Rhône

Pharmacie

Le laboratoire Les Trois Chênes renforce ses capacités de production en France

Par Audrey Henrion, le 07 janvier 2022

Presque trentenaire, l’entreprise Les Trois Chênes, installée au cœur des Monts du Lyonnais (Rhône), conçoit, fabrique et distribue des compléments alimentaires et cosmétiques. Le laboratoire de 135 salariés pour 39 millions d'euros de chiffre d'affaires mise sur une forte croissance de la demande et engage 10 millions d’euros d’investissements dans ses outils de production et de logistique.

LTC Laboratoires investit 10 millions d’euros pour multiplier par cinq ses capacités de production.
LTC Laboratoires investit 10 millions d’euros pour multiplier par cinq ses capacités de production. — Photo : LTC Laboratoires

Sortie de cotation, nouvel actionnaire, nouveau PDG et… crise sanitaire. Entre 2020 et 2021, les fondamentaux du laboratoire Les Trois Chênes  (LTC) ont été assez solides pour lui permettre de franchir cette course d’obstacles sans ciller. Avec 250 produits en catalogue, l’entreprise affiche une croissance organique de 3 %, pour un chiffre d’affaires de 39 millions d’euros et un Ebitda de 5,4 millions d’euros (14 % du CA).

De quoi lui donner de l’élan pour atteindre rapidement 60 millions d’euros de chiffre d’affaires. Un objectif "raisonnable", que s’est fixé Jean Noël Négroni, PDG depuis juillet 2019 de l’entreprise qui conçoit, fabrique et distribue quatre marques de compléments alimentaires et cosmétiques. "Le premier semestre 2021 atteint un volume d’affaires de 22 millions d’euros, en hausse de plus de 10 %, se félicite-t-il. Avec, depuis cet automne, une accélération de 20 % des ventes dans nos 11 000 pharmacies clientes en France, soit deux fois plus que la croissance du marché sur la même période."

De quoi satisfaire le nouvel actionnaire entré en mars 2020 : le groupe familial THG-Together présidé par Jean Rigondet. Entré à hauteur de 51 %, le fonds a renforcé sa participation en juillet 2021 en prenant 76 % du capital. Et injecte 10 millions d’euros pour accélérer sur la logistique et la production.

10 millions d’euros d’investissements

Face à la saturation de ses équipements, une nouvelle plateforme logistique à deux millions d’euros sort actuellement de terre à Vindry-sur-Turdine (Rhône), à quelques kilomètres du siège, pour faciliter et fluidifier les expéditions qui partent parfois à l’autre bout du monde. Pour répondre à la saturation des outils, LTC investit également 8 millions d’euros dans l’usine de Longessaigne, située à deux kilomètres. Celle-ci comprend un laboratoire de recherche, des équipements de façonnage et d’extraction. Objectif : multiplier par cinq les capacités de production. Ici sont effectuées les extractions végétales (un million de litres par an environ) pour les émulsions, décoctions et infusions. Les matières premières - ginseng, artichaut, thé vert, guarana - sont stockées environ une semaine sous température contrôlée avant d’être utilisées. Les lignes de flaconnage seront, elles aussi, modernisées pour assurer un remplissage et conditionnement avec un haut niveau d’automatisation, d’une capacité par heure de l’ordre de 3 900 flacons, 5 400 mono doses ou 1 200 sprays et compte-gouttes. Quelques renforts en innovation, qualité et R & D viendront porter main forte aux 15 collaborateurs actuels postés dans l’usine.

LTC ne stoppe pas pour autant la sous-traitance, "nous préservons un équilibre et continuerons par exemple de faire appel à des façonniers, surtout français comme le drômois Herbatec à Vaison-la-Romaine".

Si le marché domestique se porte très bien, les performances économiques sont largement tirées par l’international qui pèse 35 % du chiffre d’affaires, en croissance de 28 % en un an. "Une performance" pour le dirigeant qui souligne une appétence particulièrement forte des produits LTC sur le marché asiatique, mais aussi au Moyen-Orient, Afrique et en Europe. "Le made in Lyon nous apporte beaucoup dans notre déploiement international. Et notre implantation géographique n’y est pas étrangère. Pour vendre des produits bio et de phytothérapie, je nous crois plus légitimes en termes de naturalité que d’autres marques basées dans des centres d’affaires à la Part-Dieu ou à la Défense".

L’impact de "l’affaire" Eric Favre

Il est vrai que les produits distribués dans 70 pays partent de là, de ce paysage de Toscane, au milieu des Monts du Lyonnais, dans la petite commune de 900 âmes, à Villechenève (Rhône). LTC a été fondée ici en 1993 par le très bodybuildé Eric Favre. L’ex-dirigeant qui s’est autopromu pour développer son entreprise est hors-jeu depuis 2016 et son interpellation, suspecté alors de trafic d’anabolisant (l'instruction est en cours). "Cela a été un choc émotionnel ici, reconnaît Jean-Noël Negroni, mais l’affaire n’a pas eu d’impact commercial, de gestion ou managérial. Elle a mis ses fondements de LTC à l’épreuve, mais a révélé des fondations solides et l’entreprise n’a pas vacillé", insiste le PDG, pour qui la page est définitivement tournée. Symbole d’une nouvelle ère : la sortie la cotation en Bourse en décembre 2020. "L’entrée sur le marché financier nous a été utile en 2000, quand nous misions sur une stratégie d''image pour asseoir notre reconnaissance à l’international", glisse Jean-Noël Negroni, "cela flattait aussi un peu les ego alors que le capital coté était infime", sourit-il. Demeure une ultime trace d’Éric Favre, une salle de fitness nichée dans la mezzanine du premier étage, plébiscitée par les 135 salariés.

Deux millions d’euros d’économies

Depuis deux ans, l’entreprise a largement réorganisé sa structure managériale, à commencer par la suppression du poste de directeur général, la nomination d’un nouveau directeur commercial qui supervise les réseaux santé et sport, celle d’un nouveau DAF, d'un nouveau contrôleur de gestion et d'un directeur marketing, s’accompagnant d’une baisse des frais administratifs. Au total, deux millions d’euros d’économies générées, lesquelles ont été réinvesties dans des budgets de publicité télévisée, pour le produit Myocalm notamment.

Poussé par un marché en croissance, LTC reste attentif à de possibles acquisitions pour élargir la gamme à des compléments alimentaires ou cosmétiques vendus en magasins bio ou en pharmacie. Le panel du GERS, observatoire des ventes en officines, classe le laboratoire Les Trois Chênes dans le top 20 des laboratoires distribués dans les pharmacies en France. Selon une des dernières études conduite en septembre et octobre 2021, LTC qui détient environ 1 % des parts de marché, se classe en 17e position. Ses concurrents, Pierre Fabre et Forte Pharma par exemple, détiennent entre 1,5 et 2 % de part de marché avec une croissance moins forte, quand les géants Sanofi et Bayer Healthcare (à 3,5 et 5 % de part de marché) s’envolent à +30 % et +70 % de croissance sur le segment des compléments alimentaires.

Le laboratoire Les Trois Chênes implanté dans un paysage de Toscane, à Villechenève, au cœur des Monts du Lyonnais (Rhône). Il compte 135 salariés pour un chiffre d'affaires de 39 millions d'euros en 2020.
Le laboratoire Les Trois Chênes implanté dans un paysage de Toscane, à Villechenève, au cœur des Monts du Lyonnais (Rhône). Il compte 135 salariés pour un chiffre d'affaires de 39 millions d'euros en 2020. - Photo : Audrey Henrion

Perspectives sur le marché domestique

La France demeure un faible consommateur de compléments alimentaires, ouvrant des perspectives de croissance importantes pour LTC. "L’Hexagone pointe à l’avant-dernière place en Europe, avance Jean-Noël Négroni. En Italie, le marché est deux fois plus gros qu’en France et, en Bosnie, par habitant, il est deux fois plus important". Les raisons : l’Hexagone est un pays d’allopathie, secteur conventionnel où se concentrent les remboursements. Mais la tendance s’inverse doucement. "Les consommateurs français viendront petit à petit vers d’autres solutions de soins", veut croire le dirigeant. Les géants pharmaceutiques l’ont bien compris. Le marché se consolide et LTC ne veut pas rester à la traîne. D’ailleurs, l’actionnaire TGH pourrait bien consentir à d’autres investissements si des opportunités de croissance externes se présentaient. "Nous sommes en veille", avertit Jean-Noël Négroni.

LTC Laboratoires investit 10 millions d’euros pour multiplier par cinq ses capacités de production.
LTC Laboratoires investit 10 millions d’euros pour multiplier par cinq ses capacités de production. — Photo : LTC Laboratoires

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