Rhône

Environnement

Interview Amoeba : « Seul Nicolas Hulot peut nous éviter de délocaliser aux Etats-Unis »

Entretien avec Fabrice Plasson, fondateur et PDG d'Amoeba

Propos recueillis par Audrey Henrion - 30 avril 2018

Sonné par le refus de signer l’autorisation de mise sur le marché de son biocide biologique comme solution de traitement de l'eau, le PDG et fondateur d’Amoeba en appelle désormais à l’intervention du ministre de l'Environnement Nicolas Hulot. Enjeu : les 46 emplois de sa société industrielle, basée à Chassieu, sur le point d’être délocalisée « à très court terme » aux États-Unis.

L’action a dévissé de 75% au lendemain de la décision du Comité. Et, « bizarrement 10% du capital de l’entreprise a été racheté en une journée » relève Fabrice Plasson, fondateur et Pdg d'Amoeba qui conserve 18% du capital. — Photo : Amoeba

Le Journal des Entreprises : Comment réagissez-vous, 72 heures après la décision qui a conduit l’action d’Amoeba à perdre 75 % de sa valeur ?

Fabrice Plasson : Nous - mes collaborateurs, nos avocats - sommes sous le choc, avec un sentiment d’immense gâchis. C’est une incompréhension totale. Je ne m’explique pas l’attitude de la France, pays rapporteur qui, à travers l’organisme Anses, devait défendre notre dossier devant le Comité des produits biocides [organe de l'Agence européenne des produits chimiques, ndlr]. En l’occurrence, l’agence française a apporté devant le Comité les éléments les plus négatifs du dossier.

Pour quelles raisons aurait-elle tenu cette position ?

F.P : On l’ignore. Les 46 salariés, ainsi que nos avocats européens spécialisés sur les biocides ne le comprennent pas. Les éléments n’ont pas de rationalité. Mais nous pourrons prendre connaissance de la teneur du dossier présenté par l’Anses le 18 mai. L'un de nos avocats nous a indiqués n’avoir jamais vu une entité comme l’Anses piétiner aussi allègrement le droit européen, les jurisprudences délivrées par la Cour européenne et le droit d’égalité de traitement entre le produit chimique et biologique. Nous avons beaucoup de colère, car si ce dossier avait été présenté par un autre pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, il aurait certainement été approuvé.

« L’usine n’a plus sa place en France (...) Je ne vais pas garder un bâtiment et des usines qui ne serviront à rien. »

Quelle va être l’action engagée par Amoeba ?

F.P : Il nous reste une chance infime de faire basculer la décision de la Commission européenne, dont la décision ultime doit être prise en octobre 2018. Mais la décision rendue vendredi dernier hypothèque très fortement la décision de la Commission, sauf si le ministre d’État, Nicolas Hulot, s’empare du dossier. Ce que nous espérons. Nous sommes la seule entreprise française qui propose un produit de biocontrôle se substituant au traitement chimique de l’eau, une technologie identique à celle mise au point durant la Première Guerre mondiale.

La poursuite de l’activité en France est-elle compromise ?

F.P : Elle l’est, très fortement. J’exprime ma tristesse à l’endroit des salariés pour tout le travail qui a été fourni. L’usine, malheureusement, n’a plus sa place en France. Nous allons rediriger nos activités sur le secteur géographique américain. Tout le matériel peut suivre, mais pas l’humain, et c’est ce qui m’attriste le plus. Nous avons 40 salariés en France. Vous imaginez l’impact de cette décision sur l’ensemble du personnel.

À quelle échéance ?

F.P : Elle est très courte, voire immédiate. Si je n’ai aucun signe de la part d’une institution politique m’assurant que ces 40 emplois sont une priorité, ainsi que le soutien à l’innovation, je ne vais pas garder un bâtiment et des usines qui ne serviront à rien. Nous n’avons pas encore de plan d’action, mais notre réflexion sera rapide, sauf élément ministériel intervenant favorablement. Sinon il y a aura forcément une restructuration profonde [Amoeba a annoncé depuis vouloir supprimer 24 postes d'ici décembre 2018, ndlr].

« Fuyez la France, prenez un autre pays si vous voulez défendre votre dossier au niveau européen. »

Vous aviez obtenu, fait rare, un prêt de 20 millions d’euros accordé par la Banque Européenne d’Investissement à l’automne 2017. Dans un tel contexte, ces fonds peuvent-ils vous aider ?

F.P : Non, car ils étaient conditionnés à l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché. La France est le meilleur terreau au monde de la création et l’accélération d’entreprise. Mais ensuite, on nous conduit à très grande vitesse en direction d’un mur réglementaire. Jamais plus je ne recommanderai aux entreprises de rester en France pour défendre leur dossier au niveau européen. Fuyez la France, prenez un autre pays ! Si nous avions eu ce conseil, nous ne serions pas dans cette situation.

Vous rebondirez ailleurs qu’en France ?

F.P : Nous allons redéposer un dossier, en passant par un autre pays de l’UE pour le défendre. Mais l’usine, d’ici trois ans, si elle doit revenir en Europe, sera basée dans le pays qui nous aura défendus. Ce n’est pas de la rancœur, mais de la logique industrielle. En tant que Français je trouve cela déplorable.

L’action a dévissé de 75% au lendemain de la décision du Comité. Et, « bizarrement 10% du capital de l’entreprise a été racheté en une journée » relève Fabrice Plasson, fondateur et Pdg d'Amoeba qui conserve 18% du capital. — Photo : Amoeba

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