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Le Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire dans le creux de la vague

Par David Pouilloux, le 25 janvier 2022

L’année 2021 aura été une année noire pour le Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire. Il encaisse une chute à 19 millions de tonnes de trafic, contre 30 millions habituellement. Trop dépendant des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), le géant de la façade atlantique doit opérer sa mue en direction de nouvelles activités.

Montoir-de-Bretagne, Grand Port Maritime. Le bilan de l’année 2021 : une chute de 35 % de l’activité.
Montoir-de-Bretagne, Grand Port Maritime. Le bilan de l’année 2021 : une chute de 35 % de l’activité. — Photo : David Pouilloux

Le bilan n’est pas bon, et la mutation "n’est pas simple" pour le Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire, soulignait, en cette matinée glaciale de janvier, Christelle Morançais, présidente de la Région Pays de la Loire, et présidente du Conseil de surveillance du Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire. L’année 2021 aura été une "annus horribilis" pour le plus grand port de la côte atlantique avec une chute de 35 % de l’activité. En 2021, le trafic total du port de Nantes Saint-Nazaire s’élève à 19 millions de tonnes (Mt), dont 15,2 Mt à l’import et 3,7 Mt à l’export. Cette année est marquée par deux coups durs : l’arrêt des activités de raffinage de TotalEnergies à Donges et par les crises sanitaire et économique survenues en 2020 et qui ont chahuté fortement le trafic maritime. Ce bilan aux allures de désastre est bien loin de l’année record de trafic, en 2005, avec 35 Mt.

De retour dans les années 80

"Nous sommes de retour dans les années 80, reconnaît Olivier Trétout, directeur général du Grand Port Nantes-Saint-Nazaire et président du directoire. Cette année 2021 révèle les fragilités du Grand Port avec un commerce fortement dépendant de la volatilité des trafics du pétrole, du gaz et du charbon qui assuraient les deux tiers de son activité. Ce modèle a 50 ans et il a clairement montré ses limites. C’est un avertissement. "Au creux de la vague, le Grand Port doit se réinventer. C’était d’ailleurs l’objet du projet stratégique 2021-2026 de Nantes Saint-Nazaire Port, voté à l’unanimité du conseil de surveillance, en décembre 2021. Dans la tempête, on serre les rangs. La présidente de Région, le dit : "la couleur politique ne compte pas. Le port est un outil extraordinaire au service de notre territoire, et des entreprises de notre territoire en particulier. Nous devons avoir une ambition forte autour des énergies marines renouvelables et de l’hydrogène". De l’autre côté de l’échiquier politique, le maire de Saint-Nazaire, David Samzun, vice-président du conseil de surveillance, défend le rôle du port en posant cette question : "Imaginez un seul instant quel serait l’état de notre économie sans le Grand Port ?" Il ajoute : "Nous construirons son avenir autour de la transition écologique."

150 millions d’euros pour l’éolien offshore flottant

Le développement de l’éolien offshore sera ainsi la pierre angulaire de cette transition de ce que la patronne de la Région nomme "l’écoport de la façade Atlantique." Aussi, les investissements seront au rendez-vous avec une très grosse facture : entre 100 et 150 millions d’euros, par exemple, pour la construction d’une nouvelle base d’assemblage des différentes pièces des éoliennes offshore flottantes taille XXL. Des éoliennes installées au grand large aux nuisances réduites car invisibles depuis la côte. La livraison devrait être effective en 2026 au niveau du quai de la réparation navale. Des projets autour du solaire et de l’hydrogène sont aussi dans les cartons. Des discussions sont engagées avec les ports bretons, celui de la Rochelle et du Havre. "Il faut éviter la concurrence et viser la complémentarité", lance Christelle Morançais.

Autre volet de la diversification des activités portuaires : la location de foncier aux entreprises pour de la logistique ou de l’immobilier tertiaire. Environ 200 ha sont disponibles, du côté du port de Montoir-de-Bretagne. Quelques hectares pourraient être loués du côté de Saint-Nazaire et de Nantes dans la zone de Cheviré. "Une partie de la réindustrialisation de la France pourrait se faire via les fonciers du port", prophétise Olivier Trétout. Deux vastes hangars de toiles et d’acier sont déjà prêts à accueillir des entreprises et leurs marchandises, tout à côté du port roulier. Un parfum de futur flotte ici, à trois battements d’ailes de goéland du pont Nantes-Saint-Nazaire noyé dans la brume hivernale.

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