l'entreprise en 2016. Il revient sur les ambitions de la medtech.

Les quatre associés de Volta Medical : Julien Seitz, Clément Bars, Jérôme Kalifa et Théophile Mohr Durdez.
Les quatre associés de la start-up marseillaise Volta Medical : Julien Seitz, Clément Bars, Jérôme Kalifa et Théophile Mohr Durdez. — Photo : DR

Volta Medical vient de lever 2,3 M€, pour l’essentiel auprès du groupe Pasteur Mutualité. Pourriez-vous nous rappeler la genèse de l’entreprise ?

Volta Medical est née en 2016 de ma rencontre avec Julien Seitz, Clément Bars et Jérôme Kalifa, les trois médecins à l’origine de la méthode visuelle permettant de traiter les problèmes de fibrillation auriculaire, qui est une maladie sévère diminuant l’espérance de vie et augmentant le risque, la récidive et la mortalité des accidents vasculaires cérébraux. Cette arythmie cardiaque fréquente touche 2 à 3 % de la population mondiale. Les médecins avaient des difficultés à transmettre à d’autres praticiens leur technique. Nous avons alors eu l’idée de créer un logiciel afin de mieux diagnostiquer les problèmes. Une première levée de fonds en love money de 400 000 euros nous a permis de développer le logiciel qui, aujourd’hui, peut être utilisé en temps réel au bloc opératoire. Une étude clinique est en cours, depuis l’été 2018, à l’hôpital Saint-Joseph à Marseille. Les premières données, sur une trentaine de patients, montrent que l’expertise des médecins est égalée, voire dépassée, par le logiciel. Les premiers résultats sont attendus au printemps.

Pourquoi avoir créé une entreprise plutôt que de poursuivre ces travaux sous une forme plus académique ?

Le besoin de créer une entreprise s’est immédiatement fait sentir. Une société permet de lever des fonds, d’attirer des talents, les ingénieurs de haut niveau dont nous avons besoin. Une entreprise permet également de passer plus facilement du prototype au produit et de s’assurer de la diffusion de notre solution afin que les patients puissent réellement en profiter, ce qui est l’essentiel. Nous nous sommes rapprochés du groupe Pasteur Mutualité par un contact dans le monde médical. Ce groupe mutualiste d’assurances était en mesure de comprendre la maladie et l’intérêt de notre solution. Cela a largement facilité les échanges. Il s’est écoulé quatre à cinq mois entre les premiers contacts et la levée.

A quoi vont servir les 2,3 M€ de la levée de fonds ?

Nous allons tout d’abord lancer une étude multicentrique en Europe qui va durer environ neuf mois. Elle va permettre de communiquer et de démontrer l’intérêt du logiciel. Il nous faut également poursuivre notre R&D sur d’autres produits et, par ailleurs, préparer la commercialisation du logiciel. Nous sommes actuellement 12 collaborateurs, nous allons rapidement passer à 15, puis une vingtaine d’ici à la fin 2019. Nos futurs clients sont les hôpitaux, les centres d’intervention et le médecin, bien sûr, qui a un rôle très important dans le choix de ses outils. En France, il existe environ 150 centres qui réalisent près de 16 000 interventions par an. Aux États-Unis, on en compte 400. Le marché est international et nous visons en priorité l’Europe et les États-Unis qui sont des marchés plus accessibles que l’Asie par exemple.

Les quatre associés de Volta Medical : Julien Seitz, Clément Bars, Jérôme Kalifa et Théophile Mohr Durdez.
Les quatre associés de la start-up marseillaise Volta Medical : Julien Seitz, Clément Bars, Jérôme Kalifa et Théophile Mohr Durdez. — Photo : DR