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Le champion de la croissance externe Koesio prépare sa succession

Par Déborah Berthier, le 21 novembre 2023

Un peu plus de trente ans après avoir fondé Koesio, Pieric Brenier ouvre pour la première fois le capital de sa société spécialisée dans l’informatique et les télécoms, qui a avalé 200 entreprises depuis sa création. Une façon pour le dirigeant de commencer à préparer son départ.

Pieric Brenier a fondé Koesio — alors nommé C’Pro- en 1991.
Pieric Brenier a fondé Koesio — alors nommé C’Pro- en 1991. — Photo : C'Pro

Le dirigeant fondateur de Koesio (3 700 salariés ; plus d’1 Md€ de CA fin mars 2023), Pieric Brenier, est mi-amusé, mi-amer, lorsqu’il lance : "Si j’avais 45 ans, nous n’aurions même pas cette discussion". La discussion en question porte sur la récente ouverture du capital de ce groupe drômois, fondé en 1991. Le spécialiste de l’impression, de l’informatique et des télécoms a en effet fait entrer à hauteur de 25 % de son capital, en octobre dernier, les fonds Montefiore Investment (16 %), BNP Paribas Développement (3 %), Société Générale Capital Partenaires (3 %) et le Crédit Agricole, au travers de ses véhicules de capital développement (3 %).

Une sortie de l’entreprise dans 5 à 10 ans

"Cela fait une dizaine d’années que je suis très fortement sollicité par les fonds. Et systématiquement, je réponds non, raconte pourtant Pieric Brenier. Non, parce que je n’ai pas la volonté d’accélérer davantage la croissance du groupe. Non, parce que je ne voulais pas m’imposer ces contraintes, être ralenti dans la prise de décision."

Seulement voilà, Pieric Brenier vient de souffler ses soixante bougies et le dirigeant — dont les enfants ne souhaitent pas reprendre la société — s’était fixé cette échéance pour commencer à préparer sa succession. Cette ouverture de capital constitue ainsi la première étape d’un projet baptisé "kilomètre", qui prévoit la sortie de Pieric Brenier dans 5 à 10 ans. D’ici là, d’autres partenaires devraient faire leur entrée au capital de Koesio. "C’est une façon, pour moi, de m’habituer à l’idée, de commencer à me désintoxiquer pour être prêt à laisser les rênes de mon bébé, poursuit-il. Être plus nombreux au capital, c’est aussi une manière de rassurer les collaborateurs et les clients, si jamais il m’arrivait quelque chose."

Dans la vie d’une entreprise, le changement de dirigeant est une étape critique. Pieric Brenier en est conscient. Peut-être plus qu’un autre encore. "J’ai racheté tant d’entreprises, que j’ai eu maintes fois l’occasion de le mesurer. À chaque fois, j’ai remplacé un patron à la tête de ces sociétés. Dans certains cas, c’était pour lui une énorme pression. Dans d’autres, il était ravi d’avoir enfin le temps d’aller à la pêche."

200 reprises d’entreprises en 30 ans

En trente ans, Koesio — anciennement C’Pro- a repris quelque 200 entreprises. La première dès 1994, soit trois ans après la création de la société. Les deux suivantes en 1996. Jusqu’à atteindre un rythme de croisière d’une trentaine d’acquisitions par an. Rien qu’en octobre 2023, Koesio a racheté huit sociétés. "Celui qui détient une entreprise dans les technologies de l’information, qui cherche à vendre et ne sait pas qu’on achète est vraiment très très distrait", plaisante le dirigeant.

Chaque année, une centaine de dossiers de reprise arrive sur le bureau du dirigeant Koesio. Ou plutôt sur le bureau du patron de l’une de ses filiales. Elles sont aujourd’hui au nombre de 18 (des entités régionales et des entités métier). Et gèrent en toute indépendance rachats d’entreprises, recrutement, logistique, etc. "La holding ne compte que 35 salariés. J’ai beaucoup de mal avec la centralisation", explique Pieric Brenier.

À chaque dirigeant de filiale d’arbitrer sur ses dossiers de reprises, donc. "Il faut que ces sociétés puissent s’intégrer à notre écosystème et qu’il n’y ait pas d’incompatibilité humaine ou organisationnelle." Reste ensuite à intégrer ces nouveaux salariés. "Et c’est là tout le challenge. Car sur les 3 700 salariés de Koesio, il y en a moins de 300 qui ont signé un contrat de travail avec Koesio en arrivant."

Qualité de vie au travail et nouveau plan stratégique

Pour accueillir au mieux, et surtout garder, ces nouvelles recrues, le plus souvent issues de TPE ou de petites PME, le groupe Koesio mise sur la qualité de vie au travail. "Nous n’avons ni brevet, ni usine. Ce qui fait la force de Koesio, ce sont ses collaborateurs et leur bien-être", insiste Pieric Brenier. Locaux flambant neufs, fondation d’entreprise, actionnariat salarié, doublé d’un fonds commun de placement d’entreprise "très dynamique", labellisation Great place to work depuis plus de dix ans…

"C’est la constante de notre entreprise, rappelle le dirigeant. Pour le reste, l’avenir nous le dira." Un nouveau plan stratégique de trois ans est en préparation pour juin 2024. Un plan, dont l’élaboration se fera en collaboration avec les nouveaux actionnaires, qui "apportent déjà leur input" et des pistes de réflexion. Parmi ces questionnements : la place à donner à l’impression, métier historique du groupe, à l’image peu attractive, à la croissance faible, mais pourvoyeur de la majorité des profits de la société.

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