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Nautisme

Interview Riviera Yachting Network : « Nous craignons un trou d'air à la rentrée »

Entretien avec Laurent Falaize, président du cluster régional Riviera Yachting Network

Propos recueillis par Hélène Lascols - 21 juillet 2020

Bien repartie lors du déconfinement, l’activité des chantiers de réparation et de maintenance des grands yachts du sud de la France touche à sa fin. Alors que la saison estivale du yachting est largement amputée par la fermeture encore partielle des frontières, Laurent Falaize, président du cluster régional Riviera Yachting Network et par ailleurs dirigeant de l’entreprise varoise Fioul 83, craint une rentrée difficile pour les 110 entreprises de son réseau et tire la sonnette d’alarme.

Laurent Falaize, président du cluster Riviera Yachting Network.
Laurent Falaize, président du cluster Riviera Yachting Network. — Photo : Photo : D.Gz.

Le Journal des Entreprises : Vous avez adressé un courrier au Président de la République, demandant la réouverture complète des frontières hors espace Schengen ? Quels sont les enjeux d’une réouverture totale pour la filière yachting ?

Laurent Falaize : Depuis quelques semaines, les chantiers de réparation et de maintenance des grands yachts, le tissu de sous-traitance mais aussi, et surtout, toutes les entreprises de services liées au yachting font face à une pénurie de navigation. La réouverture des frontières est devenue une nécessité car elle permettrait aux propriétaires de yachts originaires de pays hors espace Schengen, soit 70 % du nombre total des propriétaires (États-Unis, Russie, pays du Golfe, principalement), d’accéder enfin à leurs bateaux. Elle permettrait aussi aux clientèles qui louent des yachts en charter, également originaires de pays non européens, d’y accéder.

Cette activité touristique haut de gamme, mal identifiée, génère d’importantes retombées économiques (un milliard d’euros en Région Paca, dont la moitié pour le seul département du Var) pour le secteur et les activités annexes : maintenance, entretien, avitaillement, mais aussi hôtellerie de luxe, traiteur, location de voitures, etc. La saison estivale des entreprises liées au yachting étant très courte, et ayant amputée de quelques semaines par la crise, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une réouverture progressive et partielle des frontières.

Quel est le nombre estimé de yachts actuellement en navigation le long du littoral régional ?

L.F. : Aujourd’hui, les ports d’escale de la région enregistrent une baisse d’activité de 40 %. Certains remarquent que les yachts sont amarrés dans les ports varois. C’est vrai, mais parmi les plus gros yachts (30 à 60 mètres) aujourd’hui amarrés dans nos ports, seuls trois sur dix sont en activité, c’est-à-dire occupés par une clientèle en vacances et prête à dépenser de l’argent. Les autres yachts sont simplement à quai. Généralement, 50 % de la flotte mondiale de yachts, soit plus de 2 600 unités de plus de 30 mètres, naviguent le long des côtes de la région, ou à proximité, de mai à septembre. Actuellement, seulement 15 % des yachts ont traversé l’Atlantique pour venir en Méditerranée par rapport à l’année dernière.

Au-delà de l’absence immédiate de retombées économiques, quelles sont les autres conséquences à attendre de cette situation ?

L.F. : Cette situation aura en effet d’autres conséquences à la rentrée. Tous ces yachts qui ne navigueront pas cet été, ne passeront pas forcément par les chantiers de réparation et de maintenance à la rentrée. A l'automne, il n’y aura pas de nécessité absolue d’entretien et/ou de réparation pour la saison suivante… Les 110 entreprises spécialisées dans le yachting que le cluster Riviera Yachting Network représente sont dans le flou total concernant les mois d’octobre et novembre. Nos plateformes techniques font face à un manque complet de visibilité ou reçoivent des demandes pour des mises à sec de bateaux, ce qui n’est pas leur rôle, et n’est pas très bon signe pour les mois à venir.

Enfin, l’annulation de grands événements, au premier rang desquels le Festival de Cannes et le Grand Prix de Formule 1 de Monaco, deux rendez-vous majeurs qui représentent habituellement des pics d’activité pour les professionnels de la grande plaisance, a déjà représenté un important manque à gagner pour la filière.

« L’annulation récente du Monaco Yacht Show est un énième coup dur pour la profession. »

L’annulation récente du Monaco Yacht Show, qui devait se tenir à la rentrée, est un énième coup dur pour la profession, car c’est lors de ce rendez-vous annuel que se construit l’ensemble du business d’une saison à l’autre… Et les possibilités offertes par la visioconférence ne sont pas une solution dans un secteur où les sommes en jeu sont importantes et où il est donc important que les différentes parties puissent se rencontrer.

Comment s’annonce la rentrée pour les entreprises du yachting ?

L.F. : Depuis la reprise d’activité, les entreprises ont réalisé les efforts nécessaires pour redémarrer dans les meilleures conditions, mais la clientèle n’est, pour l’heure, pas au rendez-vous et les médias, en alimentant la crainte d’une nouvelle vague, créent ou amplifient une certaine angoisse, qui fait que même les plus volontaires s’interrogent. Nous nous attendons donc à un trou d’air important à la rentrée, en espérant que cette baisse d’activité ne durera pas plus d’un an.

« Le manque de visibilité nous fait craindre des jours un peu plus obscurs. »

Les aides du gouvernement ont offert une bouffe d’oxygène et, d’un point de vue économique, nous ne pouvons pas remettre en cause cela : grâce aux aides, il n’y a pas eu de casse, notamment chez les sous-traitants. La Région Sud nous a également tendu la main… Mais aujourd’hui, nous sommes dans l’expectative et le manque de visibilité actuelle nous fait craindre des jours un peu plus obscurs.

Comment les entreprises du yachting ont-elles vécu le confinement puis la reprise d’activité ?

L.F. : Le confinement a créé un décalage qui a permis aux chantiers navals de retrouver une certaine activité au moment de la reprise. Ils avaient des bateaux sur place et l’interdiction de naviguer n’a pas permis aux armateurs de se rendre dans des chantiers voisins, notamment en Italie. Cette interdiction a été un avantage pour nos chantiers du sud de la France, qui ont pu ainsi conserver leurs clients.

Les chantiers ont en outre repris assez rapidement, avant même le déconfinement, grâce au système D. Des chantiers comme La Ciotat Shipyards se sont organisés pour produire les masques dont les entreprises avaient besoin. Le cluster Riviera Yachting Network a également fourni plus de 30 000 masques, mais aussi du gel hydroalcoolique, ou des blouses.

La profession a fait la preuve de sa réactivité, de son adaptation et entend poursuivre sur cette voie. D’ailleurs, que ce soit au sein du cluster ou dans les entreprises du yachting, nous essayons de plus en plus d’associer la maintenance aux nouvelles technologies que sont le numérique ou l’intelligence artificielle. Nous avons un savoir-faire reconnu et très localisé (dans le triangle d'or de la navigation des yachts, entre Saint-Tropez, Monaco et la Corse, ce sont chaque année plus de 1 000 yachts qui viennent dans les chantiers, NDLR), à nous de rester dans la course en imaginant les plateformes techniques du futur. Un rapprochement a notamment été entrepris avec la French Tech Toulon en ce sens.

Laurent Falaize, président du cluster Riviera Yachting Network.
Laurent Falaize, président du cluster Riviera Yachting Network. — Photo : Photo : D.Gz.

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