Auvergne Rhône-Alpes

RSE

Tribune Danone ou l’exemple d’une RSE qui divise au lieu de rassembler

Par Benjamin Chapas, docteur en économie, enseignant chercheur à ESDES Lyon Business School, le 08 juillet 2022

L’entreprise, acteur privé, a commencé à jouer un rôle plus important sur les plans social, sociétal, environnemental et politique il y a quelques années avec émergence de la RSE. Mais le mouvement vers "l’entreprise-providence" interroge les limites de ses rapports avec la société. L’exemple du groupe Danone prouve que cette évolution ne peut se faire sans la mise en œuvre d’une "coopération conflictuelle" entre les différentes parties prenantes de l’entreprise.

Benjamin Chapas, docteur en économie, enseignant chercheur à ESDES Lyon Business School.
Benjamin Chapas, docteur en économie, enseignant chercheur à ESDES Lyon Business School. — Photo : DR

L'adoption du statut d'entreprise à mission par le groupe Danone devait constituer l'acmé du double projet économique et social initié dans les années 1970 sous la présidence d'Antoine Riboud. Face aux dérives d'un capitalisme déshumanisé et financiarisé, Danone n'a en effet eu de cesse de vouloir imposer l'image d'une entreprise "modèle" pouvant inspirer tous les défenseurs d'une économie plus juste et plus humaine. Mais l'adoption du statut de société à mission n'a pas eu l'effet escompté, et a au contraire fragilisé son développement en ayant fait apparaitre nombre de divisions au sujet de la RSE.

En effet, si la RSE chez Danone procédait à l'origine d'une logique plutôt expérimentale, locale et bottom up, elle s'est peu à peu immiscée à tous les niveaux et dans toutes les strates de l'entreprise à mesure qu'Emmanuel Faber s'imposait comme le héraut d'un capitalisme plus raisonnable. L'ancien PDG disait lui-même qu'il en allait d'un changement de perspective visant, en priorité, à redonner au profit son rôle de moyen et à l'entreprise sa fonction de création de richesses au service des êtres humains et de leur émancipation.

Crise de gouvernance

Cette nouvelle approche se voulait ambitieuse, l'entreprise affichant des responsabilités croissantes vis-à-vis de ses parties prenantes internes et externes que l'adoption du statut d'entreprise à mission devait simplement entériner.

Une ambition cependant contrecarrée par des "actionnaires activistes" qui, souvent, voient les investissements d'une entreprise en RSE comme des dépenses inutiles ne permettant pas de maximiser la valeur de l'action à court terme. 

L'adoption du statut de société à mission par Danone, aura eu pour effet, une crise de gouvernance qu'Emmanuel Faber, remplacé à la tête de l'entreprise au printemps 2021, aura payé au prix fort.

Si le cas "Faber-Danone" relève d'une opposition classique entre un capitalisme financier et un capitalisme plus raisonnable qui veut donner du sens et du temps à son action, c'est donc aussi l'absence d'une véritable mise en tension de ces deux "paradigmes" qui est à l'origine de la crise de gouvernance qui a frappé" le groupe.

Le mouvement vers l'entreprise-providence ne peut se faire sans engager une réflexion sur les conditions de mise en œuvre d'une "coopération conflictuelle "entre les différentes parties prenantes de l'entreprise autour des enjeux de la RSE, sans quoi cette tension ne pourra jamais trouver à se résoudre autrement que sous la forme d'incessantes divisions. 

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition