Vendée

Agriculture

Coronavirus : en Vendée, les ostréiculteurs se digitalisent pour limiter la casse

Par Jéromine Doux, le 07 mai 2020

La Vendée concentre plus de la moitié des ostréiculteurs de la région. Et même si la filière commercialise des denrées alimentaires, elle perd en moyenne 80 % de son chiffre d’affaires. Face à cette année noire, démarrée dès le mois de janvier avec la « gastro de l’huître », certains ostréiculteurs se digitalisent ou optent pour la livraison pour limiter la casse.

Les parcs ostréicoles des Viviers de la Guittière, à Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée.
Les parcs à huîtres des Viviers de la Guittière, à Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée. Le département concentre les deux tiers des ostréiculteurs des Pays de la Loire. — Photo : François Dewalles

Dans les Pays de la Loire, la baie de Bourgneuf, en Vendée, concentre les deux tiers des entreprises ostréicoles. La région détient 13 % des surfaces nationales. Mais la filière souffre depuis le début de l’année 2020. « Les difficultés ont commencé dès le mois de janvier avec la gastro de l’huître », rappelle François Dewalles, le gérant des Viviers de la Guittière (2 salariés, 400 000 € de CA), à Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée. Un norovirus a en effet contaminé une grande partie des parcs ostréicoles, mi-janvier. En cause : des matières fécales en provenance des eaux des stations d’épuration. « Notre zone est restée fermée plusieurs semaines. Et le commerce a eu du mal à redémarrer », explique François Dewalles. Résultat : deux mois d’activité proches du néant. La filière a pu reprendre une activité normale mi-février. Mais les mesures de confinement, pour éviter la propagation du coronavirus, sont vite arrivées. Alors, même s’il pouvait continuer à ouvrir sa boutique, François Dewalles a préféré fermer. 

François Dewalles est ostréiculteur à Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée. Pour continuer à vendre ses huîtres, il a créé un site internet et a signé un contrat avec Chronopost Food pour pouvoir livrer partout en France.
François Dewalles est ostréiculteur à Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée. Pour continuer à vendre ses huîtres, il a créé un site internet et a signé un contrat avec Chronopost Food pour pouvoir livrer partout en France. - Photo : Feançois Dewalles

80 % du chiffre d'affaires en moins 

Tout comme Christophe Chouquet, installé dans la baie de Bourgneuf, à Bouin. « C’est une année très compliquée. On avait fait une belle fin d’année 2019, de septembre à décembre mais j’ai perdu 50 % de mon chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2020 », confie-t-il. Selon le président du Comité national de la conchyliculture en Pays de la Loire, les ostréiculteurs auraient perdu jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires en moyenne.« La filière est représentée par de très petites entreprises, où travaillent une à deux personnes. Elles sont donc fragiles et manquent de trésorerie », éclaire Jean-Yves Le Goff, le président du comité.

Drives, sites internet, livraisons à domicile

Dans ce contexte morose, de nombreux ostréiculteurs se retroussent les manches pour trouver de nouveaux marchés et continuer à commercialiser leurs huîtres. « Certains se sont associés à des producteurs de fruits et légumes, par exemple, pour vendre leurs bourriches via des Amap (association pour le maintien d’agriculture paysanne). D’autres ont mis en place des sites internet, des drives ou se sont lancés dans la livraison à domicile », énumère le président du Comité national de la conchyliculture en Pays de la Loire, qui estime que beaucoup d’ostréiculteurs ont cherché de nouveaux marchés.

« Nous n’avons plus de place pour accueillir des naissains d’huîtres »

Car la plupart se retrouvent avec « des dizaines de tonnes d’huîtres sur les bras », qui continuent à grossir dans les parcs. « Ce sont les numéros 3 qui se vendent le mieux, mais dans deux mois, elles seront trop grosses et deviendront des numéros 2 », s’inquiète Christophe Chouquet. Sans compter que ces stocks d'invendus pénalisent toute la chaîne. « Nous n’avons quasiment plus de place pour accueillir des naissains d’huîtres », poursuit l'ostréiculteur, qui a toutefois besoin de personnel pour continuer à s’occuper des parcs et ne peut donc pas recourir au chômage partiel. 

Une dégustation d'huîtres devant les parcs ostréicoles.
Une dégustation d'huîtres devant les parcs ostréicoles. - Photo : GMVT

Des huîtres livrées partout en France en 24 heures 

Pour se débarasser d'une partie de son stock, François Dewalles, le gérant des Viviers de la Guittière, s'est lancé dans la création d'un site internet et a signé un contrat avec Chronopost Food pour livrer ses produits aux quatre coins de la France en 24 heures. Depuis le début du mois d’avril, la petite entreprise livre 10 à 15 colis par semaine. « Pour nous, c’est très bien », se satisfait le dirigeant. En parallèle, il assure la livraison à domicile chez des particuliers qui se trouvent à proximité de son magasin. Grâce à ce service, François Dewalles arrive à effectuer environ 300 livraisons par semaine. « On n’est pas obligé d’attendre le client, on peut rebondir », estime-t-il. Car même si ces démarches ne lui permettent pas de réaliser plus de 20 % de son chiffre d’affaires habituel, « cela suffit pour faire survivre l’entreprise », estime-t-il. Comme beaucoup de ses confrères, François Dewalles propose aussi de la dégustation d’huîtres sur son site. Une activité qui ne pourra redémarrer que quand les restaurants seront autorisés à rouvrir. Mais l’ostréiculteur ne manque pas d’idée pour récupérer une partie du chiffre qu'il voit se volatiliser. « On peut imaginer livrer des plateaux de fruits de mer pendant l’été, en s’associant avec d’autres producteurs locaux, lance-t-il. En réfléchissant, on peut trouver pleins de solutions. »

« Il n’y a que trois clients qui passent chaque jour. »

A Fromentine, l'ostréiculteur David Lecossois, en a, en effet, trouvé une autre. « Pendant la crise, le Département offre l’adhésion à la marketplace en ligne Place Vendée, j’en ai profité », précise-t-il. Les débuts sont timides mais cela lui permet de gagner en visibilité et de tester de nouveaux canaux de commercialisation. Car même s’il est toujours ouvert, le gérant enregistre une chute de son chiffre d’affaires de 90 %. « Il n’y a que trois clients qui passent chaque jour. »

Les parcs ostréicoles des Viviers de la Guittière, à Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée.
Les parcs à huîtres des Viviers de la Guittière, à Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée. Le département concentre les deux tiers des ostréiculteurs des Pays de la Loire. — Photo : François Dewalles

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