Bretagne

Réseaux économiques

Coronavirus : des réseaux bretons très actifs pour guider les entrepreneurs

Par Baptiste Coupin, le 06 mai 2020

L’UE35, le Réseau Entreprendre Bretagne ou encore les réseaux Yao! ou APM : face à la crise sanitaire et malgré le confinement, les réseaux bretons sont plus connectés que jamais à leurs membres chefs d’entreprise pour les aider à y voir clair et à prendre les décisions qui s’imposent. La visioconférence devient le nouveau lieu de partage et d’échanges.

Une délégation de 185 chefs d'entreprise participe au voyage de l'UE35 en Israël.
A défaut de pouvoir organiser des soirées membres, les réseaux bretons (à l'image, des chefs d'entreprise adhérents de l'UE35) connectent les patrons en visioconférence dans la situation du moment. Un moyen de les sortir de leur isolement, de les informer, et de favoriser les échanges. — Photo : Baptiste Coupin

« Les réseaux, on en voit encore plus l’intérêt quand la situation est compliquée. Ils sont utiles en temps normal pour accompagner les croissances. Mais ils deviennent primordiaux pour ne pas rester isolé en temps de crise. D’autant plus en ce moment, parce qu’on travaille à distance et qu’on a moins de contacts humains… » En plus de s’occuper du développement du cabinet RH Happy to meet you qu’il a cofondé depuis Rennes, Florent Letourneur est un assidu des réseaux. Auprès de qui il cultive un lien fort pendant cette crise du coronavirus. Ce patron quadra, qui se définit sur son compte Twitter (un autre réseau qu’il affectionne) comme un passionné des entreprises, fréquente l’Union des Entreprises 35 (UE35), le premier réseau d’entrepreneurs bretilliens, rassemblant quelque 800 entreprises en Ille-et-Vilaine. Mais aussi le Réseau Entreprendre Bretagne, dédié aux créateurs et repreneurs d’entreprises. Ou encore Yao!, le réseau breton tourné vers les jeunes entrepreneurs.

Quand l’UE35 fait le lien avec l’administration

Autant de réseaux qui, dans cette période troublée, restent très actifs pour aider leurs adhérents. Faisant parler son expérience, l’Union des Entreprises 35 s’est ainsi très vite mise en branle en élaborant des fiches pratiques pour informer les patrons des évolutions réglementaires (juridiques et fiscales), au jour le jour. Tout en se montrant disponible pour des services personnalisés au cas par cas (sur les demandes de chômage partiel…). Le réseau a aussi instauré, dès la mi-mars, des visioconférences avec les services de l’Etat. Sur deux sessions organisées en mars et mi-avril, la préfète d’Ille-et-Vilaine et de Bretagne, Michèle Kirry, et Hervé Lelarge, directeur régional de Bpifrance en Bretagne, ont notamment pu répondre aux questions des entrepreneurs. Ainsi qu’un représentant des banques bretonnes (Yann Lejolivet) et les services administratifs (Direccte + Finances publiques). Dans son modus operandi, l’UE35 s’est connectée à son audience grâce à Klaxoon, le spécialiste des réunions collaboratives à Rennes. « On a fait le lien entre l’entreprise et l’administration en organisant et en agençant les questions, avec des problématiques remontées sur différents secteurs d’activité, explique Hervé Kermarrec, président de l’organisation patronale. Quant au recours à Klaxoon, c’était pour nous une occasion de faire appel à une entreprise du territoire et de bénéficier de l’ingénierie et d’un savoir-faire que nous n’aurions pas pu avoir ». Ces « visios » ont été appréciés, connectant à deux reprises 2 500 chefs d’entreprise en direct ou en replay. « C’était important, pour nous aider, nous informer et nous conforter dans nos choix, réagit Florent Letourneur. Les questions administratives, l’organisation du travail, c’est du mi-temps pour moi en ce moment. Ça permet aussi de montrer qu’il y a des gens sur le territoire pour nous écouter. Ils savent ce que c’est qu’un entrepreneur. Nous ne sommes pas seuls face à l’administration… »

« Rester solide à la barre »

La visioconférence. Un nouveau moyen de se réunir entre dirigeants à l’heure de la distanciation sociale, mais aussi un mode d’expression dont se saisissent un grand nombre de réseaux. C’est le cas de Yao!, le fonds breton pour la jeunesse créé par le restaurateur Mario Piromalli, gérant de 24 McDonald’s en région rennaise. L’association épaule de jeunes entrepreneurs présents aux quatre coins de la Bretagne. Cela grâce à l’implication de chefs d’entreprise aguerris. Fin avril, le réseau a organisé une première réunion « Zoom » pour s’enquérir du moral des troupes.

Mario Piromalli, fondateur de l'association Yao!
Mario Piromalli, fondateur de l'association Yao! - Photo : Baptiste Coupin

« Avant d’évoquer les difficultés économiques, financières et commerciales de leurs entreprises, nous avons commencé par leur demander comment ça allait pour eux, personnellement, rend compte Mario Piromalli. Le moral, c’est extrêmement important dans la situation du moment. Nous proposons de l’entraide et de l’accompagnement moral. On les encourage à tenir. Le bateau tangue, mais il faut rester solide à la barre ». D’autres visios suivront en mai. Dont une sur « le monde d’après ». Sur ce point, Mario Piromalli estime que le coronavirus va accélérer la mutation des entreprises. « Avant la crise, les jeunes s’engageaient déjà vers des projets qui ont du sens. Maintenant ça va encore plus loin que ça. Il faut veiller à la sécurité, aux collaborateurs, prendre soin de la planète… On est dans des considérations meilleures. On les encourage dans ces visions-là, parce que c’est ça le monde de demain. Il faut changer ! » Avant de réinventer l’avenir au contact de sa communauté, le réseau reste bien concentré sur les besoins pressants du moment. Il vient de lancer une cagnotte qui sera versée à la fondation SolidaRen pour aider les jeunes, membres de Yao! ou non, dont l’activité économique a été mise en péril par la crise sanitaire. « L’entraide et la bienveillance sont au cœur de l’action de Yao!. Nous sommes parfaitement dans notre rôle avec cette initiative », appuie son fondateur.

Une task-force de chefs d’entreprise bénévoles

Entraide et bienveillance. Des valeurs qui caractérisent bien également le Réseau Entreprendre Bretagne. En plus de l’accompagnement, au cœur de son ADN. Pendant cette crise, le réseau fait aussi jouer son esprit de solidarité pour accompagner encore davantage ses lauréats, créateurs ou repreneurs, soit environ 150 chefs d’entreprise. « Nous avons répondu les premières semaines sur le choc, l’émotion, l’urgence. Et puis nous avons réorganisé nos modes de fonctionnement, rend compte Bruno Voyer, directeur du réseau. Depuis la mi-avril nous reprenons nos activités comme si de rien n’était, mais évidemment à distance. Ce qui signifie : des clubs de lauréats qui se réunissent en visio, et des clubs des accompagnateurs, organisés par département, pour faire un point sur la situation de leurs lauréats. »

Christian Tacquard, président de Réseau Entreprendre Bretagne, et Bruno Voyer, directeur.
Christian Tacquard, président de Réseau Entreprendre Bretagne, et Bruno Voyer, directeur. - Photo : © Virginie Monvoisin

Les chefs d’entreprise bénévoles sont plus engagés que jamais. Dans le Morbihan, Didier Toulgoat, fondateur de la société de conseil « Osons le conseil », et membre de Réseau Entreprendre Bretagne accompagne en ce moment Breizh Auto à Belz. « Nous avons un rôle de transmission. Nous avons tous des expériences de vie que nous pouvons mettre à la disposition du lauréat. L’idée c’est aussi d’inciter le dirigeant à ne pas rester seul. Mon lauréat se porte bien mais nous avons créé une task-force avec d’autres chefs d’entreprise pour nous mettre au service d’entreprises en difficulté. Ça peut permettre de sortir d’une difficulté économique ou de marché ». En Finistère, le restaurateur franchisé Del Arte Erwann Le Glouannec accompagne de son côté deux entreprises pour le Réseau Entreprendre Bretagne : un hôtel-restaurant du Sud-Finistère et la start-up NDMac Systems. « Nos échanges ont radicalement changé ! », explique-t-il. De conversations sur l’opérationnel de l’entreprise, accompagnants et lauréats sont passés à des sujets de gestion de crise. « L’urgence, c’est aujourd’hui et dans 12 mois : comment passer cette crise », indique le parrain finistérien qui a noté une demande plus forte d’aides de la part des lauréats primo-entrepreneurs. « C’est important pour tout le monde en ce moment d’être conforté dans l’idée que nous ne sommes pas les seuls à vivre ça ! » Réseau Entreprendre Bretagne a aussi instauré des webinaires avec des experts qui s’expriment sur le pilotage de l’entreprise en temps de crise. Qu’elle soit financière, sanitaire, commerciale… Ces rendez-vous réunissent une quarantaine de participants tous les jeudis matin. Mais l’heure est aussi à « l’après ». Le réseau vient de réattaquer le suivi de projets sur les futurs lauréats. « Malgré la crise, nous avons des porteurs de projets qui viennent nous voir en nous disant « J’ai un projet de création d’entreprise ». J’ai quatre ou cinq dossiers sur la table en ce moment. Ça laisse de l’espoir », sourit Bruno Voyer.

« Apéro à distance »

Il y a donc motif à voir l’avenir avec un coin de ciel bleu. D’ailleurs, pour couper court à la sinistrose ambiante, certains réseaux ont déjà pris l’option du lâcher prise. À l’image du club APM (Association progrès du management) de Rennes qui, chaque vendredi soir, réalise un « apéro à distance » via la plateforme Zoom. « Nous avons créé un groupe Covid-19 sur WhatsApp d’abord, pour échanger nos bonnes pratiques, raconte Laurent Le Roux, membre du réseau APM et dirigeant de Forstaff à Rennes. Puis, nous avons institué cet apéro d’une heure, où on peut échanger en dilettante, pour décompresser de la semaine. Chacun donne son humeur sous la forme d’une météo. Cela permet de sortir de son isolement… » Grâce aux réseaux bretons, le soleil n’est pas loin de revenir…

Une délégation de 185 chefs d'entreprise participe au voyage de l'UE35 en Israël.
A défaut de pouvoir organiser des soirées membres, les réseaux bretons (à l'image, des chefs d'entreprise adhérents de l'UE35) connectent les patrons en visioconférence dans la situation du moment. Un moyen de les sortir de leur isolement, de les informer, et de favoriser les échanges. — Photo : Baptiste Coupin

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