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La réglementation thermique RE2020 va créer des logements plus vertueux mais plus chers

Par Olivia Bassi Olivia Bassi Olivia Bassi, le 17 mars 2021

La réglementation thermique visant à diminuer la consommation énergétique des bâtiments neufs va laisser place à la réglementation environnementale plus exigeante, en phase avec la loi-énergie climat. La RE2020 entrera en rigueur en janvier 2022.

Un nouveau mode de calcul va prévaloir pour mesurer l’impact d’une construction. Il prendra en compte l’ensemble des émissions du bâtiment sur son cycle de vie, de sa construction à sa démolition.
Un nouveau mode de calcul va prévaloir pour mesurer l’impact d’une construction. Il prendra en compte l’ensemble des émissions du bâtiment sur son cycle de vie, de sa construction à sa démolition. — Photo : Thieury

Exit la RT 2012, place à la RE 2020. Repoussée de six mois face à la bronca des professionnels du bâtiment, la réglementation environnementale a fait aussi l’objet de quelques ajustements. Elle devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2022, pour la construction de logements individuels neufs d’abord. L’objectif est de réaliser un gain de 30 % sur la consommation énergétique comparés à l’actuelle norme RT2012. Tous les permis de construire de maison individuelle déposés après le 31 décembre 2021 devront répondre à un nouveau cahier des charges. Si les textes ne sont pas encore définitifs, les orientations de cette nouvelle mouture poursuivent trois objectifs : diminuer l’impact carbone de la construction, réduire la consommation énergétique des bâtiments et donner la priorité à l’énergie décarbonée, et garantir leur confort en cas de forte chaleur.

Ces nouvelles contraintes pour la construction sont directement issues des accords de Paris signés en 2015, où la France a pris un engagement important dans la lutte contre le changement climatique avec la promesse d’atteindre la neutralité carbone en 2050. C’est un défi pour l’ensemble le secteur du bâtiment qui représente 44 % de la consommation d’énergie et près de 25 % des émissions de CO2 en 2019, (en deuxième position après les transports).

Le train de mesures prévues devrait se mettre en place progressivement pour laisser le temps aux professionnels de s’organiser et aux alternatives industrielles de voir le jour. Pour la Fédération française du bâtiment (FFB), pour qui la RE 2020 " constitue un pari sur l’avenir ", certaines exigences à horizon 2028/2031 restent inatteignables avec les technologies actuelles et nécessitent de fortes évolutions de tous les métiers du bâtiment et dans l’industrie.

Réduire l’impact carbone

Désormais, un nouveau mode de calcul va prévaloir pour mesurer l’impact d’une construction. Il prendra en compte l’ensemble des émissions du bâtiment sur son cycle de vie, de sa construction à la phase de démolition y compris la phase de chantier, qui représentent entre 60 et 90 % de l’impact carbone total calculé sur une durée de 50 ans. Ces exigences obligeront à faire appel à des modes constructifs émettant peu de gaz à effet de serre. Cela induira un recours plus fréquent au bois (maison à ossature bois), aux isolants et aménagements intérieurs biosourcés et aux matériaux géosourcés (comme la pierre de taille ou la terre crue), la décarbonation des filières industrielles (producteurs de ciment et de béton, d’acier, d’isolants, de briques ou de tuiles) et surtout l’introduction de davantage de mixité des matériaux dans les constructions.

Exit donc les ciments traditionnels gourmands en ressources minérales et en énergie. " On ne peut plus continuer à construire comme ces cinquante dernières années sans se préoccuper de préserver les ressources naturelles et du recyclage des matériaux ", déclare Christophe Cougnaud, président du groupe vendéen de constructions modulaires dont les constructions mettent déjà en œuvre des aciers recyclés et des planchers utilisant du ciment décarboné. Des voix s’élèvent pourtant sur la prévalence du bois dans la construction. Afin d’éviter d’accroître les importations déjà massives de bois pour satisfaire la future demande, le gouvernement encourage des projets pour financer des capacités de première et de seconde transformation du bois issu des forêts françaises. " Et ce, alors qu’il décourage l’artificialisation des sols ", note un représentant d’une filière du bâtiment.

Baisser la consommation énergétique

La RE2020 sera aussi plus exigeante que la RT2012 sur la performance de l’isolation. Elle renforce l’indicateur de besoin bioclimatique (dit Bbio), un coefficient qui mesure les besoins liés au chauffage, à la climatisation et à l’éclairage d’un bâtiment en fonction de l’orientation de l’isolation et des protections solaires. Une fois les besoins en énergie réduits, exit les convecteurs électriques. Place à la chaleur renouvelable (pompe à chaleur, biomasse, réseaux de chaleur, solaire thermique).

La réglementation fixe aussi des exigences sur les émissions de gaz à effet de serre des énergies utilisées. La RE2020 prévoit la sortie des énergies fossiles dès 2025 et notamment la disparition progressive des logements neufs chauffés exclusivement au gaz. Une exigence contre laquelle les professionnels engagés dans la production de biogaz et de biofuel se sont insurgés. Une étude d’impact commandée par la Commission des affaires économiques du Sénat pointe que l’interdiction touche l’installation de 100 000 chaudières à gaz par an, menant à une perte globale de 2,95 milliards d’euros et de 8 280 emplois en équivalents temps plein dans les usines et chez les installateurs. Le gouvernement a présenté des ajustements afin de ne pas exclure la filière du gaz vert et certaines solutions industrielles innovantes.

Garantir un meilleur confort l’été

Enfin, le gouvernement souhaite que les bâtiments résistent mieux aux épisodes de canicule, qui seront plus fréquents et intenses du fait du changement climatique. Ils devront privilégier des solutions de climatisation passives par leur forme, leur orientation, leur protection contre le soleil, l’installation de brasseurs d’air ou encore de puits climatiques. La réglementation RE2020 imposera un indicateur de confort en degré/heure et fixera un seuil haut et bas qu’il sera interdit de dépasser. La RE2020 améliorera aussi le traitement de la qualité de l’air intérieur et de la ventilation qui sera contrôlé à la réception des travaux.

Surcoût de la construction

La réglementation sera progressivement de plus en plus exigeante jusqu’à 2031. L’ensemble de ces mesures induiront des surcoûts pour le secteur de la construction qui seront répercutés le long de la chaîne, jusqu’au prix du logement. Ils sont estimés par le gouvernement entre 3 et 4 % pour les mesures immédiates et jusqu’à 10 % sur la base des exigences de l’horizon 2031. Le rapport de Commission des affaires économiques du Sénat pointe de son côté une hausse des prix des bâtiments neufs supérieure à 3 %, un ralentissement des mises en chantier, une perte de chiffre d’affaires et des suppressions d’emploi. Quant au pôle Habitat de la FFB, il considère que les exigences de la RE2020 engendreront un surcoût de 6 % à 13 % dès 2022 pour une maison neuve. Et demande des mesures d’accompagnement suffisantes pour les ménages.

Un nouveau mode de calcul va prévaloir pour mesurer l’impact d’une construction. Il prendra en compte l’ensemble des émissions du bâtiment sur son cycle de vie, de sa construction à sa démolition.
Un nouveau mode de calcul va prévaloir pour mesurer l’impact d’une construction. Il prendra en compte l’ensemble des émissions du bâtiment sur son cycle de vie, de sa construction à sa démolition. — Photo : Thieury

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