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Le concepteur de piscines Spadium retrouve un second souffle

Par Isabelle Jaffré, le 05 décembre 2022

Le concepteur, constructeur et gérant de piscines Spadium a su faire le dos rond pendant la crise Covid. Si aucune construction n’a été lancée ces dernières années, le groupe brestois a repris la gestion du complexe aquatique de Plouigneau et pris des parts dans le capital de celui de Briec.

Le Spadium Parc de Brest a bénéficié de travaux de rénovation en 2019 et 2020.
Le Spadium Parc de Brest a bénéficié de travaux de rénovation en 2019 et 2020. — Photo : Isabelle Jaffré

Pour le Groupe Spadium (131 salariés, 11 M€ de CA), la période du Covid a créé pas mal de remous. En s’adaptant, le constructeur et gérant de piscines brestois a pu passer la tempête et a même récupéré la gestion d’une piscine et pris des parts dans une autre.

Créé en 2000 par Alain L’Helguen et Jacques Le Failler, le groupe Spadium s’est développé grâce au modèle de la délégation de service public (DSP) à procédé concessif (conception, construction et gestion). Les deux entreprises du groupe Piscine concept et Alja se partagent le travail. La première construit les piscines, la seconde les gère ensuite. "Aujourd’hui, le groupe Spadium représente 11 piscines dont 10 gérées en propre", explique Alain L’Helguen. Celles-ci se situent dans le Finistère (Brest, Lesneven, Saint-Renan, Plouigneau), le Morbihan (Pontivy), l’Ille-et-Vilaine (Saint-Grégoire), en Normandie à Saint-Hilaire-du-Harcouët, à Monts près de Tours en Indre-et-Loire et en Gironde (Langon, Salles). Le modèle économique se base sur un équilibre entre les scolaires (financement pas les collectivités), les activités et les entrées au ticket, qui sont du ressort de l’exploitant.

1,5 million d’euros investis à Briec

Malgré ces deux années difficiles, le groupe Spadium s’est agrandi, en sortant de son modèle habituel. Alain l’Helguen s’est associé à son neveu à la tête du complexe aquatique Helioseane à Plouigneau près de Morlaix. Le jeune homme a repris en 2020 la gestion de la piscine construite il y a 20 ans par Piscine Concept et gérée depuis par ses parents.

Frédéric Gélébart, directeur du Spadium Parc de Brest et Alain L’Helguen, cofondateur du groupe Spadium.
Frédéric Gélébart, directeur du Spadium Parc de Brest et Alain L’Helguen, cofondateur du groupe Spadium. - Photo : Isabelle Jaffré

Le groupe a aussi pris 33 % de part dans Aqua Cove et Spa, la piscine de Briec, aux côtés de Yannick Corvest. "Il s’agit de financer des travaux avec une prolongation de la DSP de 8 ans", précise le dirigeant de Spadium. Le projet d’agrandissement prévoit un nouveau bassin d’apprentissage pour un montant d’investissement de 1,5 million d’euros. "Les travaux ont bien avancé, la livraison est prévue dans six mois", indique-t-il.

Ces projets ont permis au groupe de 131 salariés de stabiliser son chiffre d’affaires à 11 millions d’euros, au niveau de celui de l’année 2015, juste après l’ouverture en septembre 2014 de la dernière construction Spadium à Saint-Grégoire près de Rennes.

Un moindre mal après deux années marquées par les fermetures et ouvertures successives des piscines pour cause de Covid. "Il est difficile de chiffrer les pertes que cela a engendrées mais l’activité a été paralysée. L’impact a notamment été visible quand il a été dit dans certains médias que les enfants favorisaient la propagation du virus. Nous avons alors perdu la clientèle des personnes les plus âgées, celles aussi des grands-parents qui n’ont plus amené leurs petits-enfants à la piscine", explique le dirigeant.

Animer les piscines

Pendant la crise, le groupe s’est adapté et a pris son mal en patience. Dans la piscine de la métropole brestoise, c’est une refonte complète de ses offres qui a été opérée. Arrivé fin 2018, le directeur Frédéric Gélébart du Spadium Parc Brest en a profité pour effectuer des changements techniques mais aussi marketing. Fin 2019, 200 000 euros de travaux ont permis de rénover l’espace spa et détente. L’offre de l’école de natation et d’aquagym a été entièrement revue. "Nous avions, grâce à cela commencé très fort l’année 2020 avec des projections à fin d’année à +30 %", indique le directeur.

Si les fermetures successives liées au Covid ont freiné la progression, l’activité est ensuite repartie sur de bonnes bases en 2021 avec +14 % sur le niveau des activités (aquagym, école de natation, etc.) par exemple à Brest. "Nous comptons 720 adhérents enfants et adultes", se réjouit Frédéric Gélébart. Les animations aussi ont repris et permettent d’attirer du monde. "Notre métier est de faire des animations. Depuis le Covid, nous avions du mal à les organiser. Depuis quelques mois, cela repart avec des événements autour d’Octobre Rose, Halloween ou encore du bien-être dans nos différentes piscines", constate Alain L’Helguen, soulagé.

Le groupe Spadium a décidé de ne pas abaisser les températures de ses bassins malgré la hausse du coût de l’énergie.
Le groupe Spadium a décidé de ne pas abaisser les températures de ses bassins malgré la hausse du coût de l’énergie. - Photo : Isabelle Jaffré

Pour passer la période Covid, le groupe n’a pas sollicité de prêt garanti par l’État (PGE) et n’a bénéficié de l’activité partielle que la seconde année. "Un PGE n’est pas de l’argent gratuit. Il faut rembourser ensuite. Nous avons préféré nous en passer", indique Alain L’Helguen. Aujourd’hui, les piscines du groupe restent sur un protocole sanitaire de nettoyage strict. "Nous avons de toute façon des obligations en termes de filtration par exemple."

Une expérimentationà Brest pour le chauffage

Des obligations qui ne sont pas sans poser problème alors que le prix de l’énergie s’envole. "La sobriété n’est pas un sujet nouveau pour nous. Les piscines consomment de l’électricité pour le chauffage, de l’eau, concède Alain L’Helguen. Mais nous n’avons pas attendu la hausse des prix pour nous en préoccuper." Les dernières piscines construites au début des années 2010 sont par exemple équipées de panneaux photovoltaïques ou encore de pompes à chaleur. La température des douches a été abaissée d’un degré, mais pas celle des bassins qui restent à 28,5° pour les bassins sportifs et 31° pour les ludiques. "Il y a un équilibre à trouver. S’il fait froid dans l’eau, les gens ne viendront plus ! Nous ne pouvons pas faire n’importe quoi."

Au Relecq-Kerhuon, près de Brest, la piscine ouverte en 2008 ne possède pas d’équipement permettant des économies. La direction du Spadium a donc décidé d’expérimenter, pendant 6 à 12 mois, un nouveau mode de chauffage. L’entreprise de Saint-Nolff (Morbihan), Énergy & + qui dépend du morbihannais Charwood Energy (25 salariés ; 4,6 M€ de chiffre d’affaires), va installer une machine en 2023. La pyrogazéification du bois permettra de fourbir du gaz de synthèse pour chauffer le complexe aquatique brestois.

Désormais, Alain L’Helguen veut repartir de l’avant et reste positif. Des projets de piscines sont à nouveau à l’ordre du jour en France après la pause liée au Covid et celle liée aux élections municipales. "Les nouvelles équipes des collectivités ont pris leurs marques et relancent certains projets. Cela bouge et nous aurons des réponses dans les mois qui viennent si tout va bien", analyse celui qui surveille de près les études sur les loisirs des Français. "Les piscines sont des équipements très demandées. Elles sont citées à 28 %, autant par les hommes (47 %) que par les femmes (53 %)", invoque Alain L’Helguen, qui insiste. "Notre activité est énergivore mais elle est aussi nécessaire. Apprendre à nager permet de sauver des vies en évitant les noyades", rappelle-t-il.

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