Toulon

Infrastructure

Interview « L'objectif est de faire investir des transporteurs turcs dans la Rade »

Entretien avec Jérôme Giraud, directeur des ports de Toulon

Propos recueillis par Rémi Baldy et Didier Gazanhes - 16 avril 2018

Après 14 ans à la direction d’encadrement du Grand Port Maritime de Marseille, Jérôme Giraud est devenu directeur des trois ports de la rade de Toulon en 2014. Ce Roquevairois de 43 ans, revient sur son plan de modernisation des infrastructures et sur les perspectives des sites de Brégaillon, La Seyne-sur-Mer et Toulon avec l'ambition de faire s'installer les transporteurs turcs de la ligne de fret.
 

Jérôme Giraud, directeurs des ports de la Rade, espère faire investir des transporteurs turcs à Toulon. — Photo : Didier Gazanhes/Le JDE

Vous êtes arrivé en septembre 2014, dans quel état étaient les ports de la rade de Toulon et quels étaient les objectifs ?

Jérôme Giraud : La rade de Toulon se positionne comme un port de niches par rapport à son voisin Marseille-Fos, qui a réussi le virage de la massification. A mon arrivée, nous avons monté un projet sur la période 2014-2019 en misant sur la qualité. Cela se traduit sur trois niveaux, l’infrastructure avec des investissements massifs pour construire, par exemple, une gare de croisière à la Seyne-sur-Mer et rénover celle de Toulon, la qualité du service avec notamment une polyvalence de nos agents d’exploitation qui sont formés pour assurer la sécurité, et, enfin, la relation avec l’écosystème, cela va de la marine nationale aux industriels en passant par les collectivités ou les syndicats. C'est ce qui nous porte depuis trois années avec des résultats intéressants. Nous nous sommes ainsi imposés sur quelques niches significatives. Et, ce qui est à mon sens le plus important, nous commençons à être reconnus à l'échelle du territoire, de la région, et même au niveau national, comme étant un port de référence sur les niches sur lesquelles on évolue.

Les infrastructures étaient la pierre angulaire de votre projet ?

J.G : Elles étaient vieillissantes et quand vous voulez adapter votre positionnement il faut les revoir. Nous avons atteint le million de passagers vers la Corse grâce à notre fiabilité, mais cela ne suffisait plus. Améliorer les infrastructures cela veut aussi dire la signalisation ou la chaussée. Nous avons séduit par la fiabilité que nous apportons et nous avons fidélisé par la qualité du service. Ainsi, Marseille a retrouvé une vraie fiabilité, mais notre trafic n’en a pas baissé, au contraire, il a même augmenté. 

Sur le fret, vous misez désormais sur la Turquie plus que la Corse ?

J.G : La Turquie est en augmentation constante et colossale. La ligne d’U.N Ro-ro représente à elle seule 69 500 remorques sur les 96 700 traitées par les ports de Toulon. Pour la Corse, nous étions inquiets car le démarrage de la Corsica Linea, en remplacement de la SNCM, aurait pu provoquer une véritable hémorragie. La baisse des trafics fret sur l’Ile de Beauté a finalement été bien contenue (-10%). Quand vous avez une centaine d’entrepreneurs corses qui décident d’avoir leurs propres bateaux pour transporter leurs propres flux, nous nous attendions à du -40 ou -50%. Aujourd’hui, pour la Corse nous misons toutefois principalement sur les passagers. Nous sommes le complément de Marseille-Fos sur le fret, mais ils sont notre complément sur le ferry.

N’est-ce pas trop risqué de ne dépendre que de quelques niches ?

J.G : Quand vous arrivez à démontrer votre qualité sur une niche et que vous êtes reconnus par vos pairs sur ce marché, l’objectif est d’élargir le spectre et de ne pas se limiter à une seule spécialité. Il y a deux ans, nous avons décidé d’essayer la Sardaigne qui est une niche similaire à la Corse. Nous visons plutôt la desserte d’îles afin de ne pas être concurrencés par la route. Ça a mieux marché que prévu avec 100 000 passagers l’année dernière. Au mois d’octobre, nous lançons une ligne vers les Baléares, c’est l’extension de notre modèle. Pour le fret, nous cherchons une connexion maritime complémentaire qui puisse faire du ramassage. On peut penser que le trafic entre la Turquie et la Tunisie pourrait passer par Toulon, cela serait plus rapide qu’un porte-conteneur obligé de faire escale dans tous les ports.

Quels sont les autres évolutions prévues ?

J.G : L’objectif est de faire investir des transporteurs turcs, déjà clients, dans la logistique de la Rade. Aujourd’hui, le trafic est géré pour le compte de clients tiers par des transporteurs turcs qui assurent le voyage d’un point A, au centre de la Turquie, à un point B, quelque part en Europe. On est en train de proposer à certains de ces transporteurs d’investir dans le port ou à proximité pour gérer leur flotte de camions ou dans un entrepôt pour avoir une base logistique, pour des pièces détachées d’électroménager par exemple, qui permettrait un service après-vente rapide en cas de défaillances. Mais pour y parvenir, il faut les prendre par la main et leur montrer le territoire. Si un ou deux s’installent, cela entraînera les autres.

Vous avez les capacités pour continuer à vous développer ?

J.G : L’espace est saturé, mais nous pouvons accueillir un quatrième bateau par semaine. Cela nous oblige à mieux nous organiser et à optimiser l’espace. Nous avons beaucoup de demandes pour le futur, notamment concernant le vrac et des produits très spécifiques comme des tuyaux et des pieux. Le vrac se développe également beaucoup avec l’important projet urbain mené à Monaco pour lequel nous allons acheminer 400 000 tonnes de granulats dès cette année, alors que nous n’en faisions que 30 000 tonnes auparavant. Mais, avec la réhabilitation de la voie ferrée dans le port, dernière étape de notre projet lancé en 2014, cela nous permettra de répondre à la demande.

Jérôme Giraud, directeurs des ports de la Rade, espère faire investir des transporteurs turcs à Toulon. — Photo : Didier Gazanhes/Le JDE

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