Comment le Cercle des Enfants Dirigeants d’Entreprises Familiales est-il né dans les Hauts-de-France ?
Le Cedef est né en 2019 dans les Pays de la Loire à l’initiative d’une dirigeante d’entreprise familiale, qui a ressenti le besoin de partager sur les problématiques spécifiques qu’elle rencontrait. Peu à peu, l’association a essaimé et compte aujourd’hui une vingtaine de cercles en France, dont les membres se retrouvent une fois par mois. J’ai été contactée en septembre 2024 pour préparer le lancement dans les Hauts-de-France, où les entreprises familiales sont nombreuses ! Le premier cercle s’est tenu en janvier, il est constitué d’une dizaine de membres.
En quoi les entreprises familiales sont-elles un enjeu spécifique ?
Les réseaux de dirigeants ne manquent pas, notamment dans les Hauts-de-France, et c’est une bonne chose tant il est important de lutter contre la fameuse solitude du dirigeant. Mais l’entreprise familiale est un lieu à part, avec des risques psychosociaux spécifiques qu’il s’agit de prévenir. Au sein du Cedef, nous offrons aux dirigeants un lieu d’échanges entre pairs, où ils peuvent se livrer en toute confidentialité et en toute intimité sur leur quotidien, où se mêlent vie de l’entreprise et vie familiale. Et on peut voir que la connexion est immédiate entre nos membres, chacun se reconnaît dans les enjeux que traverse l’autre. Nous leur apportons également, une expertise juridique ou fiscale pour les aider, concrètement, à régler les questions liées à la transmission.
Quels profils ont rejoint le cercle des Hauts-de-France ?
Nous avons une dizaine de profils assez variés. Dans les Hauts-de-France, nos membres ont entre 25 et 45 ans, ils ont repris ou sont en passe de reprendre l’entreprise familiale. Chaque situation est différente : il y en a certains qui ont repris la majorité du capital et la direction de l’entreprise, d’autres qui sont dirigeants, mais partagent le capital avec leur fratrie et/ou la génération au-dessus, d’autres qui sont actionnaires non opérationnels, et enfin des cadres non dirigeants qui pourraient être un jour amenés, ou pas (cela fait partie de la réflexion qu’on mène au Cedef), à reprendre la suite de l’aventure entrepreneuriale familiale.
Il était important de ne pas avoir uniquement des dirigeants, pour varier les angles de vue. Une entreprise familiale, c’est comme une maison de famille. Chacun y a un attachement qui n’est pas toujours rationnel, et y projette des choses différentes selon l’endroit où il se situe dans l’organigramme. Cela rend la tâche particulièrement compliquée pour les dirigeants familiaux, qui doivent composer avec le regard que portent les autres sur leur travail. Mais écouter le ressenti d’une actionnaire non opérationnelle dans une autre entreprise, va par exemple aider un dirigeant à accueillir différemment ce qu’il peut entendre ou percevoir au sein de sa propre famille.
Reprendre une entreprise familiale, parfois centenaire, c’est beaucoup de pression, on l’imagine…
C’est une énorme pression ! ! Tout le monde veut être le maillon qui a permis à l’entreprise de se développer davantage, et en même temps chaque époque a son contexte économique propre, les enjeux et les difficultés qui vont avec. Et là encore, chaque histoire est différente : il y a ceux qui ont grandi avec l’idée qu’ils reprendraient, ceux qui ont toujours dit qu’ils ne voulaient pas reprendre et se retrouvent un jour devant l’évidence, ceux qui ont dû reprendre après un drame familial… Il y a beaucoup à dire !
Le Cedef a développé un outil, la Fresque des Entreprises Familiales… de quoi s’agit-il ?
La Fresque des Entreprises Familiales est un outil développé par le Cedef pendant un an, inspiré par la fresque du Climat. Il s’agit d’un jeu de cartes qui permet d’articuler l’ensemble des problématiques auxquelles sont confrontés les dirigeants d’entreprises familiales. Il y a six lots de cartes, qui couvrent à 360 degrés tous les enjeux. Il peut être bien sûr utilisé lors des réunions du cercle, comme support à la discussion, ou pour animer une séance autour d’enjeux précis. Mais c’est aussi pour le Cedef, un outil de formation pour d’autres acteurs, des notaires ou des experts de la transmission par exemple, qui peuvent avoir besoin de se familiariser avec ces thématiques spécifiques. Enfin, la Fresque peut être très intéressante à animer dans un cadre intra-familial pour aborder tous les sujets sans tabou avec douceur et pédagogie.
D’autres cercles sont-ils prévus dans les Hauts-de-France ?
Il y a clairement du potentiel dans la région pour à terme, y créer un deuxième cercle je pense ! Mais pour le moment, je suis concentrée, avec le Cedef, sur la réussite de celui-ci, pour s’inscrire comme un véritable lieu de partage et d’accompagnement de ces dirigeants.