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Weeecycling veut fournir près d’un tiers des besoins en métaux critiques de l’industrie française d’ici 2030
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Weeecycling veut fournir près d’un tiers des besoins en métaux critiques de l’industrie française d’ici 2030

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Serge Kimbel, PDG de Weeecycling, veut répondre à près d’un tiers des besoins en métaux critiques de l’industrie française d’ici 2030, grâce à son investissement massif de 85 millions d’euros, auquel l’État a abondé à hauteur de 25 millions d’euros. Le recyclage qu’il opère sur des déchets industriels est une des réponses, selon lui, aux besoins constatés.

Serge Kimbel, PDG de Weeecycling à Tourville-les-ifs, près de Fécamp (Seine-Maritime) souhaite sensibiliser davantage les industriels normands des secteurs de l’automobile et de la pétrochimie à la circularité du recyclage des métaux critiques — Photo : Sébastien Colle

Le chiffre est énorme : près d’un tiers des besoins en métaux critiques des industriels français. C’est la demande à laquelle Weeecycling (150 salariés, 40 M€ de CA 2025), la PME basée près de Fécamp (Seine-Maritime) qui extrait les métaux critiques (or, cuivre, platine…) de déchets collectés auprès d’industriels pour les leur restituer sous la forme qu’ils souhaitent, estime pouvoir répondre d’ici 2030.

Pour atteindre un tel objectif, Serge Kimbel, PDG de Weeecycling, a mis les moyens : il annonçait investir 85 millions d’euros en septembre 2025, pour augmenter ses capacités de production, devant lui permettre de multiplier par cinq son chiffre d’affaires, aidé en cela par l’État "à travers l’appel à projets "France 2030 fonds métaux critiques" à hauteur de 25 millions d’euros d’avances remboursables et de subventions", précise le dirigeant.

Une criticité des métaux accrue

Indispensables à la fabrication de nombreux produits qui nous entourent (téléphonie, informatique, véhicules électriques..), ces métaux voient leur criticité accentuée par plusieurs facteurs. "Tous ces métaux sont sous tension en raison de conflits géopolitiques, analyse Serge Kimbel. La ressource primaire est aussi de plus en plus rare. Et la volonté de recourir à une extraction de métal moins émettrice en CO2 et l’obligation de recourir à une extraction tracée (en vertu de la loi de régulation "Obama" Dodd-Frank de 2010 qui oblige les entreprises minières à sourcer leurs extractions aux autorités de régulation NDLR) sont autant de paramètres restreignant l’approvisionnement".

Même si tout le monde recycle, tout le monde ne pense pas circularité

Or, Weeecycling présente la circularité de son recyclage (avec un taux de récupérabilité moyen des métaux de 97 à 98 % à partir des déchets collectés) comme un des boucliers pour les industriels face aux tensions internationales. "On essaie de sensibiliser davantage les secteurs de la pétrochimie et de l’automobile normands -grands utilisateurs de ces métaux- à la problématique de leur criticité, afin qu’ils l’insèrent dans leur schéma de sécurisation des approvisionnements qu’ils ont certainement, pour partie, mis en place, poursuit Serge Kimbel. Car si tout le monde recycle, tout le monde ne pense pas circularité".

Des actifs de l’entreprise

C’est là que réside, selon le chef d’entreprise, la différence entre ses solutions et la politique d’achat des matières premières mises en place par les industriels. "Il est nécessaire de considérer la criticité de ces métaux comme un actif de l’entreprise sur lequel ils doivent avoir une attention particulière au vu de l’évolution des conflits géopolitiques, sous peine de risquer de rompre la chaîne d’approvisionnement". Serge Kimbel préconise ainsi la circularité du recyclage du métal "car vendre au meilleur prix leurs rebuts n’est pas la solution qui va permettre d’assurer la continuité de leur chaîne d’approvisionnement de métaux critiques, tandis que la transformation de ces déchets peut réalimenter leur chaîne de production ou celle d’un prestataire".

Se couvrir plus efficacement contre la flambée des cours

La flambée des prix de ces métaux critiques est un autre signe de leur criticité. "Les industriels en avaient plus ou moins conscience comme un phénomène à moyen ou long terme, mais c’est du très court terme, affirme le dirigeant. Le marché réagit de façon très brutale et ne pas agir dans le sens de la circularité, c’est subir ces hausses de prix de matière première de façon très directe. C’est un vrai risque pour les industriels". Or, les industriels, qui ont des politiques d’achat de leur matière première "à terme", s’assurent plutôt contre le risque de hausse brutale des prix avec des couvertures financières. "Ils ne voient pas la circularité du métal comme la protection la plus simple contre ces évolutions de cours en restant propriétaire du métal", ajoute le PDG de Weeecycling.

Seine-Maritime # Métallurgie # PME # Conjoncture # Investissement industriel
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