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Emploi

Interview WellJob : « Notre ambition ? Devenir l’un des majors de l’intérim »

Entretien avec Stéphane Deroeux, fondateur de WellJob

Propos recueillis par Charlotte Henry - 26 septembre 2018

Stéphane et Laurence Deroeux ont créé l’agence d’intérim WellJob en 1997 à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes). Le groupe possède aujourd’hui 45 agences en France, emploie 170 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 58 M€ en 2017, en hausse de 38 % par rapport à 2016. Classé parmi les 30 entreprises de travail temporaire françaises les plus importantes sur un secteur qui en compte environ 500 et membre du réseau Bpifrance Excellence, WellJob affiche des ambitions élevées.

Stéphane et Laurence Deroeux se sont rencontrés en travaillant dans une entreprise d’intérim à Cannes et ils ont fondé leur propre société, WellJob, en 1997.
Stéphane et Laurence Deroeux se sont rencontrés en travaillant dans une entreprise d’intérim à Cannes et ils ont fondé leur propre société, WellJob, en 1997. — Photo : Well Job

Le Journal des Entreprises : Votre agence d'intérim WellJob connaît une croissance annuelle de 35 à 40 % de son chiffre d’affaires depuis 2015. Quelles sont les raisons de ce dynamisme ?

Stéphane Deroeux : La croissance, c’est pour moi l’assurance de garder mon indépendance, de pouvoir innover, investir, embaucher. Et j’adore embaucher. Je suis autodidacte et, en 21 ans, je n’ai jamais fermé une seule agence, même en période de crise. Pour garder le pouvoir de décision, nous devons être indépendants, et plus nous grossissons, moins nous sommes fragiles. Après, pour garder ses salariés, il faut pouvoir leur offrir de nouvelles opportunités et la croissance est la seule voie possible pour les faire évoluer.

La croissance est donc un choix personnel, mais qui s’appuie aussi sur un secteur qui connaît une croissance annuelle à 2 chiffres et sur lequel 30 % des offres, tous secteurs et tous métiers confondus, sont en permanence non-pourvues. C’est également un marché où les marges sont relativement faibles, donc il faut faire du volume.

Comment financez-vous cette croissance tout en gardant votre indépendance ?

S.D. : Comme bon nombre d’entreprises de travail temporaire, grâce au préfinancement du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). Lors du lancement du CICE en 2013, nous avions 17 salariés. En cinq ans, nous avons multiplié la masse salariale et le nombre d’agence par dix. Nous utilisons vraiment cette aide dans l’esprit de la loi, à savoir permettre aux entreprises d’investir ou de créer de l’emploi, grâce au remboursement de certaines charges. Avec ce système, le maximum que l’on puisse autofinancer c’est 35 à 40 % de croissance annuelle. Et il est essentiel pour nous de rester indépendant. C’est pourquoi la décision du gouvernement actuel de supprimer le CICE nous inquiète. Nous savons simplement qu’il doit être remplacé par des baisses de charges, mais nous manquons d'informations précises.

Vous avez lancé début 2017 les bornes interactives Huclink, implantées dans des lieux de vie comme les centres commerciaux, qui diffusent des offres d’emploi géolocalisées et permettent d’y répondre en 2 minutes, sans CV. Où en êtes-vous dans le déploiement de ces bornes ?

S.D. : Nous avons actuellement 23 bornes en fonction et nous allons en installer rapidement une dizaine de plus. Nous avons des accords avec Klépierre, Unibail et Gares et Connexion, avec lequel nous prévoyons un déploiement test important en Île-de-France. Nous allons également être présents à Vélizy 2 et Euralille, des cibles avec des flux importants. Pour ce projet, nous acceptons de nous ouvrir à des investissements extérieurs, car nous devons accélérer le déploiement des bornes. Huclink est donc porté par une filiale dédiée et nous sommes en train de lever 1 M€. Nous espérons couvrir l’ensemble du territoire avec 500 bornes d’ici 2020. Huclink a pour vocation de changer les modes de recrutement, en allant chercher les demandeurs d’emploi là où ils se trouvent et nous permettre d’accélérer la digitalisation de ce secteur.

La digitalisation de l’intérim est au cœur de votre stratégie...

S.D. : C’est par ce biais que nous comptons nous démarquer et devenir l’un des majors du secteur. Il y a eu pendant longtemps un frein idéologique à digitaliser l’intérim, car notre métier consiste essentiellement à gérer de l’humain. Il y avait aussi des freins technologiques, levés avec, par exemple, la signature électronique ou plus récemment l’authentification de personnes.

« Digitaliser ne signifie pas mécaniser des tâches que l’on faisait autrement, mais changer profondément la manière de faire les choses. »

Nous avons donc lancé un deuxième gros projet début 2018 pour créer une plateforme de recrutement complètement dématérialisée fonctionnant avec un smartphone. C’est un système auto-vertueux avec un classement basé sur des critères très simples comme la ponctualité, la présentation, le sérieux et un système de géolocalisation, qui permet de proposer au client les personnes disponibles sur la zone demandée. Le client choisit son candidat, puis tout se fait automatiquement, de l’ordre de mission au contrat d’intérim en passant par la facture et la fiche de paye. Pour éviter de concurrencer nos agences physiques, le chiffre d’affaires généré par la plateforme sera attribué à l’agence du secteur et cela permettra à nos salariés de se concentrer sur des tâches à valeur ajoutée, comme le contrôle de référence ou l’évaluation de poste. Pour moi, digitaliser ne signifie pas mécaniser des tâches que l’on faisait autrement, mais changer profondément la manière de faire les choses.

Comment avez-vous procédé pour mener ce projet et quel est le calendrier ?

S.D : J’ai adopté la méthode lean start-up qui consiste à lancer un produit très rapidement sur le marché avec des primo-utilisateurs, puis de faire des retours semaine par semaine, avec à chaque fois un développement et une sortie. Cela permet de lancer une offre très rapidement.

Sur les six premiers mois de l’année, nous avons créé des groupes de travail pour exprimer les besoins, puis nous avons embauché des développeurs pour créer la plateforme, que nous serons en mesure de lancer à la fin de l’année. Nous avons mis des tablettes à disposition de nos intérimaires en agence, pour recueillir leurs informations, afin d’avoir une base de données déjà bien alimentée au moment du lancement de la plateforme. Nous avons également profité de ce nouveau service pour nous mettre en règle avec le RGPD (règlement général sur la protection des données, NDLR).

Quelles sont les prévisions de chiffre d’affaires pour les années à venir compte tenu de ces projets ?

S.D. : En 2018, nous attendons une nouvelle hausse d’activité de 40 % avec un chiffre d’affaires qui devrait atteindre 78 à 82 M€. Notre objectif est d’atteindre 100 agences et 300 à 350 M€ de chiffre d’affaires dans les deux à trois ans. Nous avons fait le choix d’internaliser de nombreux services au fur et à mesure de notre croissance, comme la paie des permanents, l’informatique ou la formation. Avec les nouveaux projets en cours, nous commençons à manquer de place. Nous investissons donc 4,5 M€ dans un nouveau bâtiment. Le permis de construire a été déposé en juillet et l’extension devrait être prête en 2019.

Stéphane et Laurence Deroeux se sont rencontrés en travaillant dans une entreprise d’intérim à Cannes et ils ont fondé leur propre société, WellJob, en 1997.
Stéphane et Laurence Deroeux se sont rencontrés en travaillant dans une entreprise d’intérim à Cannes et ils ont fondé leur propre société, WellJob, en 1997. — Photo : Well Job