Politique économique

Le Medef estime à plus de 30 milliards d’euros la facture de la décarbonation pour les entreprises

Par Charlotte de Saintignon, le 16 mai 2022

Moins d’impôts pour permettre aux entreprises de financer la décarbonation de l’économie. La transition est un enjeu pour les entreprises, y compris financier. Président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux estime qu’elle coûterait 30 à 40 milliards d’euros par an aux entreprises tricolores.

Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef.
Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. — Photo : Rémi Hagel

"L’écologie est un sujet trop sérieux pour le laisser aux écologistes, martèle Geoffroy Roux de Bézieux, président du Mouvement des entreprises de France (Medef), selon la formule qu’il avait lancée le 24 janvier, lors d’une conférence de presse sur les propositions de son mouvement dans la perspective de l'élection présidentielle. On se préoccupe des objectifs fixés par l’accord de Paris, le Green Deal et le Fit for 55. Il faut planifier maintenant la transition écologique pour produire des effets en 2030 et en 2050. Les entreprises sont légitimes pour s’emparer du sujet."

10 à 13 % à d’investissement supplémentaire

Entre les élections présidentielle et législatives, le syndicat patronal a souhaité faire le point chiffré sur les investissements nécessaires pour les entreprises et les ménages pour décarboner l’économie. Ainsi, les entreprises doivent consentir à un effort d’investissement supplémentaire de 10 à 13 % (soit entre 31 et 43 milliards d’euros par an sur un flux actuel de 320 milliards d’euros) d’ici à 2030, contre +20 % en moyenne pour les ménages.

Soit augmenter l’investissement total en France - 600 milliards d’euros par an - de 60 à 80 milliards d'euros. Avec un taux d’investissement moyen de 2,5 % par an pour les entreprises, "elles doivent faire cinq ans de progression en une fois et le maintenir ensuite à niveau", explique Raphaël Trotignon, économiste spécialiste de l’énergie et du climat au sein de l’institut Rexecode.

Principaux investissements visés ? Les véhicules utilitaires, le transport routier de marchandises, les bâtiments tertiaires, la production d’électricité (énergies renouvelables, nucléaire) et l’industrie. Montrant que la France était peu émettrice de carbone avec une baisse significative de l’ordre de 2,5 % par an, il a néanmoins admis que "la trajectoire de la France en termes d’émissions carbone ne nous mène pas à la neutralité en 2050".

Crédit d’impôt investissement énergétique

Pour financer l’accélération des investissements nécessaires, outre les dispositifs France Relance et France 2030 "qui sont indispensables", le numéro un du Medef a rappelé la nécessité d’amplifier "la baisse des impôts de production à 35 milliards d’euros d’ici la fin du quinquennat afin de les ramener dans la moyenne de l’Union européenne". Or, pour l’heure, le programme d’Emmanuel Macron prévoit seulement de supprimer l’un de ces impôts, la cotisation sur la valeur ajoutée (CVAE), soit une baisse de 9 milliards d’euros bruts et 7 milliards après impôt sur les sociétés.

"On peut aussi imaginer un outil incitatif dédié à l’investissement", avance-t-il, comme un crédit d’impôt ou autre outil fiscal pour les entreprises qui réalisent des investissements d’efficacité énergétique, notamment pour les PME. D’autant qu’en comparaison des ménages qui peuvent s’attendre à rentabiliser l’achat d’un véhicule électrique en 5 ans ou des travaux d’isolation de leur logement entre 10 et 20 ans, les investissements pour les entreprises sont souvent des "coûts purs : dans 90 % des cas, ils ne permettent pas de faire des économies et conduisent à un processus de production plus cher qui n’est pas source d’économies". Néanmoins, elles ne peuvent pas s’en passer : "Ce n’est pas une option ni une alternative viable". Enfin, Geoffroy Roux de Bézieux a rappelé la nécessité que les gouvernements "ne multiplient pas les réglementations sur le sujet et évaluent les mesures les plus efficaces".

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