Loire-Atlantique

Transport

Interview Wind Ship : "La France peut être leader sur les cargos propulsés par le vent"

Entretien avec Florent Violain, président de Wind Ship

Propos recueillis par Didier San Martin - 24 septembre 2021

Créée en 2019, l'association Wind Ship a pour objectif de promouvoir la traction des navires marchands par le vent. Elle compte une vingtaine d'entreprises membres parmi lesquelles Neoline, Mer Forte, Zéphyr & Borée, Ayro, Airseas, D-Ice Engineering... De 350 emplois en France aujourd'hui, majoritairement positionnés dans l'Ouest, la filière pourrait représenter 1 000 emplois en 2030.

Pour Florent Violain, président de Wind Ship, la France est bien positionnée sur les projets d'armateurs qui visent la propulsion principale par le vent.
Pour Florent Violain, président de Wind Ship, la France est bien positionnée sur les projets d'armateurs qui visent la propulsion principale par le vent. — Photo : Didier San Martin/ Le JDE

Comment se situe la France dans la filière des navires marchands tractés par le vent ?

Florent Violain : Le secteur grandit très rapidement, surtout en Asie et en Europe. La France est très bien positionnée au niveau des projets d’armateurs qui visent la propulsion principale par le vent. Pour l’heure, aucun cargo de ce type n’existe dans le monde mais cela va bientôt changer car 45 navires sont en projet dont plusieurs en France comme à Nantes le Neoliner de Neoline et Neopolia ainsi que le Canope de Zéphyr & Borée, ou encore le voilier du fabricant de chocolat et café finistérien Grain de Sail

La France est également très bien placée pour sa diversité technologique. Nous sommes l’un des seuls pays à proposer à la fois du kite, du cerf-volant, des toiles souples ou rigides… Nous disposons d’un panel de services assez unique. Nous avons ainsi une potentielle place de leader mais, dans la mesure où le secteur accélère, il faut savoir maintenir le rythme. Notre position est également très fragile dans la mesure où, aujourd’hui, la seule technologie qui est vraiment commercialement reconnue, c’est le rotor Flettner, ce fameux cylindre qui tourne sur lui-même et génère de la portance. Or, actuellement, cette technologie est uniquement développée par des acteurs d’Europe du nord. De fait, la Suède, la Finlande, le Danemark et le Royaume-Uni sont très bien placés sur les technologies de cargos propulsés par le vent, tout comme la Chine, le Japon et la Corée du Sud. De son côté, la France est leader mondial de la course à la voile grande distance, nous avons les plus gros constructeurs de plaisance, nous avons un écosystème très important. Pour s’affirmer leader, il faut réussir à industrialiser ce savoir-faire pour l’adapter aux navires de commerce. L’association Wind Ship est là pour ça.

Se faire tracter par le vent, c’est un peu un retour aux caravelles, en quoi est-ce si moderne ?

Florent Violain : C’est un retour en arrière mais avec des technologies et une lecture de la météo qui n’ont plus rien à voir avec ce qui se faisait avant. Il y a une différence fondamentale entre un bateau à voile traditionnel qui demande une main-d’œuvre très importante et un navire moderne capable de naviguer à grande vitesse avec un équipage réduit et une technologie de pointe. Et pour pallier le manque de vent, nous hybridons les navires. Actuellement, nous adaptons nos techniques de traction par le vent à des bateaux existants où la propulsion est effectuée par des moteurs diesels classiques. Demain, nous aurons des moteurs à hydrogène, au méthanol, au biocarburant ou qui utiliseront des combustibles que l’on n’a pas encore inventés. Certains navires auront une propulsion traditionnelle de 90 % et seront aidés par le vent à hauteur de 10 %. D’autres seront principalement tractés par le vent. Au-delà des économies de carburant et d’émission de CO2 réalisées, moins vous aurez besoin de combustibles à bord et plus vous libérerez de la place sur le navire.

La diminution du coût du carburant va-t-elle engendrer d’autres modèles économiques ?

Florent Violain : On peut considérer que la moitié du coût de fonctionnement d’un navire de fret est portée par le carburant. Si vous réduisez de moitié cette facture, vous pouvez utiliser des bateaux plus petits. Cela permet d’ouvrir de nouvelles routes, c’est notamment l’objectif de Neoline, avec des navires qui relient entre eux des ports secondaires sans avoir à passer par de grands hubs. En faisant l’économie d’une chaîne logistique lourde, vous limitez l’impact écologique tout en obtenant des délais et des coûts de porte à porte très raisonnables. Cela permettra de ramener du trafic dans certains ports. Le vent représente donc un enjeu assez fort d’aménagement du territoire.

Quel est le potentiel du secteur en termes d'emplois ?

Florent Violain : L’opinion publique fait évoluer les modes de consommation et les cadres réglementaires, le marché s’amorce, les compagnies qui ont de gros besoins de transport cherchent à décarboner leurs activités et font pression auprès des armateurs pour qu’ils s’intéressent au vent. Dans le monde, il existe aujourd’hui 60 000 grands navires et 120 000 navires de commerce qui ont une durée de vie d’une trentaine d’années. Donc si l’on veut décarboner, il faut atteler des systèmes de propulsion par le vent sur ces navires, cela leur permettrait une économie de carburant de l’ordre de 20 à 30 %. Le ministère du transport britannique pense que, d’ici 2050, 45 % des navires dans le monde seront équipés d’un système de propulsion par le vent. Aujourd’hui la filière génère 350 emplois en France, majoritairement positionnés dans l’Ouest. On estime qu’elle représentera 1 000 emplois en 2030. Et donc bien davantage ensuite.

Pour Florent Violain, président de Wind Ship, la France est bien positionnée sur les projets d'armateurs qui visent la propulsion principale par le vent.
Pour Florent Violain, président de Wind Ship, la France est bien positionnée sur les projets d'armateurs qui visent la propulsion principale par le vent. — Photo : Didier San Martin/ Le JDE

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