Même si un long chemin reste à faire, sourds et entendants se parlent plus facilement depuis quelques années. Et cela en partie grâce à WebSourd. Cette société toulousaine est en effet pionnière dans la mise en oeuvre de services d'accessibilité pour les personnes dépourvues d'audition et le développement d'outils qui favorisent leur indépendance. Elle a notamment développé, depuis 2002, un programme de visiophonie qui leur permet de communiquer à distance avec les valides, par le biais d'une plate-forme d'opérateurs qui assurent la traduction en temps réel. Ce service est utilisé par des particuliers, des professionnels (Airbus, Orange, SFR) et des services publics. Fondée sous forme d'association en 1995, WebSourd s'est transformée en société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) en 2003. « C'est une entreprise militante à vocation sociale depuis son origine, signale son directeur, François Goudenove. Nous ne travaillons pas pour des actionnaires mais pour l'intérêt général. » Car les choses ne coulaient pas de source en France pour les sourds, avant la loi du 11 février 2005 sur les droits des personnes handicapées. « Ils étaient exclus de la vie culturelle, politique, économique, sociale... La scolarisation était une catastrophe. Elle dépendait de la Ddass donc de la santé, explique le directeur. Dans les années 80, il y a eu un sursaut identitaire fort. Ils se sont battus contre leur exclusion et la médicalisation de leur singularité. La loi de 2005 leur a ouvert les services publics et le monde de l'entreprise. Mais aujourd'hui encore, 60 à 80% des adultes sont fâchés avec l'écrit, un sur deux est au chômage et 4% seulement font des études supérieures. » Cependant François Goudenove est optimiste car « la loi a inauguré un marché et donc un potentiel de développement. Il y a une demande forte avec 500.000 sourds en France. » Ce qui est de bonne augure pour la SCIC qui voit ses commandes et projets se multiplier.
Projet européen
L'entreprise emploie aujourd'hui 20 personnes, dont 15 n'entendent pas, et en recrutera cinq de plus cette année. Elle développe son activité selon quatre axes : le service de communication à distance, la traduction de contenus (conférences, évènements, etc.). Elle diffuse ainsi sur son site Internet des reportages en langue des signes et un bulletin quotidien d'information. « Je rêve de partenariats avec d'autres médias », avoue son directeur. Autre axe : la création d'avatars, c'est-à-dire de personnages numériques animés. Le SNCF en a commandé un pour équiper les écrans plats qui vont progressivement remplacer les écrans à balayage des gares. L'avatar traduira les informations diffusées en langue des signes, en simultané. Enfin, WebSourd consacre 20 à 25% de son énergie à la recherche. Par exemple elle travaille actuellement pour l'Union européenne, sur une commande liée à son dessein de concentration de tous les appels d'urgences vers un numéro unique. La SCIC planche en l'occurrence sur l'accessibilité et, plus difficile, la traduction d'une langue des signes nationale en une autre. François Goudenove souligne que « la recherche pour les sourds fait faire des progrès à la recherche en général. La société entière y est gagnante. »
La société toulousaine innove dans le développement de projets d'accessibilité aux modes de communication. Elle affiche un militantisme en faveur de l'égalité pour tous les citoyens.