Zéro bureau: techniquement possible humainement insoutenable
# Immobilier # Conjoncture

Zéro bureau: techniquement possible humainement insoutenable

L'introduction des nouvelles technologies conduit à un bouleversement de l'organisation du travail. Mais pas au point d'envisager le zéro bureau, estime Catherine Gall, directrice de la recherche et prospective de Steelcase Europe.

«Le zéro bureau ne marcherait pas. L'échange, la rencontre physique sont indispensables. Nous avons besoin de temps à autre de nous parler de vive voix, de nous serrer la main, de discuter autour d'une table ou à la machine à café», soutient Catherine Gall. Pour autant, la diffusion des nouvelles technologies mobiles dans l'entreprise libère de la contrainte du lieu physique, notamment dans les métiers liés au savoir et à la connaissance. Avec des perceptions encore différentes selon les pays, les cultures, le type d'entreprise.




Pas de lieu fixe chez Vodafone

Catherine Gall cite l'exemple du Britannique Vodafone mettant en oeuvre une organisation de travail qui décoiffe vue de ce côté de la Manche. «Vodafone a décidé de détacher les salariés d'un lieu fixe de travail grâce aux technologies mobiles», explique-t-elle. Résultat: le salarié n'a plus à pointer à heures fixes. Dans une acceptation très anglo-saxonne, le management fixe des objectifs. À chaque salarié de s'organiser lui-même, d'où il l'entend, pour mener sa tâche à bien. Des salariés livrés à eux-mêmes? Pas tout à fait. «Sur le camps d'Amsterdam, des lieux sont prévus pour les rencontres. Les dirigeants ont même une war-room.» Paradoxe: à l'heure où les technologies de communication sont de plus en plus humaines voire ludiques, le langage des grandes entreprises est de plus en plus guerrier! À la mobilité, l'introduction du cloud offre parallèlement la possibilité du travail collaboratif à distance. Une solution à la fois de stockage et de partage qui n'a pas encore convaincu tous les dirigeants - souvent pour des questions de sécurisation des données. «Les seniors découvrent tout cela par l'expérimentation mais ces évolutions sont aujourd'hui intégrées dans le cursus des étudiants qui exigeront désormais de pouvoir disposer dans l'entreprise de ces outils d'ubiquité et de travail collaboratif», prévient Catherine Gall. Elle note que de plus en plus d'entreprises dotent leurs salariés de smartphones et de tablettes connectés via le Wi-Fi ou la 3G et demain plus encore avec la 4G.




Applicable en France ?

En France, pays de culture plus collectiviste, le management sur objectifs anglo-saxon est encore considéré avec beaucoup de circonspection. «La notion de supervision, de contrôle est encore très forte. Mais la productivité se mesure-t-elle au temps passé sur son lieu de travail?», s'interroge Catherine Gall. N'y a-t-il pas un risque de «mal-être» chez le salarié ainsi livré à une très large autonomie? Catherine Gall explique qu'une équipe de chercheurs du MIT a développé un indicateur mesurant la cohésion sociale d'un individu ou d'un groupe en fonction de la nature et de l'intensité des échanges relationnels (conversations, appels téléphoniques, e-mails, réunions...) afin d'anticiper les phénomènes d'isolement et de désocialisation fortement générateurs de mal-être et de stress au travail. Catherine Gall est notamment le co-auteur de l'ouvrage "Office Code", qui jette un pont entre la diversité des cultures d'entreprises européennes et l'aménagement des espaces de bureaux.

# Immobilier # Conjoncture