Lyon

Numérique

Projet H7 : pas encore né, déjà redouté ?

Par Audrey Henrion, le 02 janvier 2019

Alors que son président Cédric Denoyel et sa directrice générale Marie Esquelisse doivent présenter prochainement le projet de hub du numérique et incubateur géant lyonnais, les acteurs de l'écosystème redoutent d'être "cannibalisés".

S'ils ne veulent pas dévoiler d’objectifs de chiffre d’affaires pour le futur hub du numérique lyonnais H7, Cédric Denoyel, président, et Marie Esquelisse, directrice générale, veulent atteindre l’équilibre deux ans après l'ouverture du lieu. — Photo : Audrey Henrion

Innovation sociale, créativité, technologie et numérique. Tels sont les quatre piliers du futur hub de l'écosystème numérique lyonnais H7 - détenu par le Groupe SOS (51 %), Arty Farty (34 %) et Axeleo (15 %) -, qui devrait s'amarrer en avril 2019 au 70 quai Perrache. Mais depuis sa présentation en juin, le projet de second plus grand incubateur de start-up de France a évolué. Alors que le modèle économique de H7 devait initialement être dévoilé courant décembre, il fait déjà grincer des dents.
La structure, présidée par Cédric Denoyel (Capsa, Arty Farty) et dirigée par Marie Esquelisse, emploie pour l’heure trois salariés (bientôt cinq) et prévoit un effectif de douze personnes en 2019 (animateurs, techniciens, commerciaux et communication). La direction ne dévoile pas d’objectif de chiffre d’affaires mais entend néanmoins être à l’équilibre en deux ans. Premier objectif : remplir les 5 000 m² de l'espace, dont 300 postes dédiés à " l’accélération et l’incubation des start-up ", souligne Cédric Denoyel.

Un message « brouillé »

Face à ce projet, l’écosystème numérique lyonnais incarné, dans le désordre, par Tubà, Boost in Lyon, 1Kubator, EMLyon ou encore Waoup, se montre pour le moins prudent. Si tous saluent l’arrivée d’un nouvel acteur, tourné vers l'inclusion et la mixité, ils se rejoignent pour la plupart sur une crainte majeure : celle d’être "cannibalisés" par H7. " Le message est brouillé ", déplore celle-ci. " On a le sentiment que H7 veut se subsister aux structures existantes qui ont l’expertise ", abonde un autre. Pire : " H7 vise la rentabilité alors que ce n’est pas le cas de toutes les structures d’accompagnement ". Le moindre espace bureau sera proposé à 400 euros HT, " à ce tarif il leur faudra trouver des entreprises matures ", prévient cet acteur de la communauté. Exit les start-up " early stage ", les " scale-up " deviennent la cible, avec une jauge de trois à dix salariés. Pour accéder à des interlocuteurs plus spécialisés, obtenir un appui pour décrocher un rendez-vous business ou du coaching, il faudra payer plus. H7 entend en effet déployer un " catalogue " d’intervenants, de l’helper (bénévole) au mentor jusqu’à l’animateur dûment rémunéré.

Le syndrome "Station F"

" Si H7 se contentait de se présenter comme un lieu d’hébergement, ça irait. Mais la structure cherche aussi des partenariats pour financer ses programmes ! " râle cet interlocuteur.
Autre "hic" : les acteurs locaux portent le label French Tech Lyon en plus de leur propre marque. " Si en plus maintenant on doit rajouter H7, ça fait beaucoup ", grince celui-ci. D’autant que certains sont sollicités pour monter des verticales. Or, leur expertise pourrait s'effacer au profit de H7. Cet autre intervenant de pondérer : "l’ouverture de Station F à Paris avait provoqué un même mouvement de panique, sans raison". " Vous pouvez faire toutes les halles du monde, les start-up viennent chercher un savoir-faire, un accompagnement reconnu et ça ne s’improvise pas avec des mètres carrés", rétorque un autre acteur.

S'ils ne veulent pas dévoiler d’objectifs de chiffre d’affaires pour le futur hub du numérique lyonnais H7, Cédric Denoyel, président, et Marie Esquelisse, directrice générale, veulent atteindre l’équilibre deux ans après l'ouverture du lieu. — Photo : Audrey Henrion