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Interview Alain Molinié (Cabasse) : "Nous prenons le meilleur de l'analogique et du numérique"

Entretien avec Alain Molinié, PDG de Cabasse

Propos recueillis par Anthony Rey - 04 mai 2021

L’ex-AwoX, rebaptisée Cabasse (29 salariés, CA 2020 : 29,7 M€) l’an passé, est une entreprise montpelliéraine spécialiste de la maison connectée. Elle a créé l’une des plus larges gammes de solutions pour ce marché en Europe, sans s’exonérer de choix lourdement stratégiques. Le PDG Alain Molinié éclaire cette trajectoire.

Alain Molinié a fondé l’ex-AwoX, devenue Cabasse, en 2003.
Alain Molinié a fondé l’ex-AwoX, devenue Cabasse, en 2003. — Photo : Cabasse

Votre entreprise AwoX s’est fait connaître comme fabricant d’ampoules connectées, mais en quelques mois, vous avez abandonné ce nom et ce produit. Comment analysez-vous ce virage ?

Alain Molinié : AwoX a été créé en 2003 comme une société développant de nombreux logiciels et technologies. Puis nous avons évolué comme fabricant de produits en marque blanche, pour de grands opérateurs comme Orange, Canal + ou Thomson. Dans un troisième temps, nous avons réalisé notre introduction en Bourse, en 2014, afin de développer nos propres marques. Nous avions alors identifié trois marchés : l’audio, la domotique, et le lighting. Sur ce dernier créneau, nous avons réussi à produire des millions d’ampoules par an, à devenir le n°2 en Europe en cinq ans, mais ce marché était trop concurrentiel. Les volumes augmentaient mais pas le chiffre d’affaires, car cette activité réclamait trop d’investissement. Nous l’avons vendue au groupe autrichien Eglo, mais je ne vois pas cela comme un échec, surtout en termes de maîtrise technologique. Nous avons réussi à créer une des rares plateformes au monde capables de faire fonctionner des millions d’objets connectés en parallèle. C’est une vraie prouesse.

En 2014, vous avez racheté la célèbre marque d’enceintes hifi Cabasse, qui vous a donné votre nom actuel. Surfez-vous sur ce prestige pour attaquer de nouveaux marchés ?

Alain Molinié : C’est en effet une marque de renommée internationale. C’est une des rares à avoir bâti le marché de la hifi dans les années 1950, mais elle n’avait jamais franchi l’étape du numérique. Quand nous l’avons rachetée au groupe japonais Canon, elle perdait 2 millions d’euros par an. Il nous a fallu retrousser les manches, et investir 10 millions d’euros en 4 ans pour la relancer ! Aujourd’hui, avec un produit haut de gamme comme notre enceinte "The Pearl", elle tire notre croissance. Nous avons une progression supérieure à 25 % sur trois semestres d’affilée. C’est la raison pour laquelle nous avons changé de nom : pour montrer qu’on a réussi ce challenge. Le modèle est le même pour Chacon, la marque de domotique que nous avons rachetée en 2018. C’est un fabricant né il y a plus de 40 ans, leader en électricité au Benelux, mais qui devait encore intégrer un savoir-faire technologique en connectivité. Nous avons là aussi fortement investi pour l’amener vers la domotique, avec des solutions d’éclairage et de chauffage, et la vidéosurveillance, pour le marché de la sécurité et de l’accès. Nous prenons le meilleur de l’analogique et du numérique, pour les propulser sur de nouveaux marchés à plus de 20 % de croissance annuelle.

L’appartement du futur, que les médias décrivent souvent comme hyperconnecté, va-t-il enfin devenir une réalité ?

La domotique a longtemps été réservée à une élite car il s’agissait de systèmes propriétaires : telle marque ne fonctionnait pas avec telle autre. Le marché se limitait à quelques installations haut de gamme. Le taux d’équipement global était encore quasi nul il y a 10 ans. Mais cela se démocratise peu à peu, notamment grâce au smartphone. Les premières maisons connectées étaient par exemple équipées de visiophones filaires, mais on trouve aujourd’hui des systèmes complémentaires fonctionnant avec un mobile. Et regardez Cabasse, qui fait 30 % de son activité avec des enceintes multi-rooms… Le mouvement est enclenché, même s’il met 10 ou 20 ans à se concrétiser. Cabasse est à l’avant-garde, car il y a beaucoup de barrières technologiques à l’entrée de ce marché. Nous les avons levées depuis plusieurs années.

Alain Molinié a fondé l’ex-AwoX, devenue Cabasse, en 2003.
Alain Molinié a fondé l’ex-AwoX, devenue Cabasse, en 2003. — Photo : Cabasse

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