Des entrepreneurs franco-québécois veulent relancer Micromania. Propriétaire depuis 2008, l’américain Gamestop avait annoncé début 2025 son intention de vendre cette entreprise de Valbonne (Alpes-Maritimes) créée en 1983 et spécialisée dans la vente de jeux vidéo. La vente vient d’être conclue. Le 16 juillet, Micromania a annoncé qu’elle était reprise par quatre entrepreneurs, deux Canadiens et deux Français.
Un duo de Canadiens : Stephan Tétrault et Jean-François Chenail
Figure la plus en vue du quatuor, Stephan Tétrault qui prend la majorité du capital. L’entrepreneur québécois évolue dans l’univers du jouet, des produits sous licence, des jeux vidéo et du sport. Il est ainsi actionnaire des enseignes McFarlane Toys (fabrication de figurines et d’objets de collections), Imports Dragon (un distributeur de jouets et de produits sous licences employant une centaine de salariés) ou encore de l’enseigne spécialisée gaming EB Games Canada. Il est aussi actionnaire des clubs de football FC Supra (au Québec) et FC Chambly (Nationale 1 française).
À ses côtés, un autre entrepreneur canadien : Jean-François Chenail, qui dirige JAMS Venture Capital, un véhicule d’investissement actif outre-Atlantique dans les domaines de la logistique, de la distribution ou de l’immobilier. Jean-François Chenail est associé au capital d’EB Games Canada et des deux clubs de football dont Stephan Tétrault est copropriétaire.
Un couple de Normands : les dirigeants de Gipsy Toys
À ce duo de Canadiens, un couple de Normands. Sandra et Stephen Callahan, qui dirigent la PME caennaise Gipsy Toys, une PME de 20 salariés spécialisée dans la conception et la distribution de peluches, deviennent actionnaires minoritaires de Micromania.
Cette entreprise est notamment connue pour avoir réalisé la mascotte des jeux olympiques.
L’impact de la dématérialisation sur le marché des jeux vidéo
Le quatuor cherche à relancer Micromania, dont l’activité et les effectifs ont baissé ces dernières années sous l’effet de la dématérialisation des jeux vidéo. La part du chiffre d’affaires des jeux vidéo en support physique est ainsi passée de 24 % en 2018 à 16 % en 2023, selon les chiffres du ministère de la Culture.
Cette contraction de ce segment de marché impacte les distributeurs tels que Micromania. En 10 ans, le nombre de collaborateurs de l’enseigne azuréenne est passé de 1 700 à 1 200 salariés, quand le nombre de magasins a été réduit, passant de 430 points de vente dans l’Hexagone en 2017 à 306 aujourd’hui. Le chiffre d’affaires de l’entreprise est, lui, passé de 653 millions d’euros en 2016 à un peu plus de 410 millions d’euros en 2025. Dans ce marché du jeu vidéo, "on n’a jamais baissé en parts de marché et toujours maintenu notre leadership en France", assure Philippe Renaudin, directeur marketing & communication de Micromania.
Un plan de relance inspiré d’EB Games au Canada
Le projet s’inspire directement de la relance des 185 magasins d’EB Games au Canada, racheté en mai 2025 par Stephan Tétrault, déjà auprès de Gamestop. L’entrepreneur indique assure que 97 % des magasins canadiens étaient bénéficiaires en 2025, contre seulement 77 % en 2024. Ce rebond a notamment été permis par le développement des ventes des produits dérivés et des cartes à jouer. Le groupe canadien évoque des hausses des ventes de 75 % sur ces segments en moins d’un an.
Les nouveaux actionnaires veulent accélérer le mix produits de Micromania. Cartes Pokémon, Magic ou encore Panini, développement de jouets, figurines, objets de collections sous licences : Micromania veut accélérer le business autour de la culture pop, en s’appuyant sur des partenariats sur des marques à forte notoriété comme Warner, Disney ou Marvel. "On s’est positionné sur ce marché des produits dérivés et des cartes à jouer il y a une dizaine d’années. Notre objectif est de porter la part de cette activité à 50 % le plus rapidement possible", indique Philippe Renaudin. Et ce, sans perdre de business sur l’activité historique du jeu vidéo.
Un nouveau format de magasin Micromania
Cette diversification va s’accompagner d’un plan d’investissements dans les magasins. Certains vont être modernisés et de nouveaux voir le jour – "on ne se pose pas la question de réduire la voilure", affirme Philippe Renaudin. Parmi les nouveautés, Micromania va travailler sur un nouveau format de magasins, plus grands, d’une superficie comprise entre 500 et 1 000 m² (vs 150 m² en moyenne aujourd’hui). Le premier point de vente de cette taille devrait voir le jour en octobre en région parisienne, dans une localisation encore tenue secrète. Un deuxième magasin devrait être créé d’ici à la fin de l’année, entre quatre et cinq l’année prochaine.
Pour donner envie aux clients de franchir les portes de magasins, Micromania va renforcer ses animations. Tournois de jeux vidéo, bourses d’échanges de cartes, lancements de produits : "L’objectif est d’avoir des animations toutes les semaines dans nos points de vente", fixe Philippe Renaudin. L’équipe de Micromania compte aussi monter des événements d’envergure autour des jeux vidéo et de la culture pop. Le premier pourrait voir le jour en 2027.