La publication du rapport de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). «C'est un événement majeur au plan mondial. L'ASN a confirmé le modèle français jugeant les réacteurs sûrs et demandant de poursuivre les efforts. L'ASN nous demande d'anticiper ce qui était prévu ces prochaines années. Concepteur et exploitant, EDF n'a pas attendu ce rapport. Gravelines pèse chaque année 400millions d'euros: 100de taxes, 130de masse salariale et 165,5 de dépenses d'exploitation en 2011 (200cette année). D'ici à 2025, nous investirons trois milliards. Fermer le parc nucléaire français coûterait 750milliards. On ne peut pas se payer le luxe de ces dépenses inutiles. Si on remplaçait Gravelines par une centrale à gaz, on diviserait le nombre d'emplois par sept, les prix augmenteraient de 60% et toute la valeur ajoutée irait en Russie. Le choix du nucléaire est conforté comme énergie sûre. Produire un mégawatt de nucléaire revient entre 46 et 50€. C'est 70€ pour le gaz, 130€ pour l'éolien, 250 à 300€ pour le solaire. Les modifications que nous allons faire coûteront 4 à 5€ supplémentaires au client final (soit+3 à 4%) qui devra payer le coût complet à un moment donné.»
La perte du triple A de la France et la désindustrialisation. «La crise touche pour la première fois des pays européens développés. La France a eu une alerte. Le modèle est un peu à bout de souffle, à mettre en corrélation avec la désindustrialisation et les 900usines fermées en trois ans. Le système pose question: faut-il promouvoir le made in France? Soutenir l'industrie? Je ne pense pas que nous puissions gommer l'industrie du paysage. La Chine n'est pas l'usine de la France. Il faut assumer et ne pas être Tartuffe à délocaliser nos risques! Les jeunes ont besoin de rêver. EDF porte l'industrie, mais ne peut pas le faire seul. Le groupe va réinvestir entre 2,5 et 3milliards à Gravelines, l'équivalent de trois fois le terminal méthanier, pour prolonger de 30ans la centrale. On nous traite de nucléocrates mais nous sommes des industriels avisés. On ne peut pas dire que l'industrie est dépassée. »
La naissance du sept milliardième être humain. «Quand je suis né, nous étions deux fois moins nombreux sur Terre. En 2050, nous serons neuf milliards. La croissance de la population pose un défi notamment écologique, qui ne pourra pas être relevé à l'échelle d'un seul pays. La solution ne sera pas unique.Les débats actuels sont réducteurs et ne peuvent être limités à une élection. Il faut investir en R&D. Il faudra de tout pour composer le futur, y compris en production énergétique.»
Directeur Centrale nucléaire (Gravelines) Parcours Né à Toulon. Diplômé de Centrale Paris. Intègre EDF en 1990 comme ingénieur d'études division nucléaire au Centre d'ingénierie. De 2001 à 2005, directeur de production à Bugey (01). Directeur adjoint à Gravelines de 2005 à 2008, année où il en prend la tête.