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Transport

Interview Christophe Sapet (Navya) : « Un déménagement imminent sur le site de Bosch à Vénissieux »

Entretien avec Christophe Sapet, président de Navya

Propos recueillis par Audrey Henrion - 03 décembre 2018

Le constructeur de véhicules autonomes Navya termine 2018 en tenant ses objectifs de chiffre d'affaires. Après une année dense - introduction en Bourse, lancement du robot taxi Autonom Cab -, son président Christophe Sapet confirme un carnet de commandes bien rempli. Avec comme conséquence des déménagements en perspective pour suivre la cadence de la croissance.

Pour le Président de Navya Christophe Sapet, "les loueurs de voitures pourraient vite arriver sur le marché des véhicules autonomes pour opérer des robots taxi -ici l'Autonom Cab-. Ils ont de quoi financer des stocks mais aussi le savoir-faire pour gérer des centres de maintenance ou de nettoyage".
Pour Christophe Sapet Président de Navya, "les loueurs de voitures pourraient vite arriver sur le marché des véhicules autonomes pour opérer des robots taxi -ici un Autonom Cab-. Ils ont de quoi financer des stocks mais aussi le savoir-faire pour gérer des centres de maintenance ou de nettoyage". — Photo : Michaël Gounon

Le Journal des Entreprises : Navya avait annoncé pour 2018 un chiffre d’affaires de 30 M€, contre 10 M€ en 2017. Où en sont les ventes de vos véhicules autonomes ?

Christophe Sapet : Fin septembre, nous avions vendu 103 navettes Autonom Shuttle, ce qui devrait nous permettre d’atteindre cet objectif de 30 M€ de chiffre d'affaires. En décembre vont être livrés les 15 premiers Autonom Cab, nos robots taxis autonomes : dix à notre partenaire et actionnaire Keolis et cinq à notre partenaire australien. L'année 2019 sera charnière pour Navya : nous sommes les seuls à proposer des véhicules disponibles à la vente. Nous ne devons pas perdre cette avance.

Quid de l’expérimentation de ces Autonom Cab à Lyon ?

C.S. : Navly, la filiale de Keolis spécialisée dans la desserte de transport par véhicule autonome, devrait exploiter, d’ici quelques semaines, cinq véhicules dans tout le quartier Confluence, du musée à la gare Perrache. Il nous faut obtenir différentes autorisations. Nous avons besoin d’aménagement et des espaces d’arrêt dédiés, en collaboration avec la Ville : notre véhicule ne peut pas s’arrêter n’importe où, comme le ferait un taxi.

En termes de production globale de véhicules, jusqu’à quel volume pouvez-vous monter ?

C.S. : En 2019 nous franchirons significativement le chiffre de 100 véhicules produits et vendus. En passant à une organisation en "deux-huit", nous pourrions atteindre 450 véhicules. Pour Navya, l’industrialisation n’est plus un sujet. Nous sommes aujourd’hui concentrés sur des enjeux de fiabilisation.

« Nous allons passer de 280 collaborateurs aujourd’hui à 400 avant fin 2019. »

Qu’en est-il de vos besoins financiers pour ce développement ?

C.S. : Normalement nous ne ferons pas d’autre levées de fonds (Navya a déjà collecté 80 millions d'euros depuis le début de l'année : 38 M€ levés en Bourse, 11 M€ des fonds des actionnaires et 30 M€ d’endettement auprès de la Banque européenne d'Investissement, NDLR). Nous avons annoncé, lors de notre introduction en Bourse, que notre Ebitda serait à l'équilibre au quatrième trimestre 2019. Et nous devrions générer de la trésorerie à partir de 2020.

Avec les perspectives attendues, comptez-vos maintenir votre siège social et votre usine dans l’agglomération lyonnaise ?

C.S. : Oui, mais nous sommes à l’étroit partout et ça ne va pas s’arranger ! De 280 collaborateurs aujourd’hui, dont 180 dans l’agglomération, on devrait passer à 400 avant fin 2019. Leur répartition va un peu évoluer. Nous sommes sur le point de signer pour nous installer à Vénissieux et regrouper les fonctions supports et la production sur le site de Bosch. A cet endroit vont s’installer des start-up industrielles, dans le cadre d'un grand projet d'aménagement, et nous pourrons y faire circuler nos navettes. Nous conserverons notre usine de la rue Sentuc à Vénissieux, à un kilomètre de là, avec 120 collaborateurs, dont 60 en production et un bureau d’études de 25 ingénieurs.

Vous quitterez donc Villeurbanne ?

C.S. : Oui, nous n’avons plus le choix. Nous sommes passés de 17 à 30 commerciaux et avons recruté des responsables de ventes pour les zones Etats-Unis et EMEA (Europe Middle East & Africa, NDLR). Il y a deux ans, le service RH c’était une personne : elles sont quatre aujourd’hui. Et on est passé de 6 à 10 personnes dans le service financier. Sans oublier les effectifs qui explosent à la supervision, la maintenance.

Et à Paris, où est installé le service R&D ?

C.S. : Nous venons de quitter nos bureaux de 600 m² dans le quartier de l’Opéra pour emménager sur un étage de 1 400 m² dans la tour Majunga, à la Défense. De 80, l’équipe va passer à 130 personnes fin 2019. Heureusement, nous n’avons pas de de difficulté à recruter ! Selon un récent classement LinkedIn, nous arrivons en 7e position des start-up les plus attractives.

« Les économies de coûts avec une navette autonome peuvent atteindre 30 à 40 %. »

Lyon pourrait-elle devenir une ville-vitrine ?

C.S. : La vitrine serait davantage une ville européenne, adossée à un partenaire - loueur de voitures, assureur... Elle devrait être volontaire pour tester un nouveau système de mobilité et dotée de ressources financières suffisantes pour déployer 25 ou 30 véhicules. Il faut que l’effet « masse » puisse faire la démonstration du service que rendent nos véhicules. Logistiquement parlant, plus on serait proche de Lyon, mieux ce serait. La Suisse est en ligne de mire !

Vous rentrez "dans le concret", avec différents opérateurs de transport locaux qui montrent de l’intérêt pour vos véhicules.

C.S. : Nous avons signé un partenariat avec les cars Berthelet pour faire circuler notre navette autonome Mia dans la zone d’activité des Gaulnes, dans l'Est lyonnais. Avec cet acteur aimerions proposer un projet de circulation de navette pour les centrales nucléaires de la région. Dans la Drôme, nous déployons nos véhicules avec une entreprise équivalente, Bertolami, et en région parisienne avec Beegree. Autant de « signaux faibles » montrant que l’on entre dans la vraie vie !
 
A 250 000 euros le véhicule, l’investissement est lourd. Quels sont vos arguments de vente ?

C.S. : Le coût pour faire circuler un bus est à 70 % un coût "humain". L’investissement dans l'un de nos véhicules est certes plus lourd, mais les économies de coût peuvent tout de même atteindre 30 à 40 %.

Pour le Président de Navya Christophe Sapet, "les loueurs de voitures pourraient vite arriver sur le marché des véhicules autonomes pour opérer des robots taxi -ici l'Autonom Cab-. Ils ont de quoi financer des stocks mais aussi le savoir-faire pour gérer des centres de maintenance ou de nettoyage".
Pour Christophe Sapet Président de Navya, "les loueurs de voitures pourraient vite arriver sur le marché des véhicules autonomes pour opérer des robots taxi -ici un Autonom Cab-. Ils ont de quoi financer des stocks mais aussi le savoir-faire pour gérer des centres de maintenance ou de nettoyage". — Photo : Michaël Gounon