Savoie

Industrie

Témoignage WeSnow : "En Chine, être une petite entreprise francophone nous désavantage doublement"

Par Déborah Berthier, le 04 juillet 2022

Avec l’installation récente de onze enneigeurs dans un gigantesque ski dôme à Taicang, la société savoyarde WeSnow a mis un premier pied en Chine. Un marché qui reste complexe à appréhender pour une TPE française, selon son président Bertrand Lambla.

Bertrand Lambla, dirigeant de WeSnow (au centre de la photo) et le reste de l'équipe de cette entreprise basée à Challes-les-eaux.
Bertrand Lambla, dirigeant de WeSnow (au centre de la photo) et le reste de l'équipe de cette entreprise basée à Challes-les-eaux. — Photo : WeSnow

C’est une improbable épopée qui s’est achevée pour WeSnow au mois de juin. Cette petite entreprise savoyarde née en 2020 du rapprochement entre Eversnow, spécialiste de l’événementiel autour d’espaces de neige, et l’expert en réfrigération RSystem, a livré et installé onze enneigeurs à Taicang. C’est dans cette ville chinoise, située à 160 kilomètres de Shanghai, que le principal actionnaire du Club Med, le conglomérat Fosun, a choisi d’implanter l’Alpin Snow World. Un ski dôme de 91 000 m², installé dans un resort de 1,3 million de mètres carrés. Pour la société savoyarde de 10 salariés et 2,3 millions de chiffre d’affaires en 2021, c’est un marché de 1,4 million d’euros.

Désorganisation du fret maritime et confinement

Une épopée, car les enneigeurs en question avaient quitté le port de Fos-sur-Mer cinq mois plus tôt, en janvier. "La reprise du commerce maritime et le retour des mesures restrictives en Chine en raison de la circulation active du Covid ont entraîné une forte désorganisation du fret maritime, raconte Bertrand Lambla, le président de WeSnow. Nous avons dû transborder trois fois car les bateaux changeaient de destination au dernier moment."

Alpin Snow World
Alpin Snow World - Photo : Alpin Snow World

Lorsque les enneigeurs atteignent Shanghai, fin mars, ils se retrouvent immobilisés à quai deux mois supplémentaires. "En termes de trésorerie, c’était très compliqué pour nous, poursuit Bertrand Lambla. Nous avions plus de 700 000 euros dehors et nos interlocuteurs chinois ne pouvaient pas nous payer avant la réception de la commande."

L’interlocuteur de WeSnow n’est pas Fosun, mais la société LianLing, chargée de l’importation et de la mise aux normes chinoises. "Impossible pour une entreprise française de vendre directement à un client final. Il faut un intermédiaire chinois", rappelle Bertrand Lambla. La société savoyarde finalisera son contrat fin 2022 lors de la mise en service des enneigeurs.

Un développement complexe en Chine

Pour WeSnow, ce contrat est un moyen de mettre un pied en Chine. "Les Chinois commencent à consommer des loisirs et le Parti communiste investit massivement dans ces grands resorts pour les inciter à dépenser leur argent dans le pays. Une dizaine est en projet sur le territoire", raconte le dirigeant. Néanmoins, il est difficile pour une entreprise comme WeSnow de s’imposer sur ce marché. "Le monde de la neige est étranger aux investisseurs chinois, qui ont des budgets titanesques. Ils font appel à de très gros cabinets de conseil anglophones. En étant francophones et une toute petite entreprise, nous sommes doublement désavantagés." Pour faire sa place, WeSnow compte sur la qualité de ses produits et leur prix : sa solution, moins onéreuse que d'autres solutions d'enneigement en intérieur existant sur le marché, permet de maintenir une température moins basse dans le ski dôme et donc plus confortable, avec une neige "de meilleure qualité".

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