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Interview Antoine de Riedmatten (In Extenso) : "Notre volonté est de devenir un acteur européen"

Entretien avec Antoine de Riedmatten, président du directoire d'In Extenso

Propos recueillis par Gilles Cayuela - 09 février 2024

Le spécialiste de l’expertise comptable In Extenso a franchi en 2023 les 540 millions d’euros de chiffre d’affaires en faisant ses premiers pas à l’international. Croissance externe à venir, ambitions à l’étranger et en France, le président du directoire du groupe lyonnais, Antoine de Riedmatten dévoile les grandes lignes de sa stratégie pour atteindre les 800 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2028.

Antoine de Riedmatten, le président du directoire du groupe lyonnais In Extenso.
Antoine de Riedmatten, le président du directoire du groupe lyonnais In Extenso. — Photo : Thomas Pietrucci

In Extenso a bouclé l’exercice 2023 à 540 millions d’euros. Quel bilan tirez-vous de cette année écoulée ?

Avec 8 % de croissance, 2023 a été une bonne année. Et ce, d’autant plus qu’il s’agit d’une croissance équilibrée, 50 % de croissance interne, 50 % de croissance externe. C’est important pour nous de garder ces deux moteurs. Et puis, cette année a aussi été marquée par nos débuts à l’international avec notre arrivée en Belgique et au Luxembourg.

Via des croissances externes ?

Parfaitement. Nous avons repris début 2023 un premier cabinet et un second en juin. En année pleine, ces deux cabinets nous apporterons 14 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Pourquoi avoir commencé par la Belgique et Luxembourg ?

In Extenso est réparti en 13 régions dont 3 régions limitrophes avec la Belgique et le Luxembourg. Sur ces régions, nous avions besoin et envie d’accompagner nos clients transfrontaliers dans leurs opérations. Et puis, nous avons la même langue et des pratiques similaires.

La suite de votre développement à l’international suivra-t-elle cette même logique transfrontalière ?

Effectivement, nous allons continuer dans cette logique. Notre prochaine cible sera donc la Suisse francophone avec sans doute une première acquisition avant l’été. Pour la suite, nous réfléchissons plutôt à reprendre des cabinets spécialisés dans les clients français dans les grandes capitales européennes : Londres, Madrid, Barcelone pour commencer… L’idée étant de garder ce lien francophone à travers, non plus les pays, mais les clients. Nous aimerions passer de 14 millions d’euros aujourd’hui en année pleine, à 40 millions d’euros de chiffre d’affaires hors de nos frontières. Notre volonté est de devenir un acteur européen et non plus seulement français.

"Malgré notre taille, notre part de marché est inférieure encore à 4 % en France"

Où cette accélération à l’international doit-elle vous amener ?

Nous avons vocation à avoir une croissance de 40 à 50 millions d’euros par an. L’objectif étant d’atteindre les 800 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2028. Nous sommes pour l’instant dans les temps de passage.

Continuez-vous en parallèle à scruter les opportunités sur le marché français ?

Tout à fait. Nous avons réalisé 12 opérations de croissance externe en 2023 dont 10 en France. Nous comptons bien rester sur ce rythme de 10 à 15 nouvelles acquisitions chaque année sur le marché français. Malgré notre taille, notre part de marché est inférieure encore à 4 % en France. Or, il y a plus de 20 000 cabinets. Ce qui nous laisse encore de belles opportunités pour le futur.

Quels sont les critères que vous retenez pour vos cibles ?

Le premier critère, c’est l’intérêt géographique. Il peut être de deux natures. Soit nous cherchons à nous implanter dans des villes de plus de 10 000 habitants où nous ne sommes pas, soit nous cherchons à nous renforcer sur une ville où nous sommes déjà présents avec l’objectif d’atteindre une taille de l’ordre de deux millions d’euros de chiffre. C’est la taille la plus adaptée pour avoir l’ensemble de nos expertises disponibles pour nos clients. Nous cherchons aussi plutôt des dirigeants de cabinets qui ont entre 45 et 55 ans et qui souhaitent franchir un cap en s’appuyant sur un groupe pour des services supports et se concentrer ainsi sur le commercial et la technique avec ses clients.

"Ce n’est pas antagoniste d’être expert-comptable et entrepreneur".

L’année 2024 est aussi marquée par une nouvelle identité de marque pour In Extenso. Pourquoi ?

Notre dernier slogan "Être là, rendre clair" datait de 2006. Il marquait bien ce que nous étions à l’époque : un cabinet très sérieux avec une partie réglementaire importante et la volonté de faciliter la vie des clients face à une complexité administrative. Aujourd’hui, entre le renforcement de nos activités conseils - qui étaient inexistantes à l’époque et qui pèsent 70 millions d’euros aujourd’hui -, les nouveaux chantiers de nos clients (facturation électronique, digitalisation), les craintes ambiantes sur le futur (la planète, nos métiers)… Il nous est apparu important d’avoir un message optimiste, un message d’action. Notre nouveau slogan "Entreprenez l’avenir" est une injonction, à la fois vis-à-vis de nos clients qui sont des entrepreneurs que l’on se doit d’accompagner, et aussi vis-à-vis de notre profession dont on souhaite changer un peu l’image pour attirer d’autres profils. Pour développer le conseil, nous avons besoin de nouveaux profils. Ce n’est pas antagoniste d’être expert-comptable et entrepreneur. Au contraire, l’expert-comptable est un entrepreneur ! Et pour faire vivre ça chez nous et pas qu’au niveau des associés, nous avons lancé l’ouverture de notre capital à nos managers. Nous avons prévu un plan qui permet à nos managers de monter jusqu’à 5 % du capital sur les trois prochaines années. La première année, nous avons déjà 365 managers qui ont répondu favorablement sur un peu moins de 900. Pour un lancement, c’est un bon chiffre sachant qu’ils investissent en moyenne deux mois de salaire.

Cette ouverture de capital a-t-elle vocation à financer la croissance du groupe ?

Notre financement est essentiellement bancaire et notre niveau de croissance externe s’autofinance par nos résultats. Cette opération n’est donc pas financière pour nous. Elle l’est pour nos managers mais l’idée est surtout de casser l’idée qu’il y a les associés d’un côté et le reste du monde de l’autre. C’est aussi une façon de fédérer notre management qui sera indispensable à la transformation du groupe. Dans la même fibre, nous sommes aussi entrés au capital de Team For The Planet à hauteur de 10 000 euros. Team For The Planet investit dans des start-up qui ont des projets pour améliorer notre planète demain. Nous avons voulu, dans nos actions RSE, être cohérents avec notre nouveau slogan. Le futur, c’est ce qui se passera demain. L’avenir, vous le construisez. Et notre vision, c’est celle de la technologie au service de l’Homme avec l’Homme au centre. Dans cette optique, nous avons été confirmés comme Best Workplace en France. C’est important, car cela nous permet de soigner notre marque employeur et le sujet principal pour alimenter notre croissance, c’est de recruter et de conserver nos talents. In Extenso, c’est 6 000 salariés et en permanence 400 postes ouverts que l’on ne parvient pas à combler, une situation qui limite notre croissance.

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