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La dentelle de Calais-Caudry obtient une Indication Géographique

Par Élodie Soury-Lavergne, le 26 janvier 2024

Née il y a près de 200 ans, la dentelle de Calais-Caudry vient d’obtenir une Indication Géographique (IG). Homologuée par l’INPI, celle-ci doit permettre à la filière, affaiblie par une succession de crises et une concurrence forte, de lutter contre la contrefaçon, tout en bénéficiant d’une belle mise en lumière.

La dentelle de Calais-Caudry vient d’obtenir une Indication Géographique. Il s’agit de la dix-septième IG homologuée par l’INPI et de la première pour la région Hauts-de-France.
La dentelle de Calais-Caudry vient d’obtenir une Indication Géographique. Il s’agit de la dix-septième IG homologuée par l’INPI et de la première pour la région Hauts-de-France. — Photo : Association IG Dentelle de Calais-Caudry

L’INPI annonce avoir homologué une nouvelle Indication Géographique (IG) : celle de la dentelle Calais-Caudry. Une bonne nouvelle pour cette filière régionale, qui sera désormais mieux armée pour défendre son savoir-faire. Cette IG protégera dans un premier temps la dentelle de Calais-Caudry des contrefaçons entrant sur le territoire français, puis, à partir de 2025, en Europe.
Huit entreprises sont concernées, dans les départements du Pas-de-Calais et du Nord, à Calais (Noyon Calais, Darquer) et à Caudry (Beauvillain Davoine SAS, Jean Bracq SAS, Darquer & Mery, Dentelles Andre Laude, Solstiss, Sophie Hallette). L’ensemble emploie 400 salariés, pour un chiffre d’affaires d’environ 19 millions d’euros.

La dentelle de Calais-Caudry souffre de la concurrence et de la contrefaçon

Vitrine du luxe à la française et d’un savoir-faire spécifique aux Hauts-de-France, la filière dentelle de Calais-Caudry n’a cessé de se réduire ces dernières décennies. À sa tête, on retrouve des PME industrielles, souvent familiales, dont la réalité économique est loin d’être simple. Touchées par une concurrence forte couplée à de la contrefaçon, mais aussi affaiblies par une succession de crises, ces PME pourraient voir leur avenir menacé si rien n’évolue.

"Nous sommes beaucoup copiés dans nos dessins et même nos noms, au fin fond de l’Indonésie ou de la Chine par exemple… Nous sommes des petites entreprises sans service juridique, avec des finances limitées : jusque-là nous n’avions pas d’autre choix que de laisser faire", nous expliquait récemment Julien Bracq, dirigeant du dentellier Jean Bracq (40 salariés, 3,5 M€ de CA en 2022), dans le cadre de cette demande d’IG. Président de l’association IG dentelle de Calais-Caudry, qui portait cette demande, et dirigeant du dentellier Solstiss (12 M€ de CA, 152 salariés), Christophe Machu complète : "Pour survivre et tourner, nos PME industrielles ont besoin de volumes suffisants. C’est pour ça que nous nous battons contre la contrefaçon avec cette IG : le peu de marchés que nous avons, nous voulons éviter de les laisser filer".

Les denteliers, des entreprises fragiles

L’IG permet donc à la dentelle de Calais-Caudry de remporter une première bataille, celle de la contrefaçon circulant en Europe. La guerre n’est pas gagnée pour autant : mise à mal par la crise du Covid, la filière peine à remonter la pente dans un contexte qui reste compliqué. "Aujourd’hui les dentelliers perdent de l’argent dans leur quasi-totalité", admet Julien Bracq. La filière a vu ses marchés se réduire ces dernières décennies, face à l’essor de la dentelle dite tricotée, par opposition à la dentelle de Calais Caudry, qui est tissée. Produite sur des machines modernes, dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère, cette dentelle tricotée a raflé de nombreux marchés aux dentelliers régionaux. Par ailleurs, la filière reste fortement soumise aux effets de mode et doit naviguer à vue, composant avec des carnets de commandes à très court terme. "Si la dentelle est à la mode, nous aurons des commandes. Il y a un effet cyclique, mais pour l’instant, le changement de cycle est long…", regrette Christophe Machu. En permettant une mise en lumière de la filière et de ses produits, en plus de l’aider à lutter contre la contrefaçon, cette IG devrait donc marquer un tournant dans le redressement de la filière.

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