Un mois vu par Boris Cyrulnik

Un mois vu par Boris Cyrulnik

Directeur d'enseignement à l'université du Sud Toulon-Var, Boris Cyrulnik a travaillé à l'hôpital de Digne, comme chef de service au Revest, il a été neurologue à l'hôpital de Toulon-La Seyne, puis psychiatre dans un cabinet à La Seyne. Né en 1937 à Bordeaux d'un père ukrainien et d'une mère polonaise, il a été arrêté à 6 ans et demi mais il a réussi à s'évader.





Le doublé historique du RCT.

« Quand je jouais au rugby, nous étions amateurs. On allait au restaurant à midi, on avait 1h30 de match, puis on retournait au restaurant. Je disais que le rugby c'était "1h30 de match, 3h de resto et une semaine de vantardise". Aujourd'hui, ce sont des professionnels d'une capacité physique exceptionnelle. Mourad Boudjellal gère le RCT comme une entreprise en choisissant des joueurs internationaux comme un bon placement. Et il est triomphant car sur le plan entrepreneurial, c'est un vrai succès. Mais j'aimais bien le rugby des villages, avec La Voulte champion de France. Maintenant, c'est une entreprise de spectacle de très haut niveau mais comme ils jouent pour gagner, il y a de moins en moins de spectacl

e ».




Russie-Ukraine.



« Ce n'est pas une crise mais un indicateur de changement de marqueur culturel que je trouve dangereux. Cela s'intègre dans un retour des nationalismes que l'on a observé en Europe, dans l'ex-Yougoslavie ou en Tchétchénie. Je rentre de Roumanie et là-bas on évoque des Hongrois qui sont Roumains. Dans les pays arabes, il n'y a que des guerres civiles sauf au Maghreb, et c'est une tentation pour les nationalismes européens. Mais comment peut-on dire que l'Ukraine ce n'est pas la Russie alors qu'elle a été au fondement même de la grande Russie ? C'est comme si les Alsaciens, les Bretons, les Basques demandaient leur autonomie. Cette recherche de micro-nationalisme est d'une stupidité complète ».






L'université française.


« L'effondrement de l'enseignement en France me touche. C'est un budget faramineux pour un résultat médiocre. Alors qu'en médecine on a un numerus clausus qui élimine 90 % des étudiants, le gouvernement vient de décider de donner 3.800 € par mois aux médecins étrangers pour s'installer dans les déserts médicaux. Sur le plan entrepreneurial, l'université française est un échec car elle coûte cher avec un retour sur investissement mauvais, et c'est une catastrophe sur le plan humain car elle élimine des gosses motivés et compétents. Cela pose le problème de leur place dans la société et de la place de la France dans le monde ».


Propos recueillis par Serge Payrau