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Materrup débute l'industrialisation de son ciment d'argile bas carbone

Par Romain Béteille, le 12 mai 2022

La société landaise Materrup vient de franchir une étape majeure de son développement en débutant l'industrialisation de son ciment d'argile bas carbone. Son ambition : accélérer la transition énergétique du secteur de la construction en dupliquant ses usines.

Le ciment d'argile bas carbone de la société Materrup est fabriqué à Saint-Geours-de-Maremne, dans les Landes.
Le ciment d'argile bas carbone de la société Materrup est fabriqué à Saint-Geours-de-Maremne, dans les Landes. — Photo : Materrup

L’urgence climatique, la réglementation thermique RE2020 et, désormais, la crise des prix de l’énergie. C’est au centre de ces défis que se trouvent Charles et Matthieu Neuville, les deux frères cofondateurs de la société Materrup, en 2018, dans les Landes. "Nous évoluons dans un environnement conjoncturel et structurel passionnant. La RE2020 montre que les secteurs du bâtiment et de la construction, qui sont très émissifs (37 % des émissions de CO2 mondiales en 2020, selon GlobalABC), sont en recherche de solutions bas carbone", affirme Charles Neuville, le financier du duo.

Industrialiser le béton d’argile

L’ambition de Materrup est d’industrialiser la transformation d’argile crue ou de terres excavées en béton bas carbone. "Notre cohérence industrielle repose sur la valorisation de l’argile crue", expose Charles Neuville. Le tout grâce à une technologie brevetée, le Crosslinked Clay Cement, et testée au sein de la technopole Domolandes. "Elle est suffisamment robuste pour intégrer différentes familles d’argile. C’est un matériau abondant, peu cher, issu de ressources locales et qui a vocation à relocaliser la chaîne de valeur du ciment", plaide le dirigeant.

Selon Materrup, ce premier ciment d’argile "émet 350 kg de CO2 par tonne, soit une réduction de 40 % par rapport à un ciment classique".

Si la start-up réserve ce béton à ses partenaires industriels - bétonniers, préfabricants, constructeurs -, la société dispose aussi d'une boutique en ligne de produits préfabriqués accessible aux particuliers. L'argile est "extraite à moins de 30 kilomètres de l'usine" selon le fabricant. Tout est produit dans l'usine pilote de Saint-Geours-de-Maremne (Landes). Baptisé SMCP (pour Small Modular Cement Plant), ce type de site industriel vise une capacité maximale de 100 à 250 000 tonnes par an. La première usine a été financée grâce à une levée de fonds de 3 millions d'euros bouclée en octobre 2020, à laquelle ont participé pour moitié Sofimac Innovation, Aquiti Gestion, Irdi Soridec Gestion et Argiduna Capital.

Vers un réseau industriel

Composée aujourd’hui de 14 collaborateurs, la jeune entreprise s’apprête à en recruter dix de plus et a déjà le "second étage de la fusée" en ligne de mire : en juin 2021, elle a signé un partenariat avec le Bureau de Recherche Géologique et Minière pour créer une "filière de valorisation des terres excavées (près de 130 millions de tonnes par an selon BRGM) pour les transformer en béton Materrup".

Le second œuvre fait aussi partie des pistes plus lointaines. Côté industriel, en plus de faire tourner son usine landaise, la start-up évoque un déploiement futur dans l'agglomération bordelaise. "Ça ne sera pas pour cette année mais cela peut arriver très vite", souffle Charles Neuville, prudent au moment d’évoquer le choix du financement de cette future unité de production. "Nous souhaitons nous déployer dans différents territoires […] pour accompagner toute l’industrie de la construction en la rendant plus propre et plus souveraine", anticipe-t-il.

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