Alpes-Maritimes

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Interview Claude Frégeac (Partagence) : "Nous voulons créer un club des entrepreneurs solidaires "

Entretien avec Claude Frégeac, fondateur et délégué général de Partagence

Propos recueillis par Olivia Oreggia - 16 novembre 2020

Créée en 2014 à Paris, l’association Partagence aide les victimes de catastrophes naturelles. Elle est ainsi présente dans les Vallées des Alpes-Maritimes touchées en octobre par la tempête Alex qui a fait 9 morts. Des entreprises la soutiennent dans cette opération mais il lui faut encore davantage de mécènes. Elle veut ainsi créer un club d’entrepreneurs solidaires des Alpes-Maritimes.

Le matériel donné par les entreprises au profit des sinistrés des Vallées des Alpes-Maritimes touchées par la tempête Alex en octobre, est stocké dans un des entrepôts de Transcan, entreprise de transport et logistique partenaire de l'association Partagence.
Le matériel donné par les entreprises au profit des sinistrés des Vallées des Alpes-Maritimes touchées par la tempête Alex en octobre, est stocké dans un des entrepôts de Transcan, entreprise de transport et logistique partenaire de l'association Partagence. — Photo : DR

Quelles sont les actions menées par Partagence ?

Claude Frégeac : Nous mettons en place des programmes post-urgence auprès des victimes de catastrophes naturelles comme celle qui a touché les vallées des Alpes-Maritimes le 2 octobre 2020. Nous identifions les sinistrés via notre plateforme internet afin qu’ils puissent exprimer leurs besoins. Nous les aidons ensuite à la réhabilitation intérieure de leur habitat par la distribution d’équipements et produits neufs. Ce programme s’étalera entre 12 et 15 mois. Nous avons sur place une équipe d’une douzaine de bénévoles très motivés.

Quel peut être le rôle des entreprises à vos côtés ?

Claude Frégeac : Les industriels et les distributeurs qui, dans le cadre du mécénat de produits, acceptent le déstockage solidaire sont le ciment de notre action. Ces sociétés reçoivent en échange un reçu fiscal pour pouvoir bénéficier de 60 % de réduction sur leur don. Soit nous redistribuons directement le matériel aux sinistrés, soit, lorsque ces derniers n’en ont pas utilité, nous le revendons à l’international, ce que permet la loi. Ainsi, nous avions un jour reçu six semi-remorques de chambres à coucher d’une entreprise fabricante. Nous en avons donné deux à des sinistrés et avons monétisé les quatre autres. De même, lorsque Kiabi nous donne de grandes quantités de textile ou que des entreprises nous donnent du parquet ou des roulements à billes, nous les revendons au profit des sinistrés. Dans ce cas aussi, l’entreprise reçoit un reçu fiscal. En revanche, quand le groupe Cofel nous donne 300 matelas de marque, nous les distribuerons aux sinistrés. Tout comme les meubles de salle de bain, fabriqués par la PME du Sud Ouest Chêne Vert. Car les besoins sont là. Dans l’Aude par exemple, où nous avons été présents pendant 13 mois après les inondations, nous avons récupéré 210 tonnes de matériel, soit l’équivalent de 12 semi-remorques d’équipement. Malheureusement, il est difficile de récupérer de l’électroménager. La logistique est compliquée et coûteuse. Nous avons ainsi décidé cet été de créer un fonds de solidarité pour pouvoir acheter du matériel, soit venant de déstockage, soit à prix négocié.

Il y a donc plusieurs biais pour apporter son aide en tant qu’entreprise ?

Claude Frégeac : Nous avons besoin de mécénat financier de la part d’entreprises de services et du mécénat de produits d’entreprises de produits manufacturés. C’est ce qu’on appelle alors le déstockage d’intérêt général. Nous pouvons aussi avoir besoin de mécénat de compétence, à l’image de ce que fait notre partenaire Transcan. L’entreprise basée à Carros nous avait déjà aidés après les inondations qui avaient touché les Alpes-Maritimes en 2015. Cette année, ils sont à nouveau présents. Ils gèrent pour nous le transport et la logistique. Hier, ils sont ainsi allés à Albi dans le Tarn récupérer des palettes de meubles de salle de bain donnés par une PME locale. Nous avons évalué l’ensemble de leurs prestations à nos côtés à près de 50 000 euros. Pour cette valorisation de compétences, l’entreprise bénéficiera d’un reçu fiscal équivalent.

Les entreprises sont-elles difficiles à convaincre pour s’engager en tant que mécènes ?

Claude Frégeac : Elles peuvent déduire 60 % de la valorisation du don. Or, vendre en déstockage est beaucoup moins intéressant pour elles. Toutes sont motivées d’abord par l’aspect financier, mais au-delà, il y a une utilité en termes de RSE, véhiculant une image solidaire. L’Hôtel niçois, La Malmaison, nous héberge à des prix défiant toute concurrence. L’enseigne d’équipement Ubaldi nous soutient. L’AS Monaco nous a donné 80 meubles. Nous sommes également en contact avec l’OGC Nice, avec la société de propreté S2N, le groupe Ippolito et d’autres encore. Nous voulons mettre quelque chose en place avec le monde de l’entreprise des Alpes-Maritimes, créer un club des entrepreneurs solidaires.
Mais c’est effectivement plus simple auprès des grandes entreprises. Les plus petites ont souvent une méconnaissance totale du principe même de mécénat. Nous n’avons pas toujours les outils pour communiquer auprès d’elles localement, pour les toucher et leur en expliquer les avantages. Certaines ignorent que le mécénat de compétences existe.

Le matériel donné par les entreprises au profit des sinistrés des Vallées des Alpes-Maritimes touchées par la tempête Alex en octobre, est stocké dans un des entrepôts de Transcan, entreprise de transport et logistique partenaire de l'association Partagence.
Le matériel donné par les entreprises au profit des sinistrés des Vallées des Alpes-Maritimes touchées par la tempête Alex en octobre, est stocké dans un des entrepôts de Transcan, entreprise de transport et logistique partenaire de l'association Partagence. — Photo : DR

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