Politique économique

Présidentielle 2022 : entre baisse d'impôt et nouveau pacte Dutreil, le Medef se lance dans la campagne

Par Charlotte de Saintignon, le 27 janvier 2022

À moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle, Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, a présenté les propositions des entreprises à l’attention des candidats. Au programme : de nouvelles baisses d’impôts, la transition écologique ou encore de nouveaux dispositifs pour favoriser le partage de valeur dans l’entreprise.

Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef souhaite baisser de 35 milliards d’euros les impôts de production.
Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef souhaite baisser de 35 milliards d’euros les impôts de production. — Photo : Herve Kabla - CC BY 2.0

"La France a besoin d’une croissance forte et responsable, seule capable de soutenir le pouvoir d’achat, de rendre possible la transition écologique et de financer notre modèle social". Partant de "cette équation impossible", Geoffroy Roux de Bézieux, inquiet du peu de cas accordé aux entreprises dans les programmes des candidats, a avancé ses pions pour la prochaine présidentielle.

Nouvelle baisse d’impôt demandée

Saluant la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés à 25 % pendant le dernier mandat, le président du Medef a invité les candidats à baisser les impôts de production "qui pèsent sur le chiffre d’affaires, la masse salariale" de 35 milliards d’euros durant le quinquennat. Selon lui, malgré la récente baisse de 10 milliards d’euros, la France présente encore un écart de 35 milliards d’euros par rapport à la moyenne de l’Union Européenne.

L’objectif est à la fois de ramener l’Hexagone dans la moyenne européenne et de permettre aux entreprises de réaliser les investissements nécessaires pour relever le défi de la transition écologique. Car la quantité d’investissements privés nécessaires pour transformer le modèle productif français est "considérablement sous-estimée" estime-t-il. Selon lui, elle se compte en "plusieurs centaines de milliards d’euros pour arriver à répondre à l’objectif de neutralité carbone en 2050. On demande aux entreprises de changer complètement la manière dont elles produisent aujourd’hui". Pas question pour le Medef de financer cet effort par de nouveaux prélèvements obligatoires ou par de la dette supplémentaire, d’autant que les taux d’intérêt commencent à remonter. Toujours en matière de transition écologique, le numéro un du Medef souhaite par ailleurs inciter financièrement les entreprises à mesurer leur impact environnemental.

RH : faciliter l’utilisation des forfaits jours

Sur l’épineuse question du temps de travail, le mouvement patronal souhaite faciliter l’utilisation des forfaits jours et développer, monétiser et défiscaliser les compte épargne temps. En termes d’emploi et de formation, l’organisation souhaite instaurer une co-décision entre l’employeur et le salarié sur le Compte personnel de formation pour orienter ce dernier vers les compétences attendues sur le marché du travail. Autre souhait, porter le nombre d’alternants à 2 millions d’ici la fin de la mandature. Ils sont 1,4 million aujourd’hui.

Pérenniser la prime Macron

Dans l’objectif d’inciter les entreprises au partage de leur valeur, Geoffroy Roux de Bézieux a avancé deux mesures. La première, pérenniser la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat ou prime Macron, pour les entreprises de moins de 50 salariés. "C’est un peu l’intéressement ou la participation des TPE. À l’usage, on s’est aperçu que cette prime normalement exceptionnelle a été adoptée par les petites entreprises parce qu’elle était très simple et pouvait être mise en place à la dernière minute". En fonction de sa profitabilité, le chef d’entreprise distribue sans charge et sans fiscalité à ses salariés une prime pouvant aller jusqu’à 2 000 euros.

Seconde proposition, dans le but de développer l’actionnariat salarié, le Medef souhaite défiscaliser les actions gratuites pour les entreprises en dessous de 250 salariés qui sont aujourd’hui soumises au forfait social de 20 %. "Elles sont distribuées assez largement dans les grandes entreprises mais très peu dans les moyennes", regrette le leader patronal.

Super Pacte Dutreil

Pour pallier "le déficit français de grosses PME et ETI familiales, qui est le fer de lance de la réussite à l’export de nos amis allemands et du Nord de l’Italie", le dirigeant du Medef milite pour le renforcement du pacte Dutreil sur dix ans (au lieu de six). En échange d’un engagement plus long, celui-ci permettrait de bénéficier d’une exonération des donations ou successions à hauteur de 95 % de la valeur des titres de l’entreprise. "Trop de transmissions ont donné lieu à des ventes à des investisseurs, détruisant de fait le tissu des PME et ETI depuis 30 ans, regrette-t-il. Il faut favoriser la stabilité de leur actionnariat, souvent familial".

Parmi les autres propositions du Medef, la création d’un "Buy european act" pour réserver aux PME nationales un pourcentage des marchés publics ou encore l’allègement du coût du travail, en remplaçant les cotisations patronales par des "prélèvements fiscaux" (CSG ou TVA). L’ensemble de ces propositions - une cinquantaine au total -, consignées dans le cahier de doléances de l’organisation "Faire réussir la France", sont issues d’échanges avec 1 000 chefs d’entreprises sur le terrain.

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