Un cluster axé sur le nucléaire civil va voir le jour en Bretagne
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Un cluster axé sur le nucléaire civil va voir le jour en Bretagne

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La Bretagne, jusqu’ici quasi absente de la filière du nucléaire civil, se met en ordre de bataille pour décrocher une place dans ce marché hors norme, tant par son ampleur que par sa durée. Une démarche menée par l’UIMM Bretagne et Thierry Troesch, dirigeant de ST Industries, avec EDF, Orano et les professionnels du secteur normands.

De g. à d. : Thierry Troesch, dirigeant de ST Industrie, David Duval, directeur délégué de l'UIMM Bretagne, Sylvain Itey, technicien, et Pierre Dessaix, chargé de mission UIMM Bretagne, dans les locaux du groupe ST Industrie — Photo : Matthieu Leman

La Bretagne est en train de se constituer un cluster dans le nucléaire civil. Une démarche portée par l’UIMM Bretagne et par Thierry Troesch, le dirigeant de ST Industries (115 salariés, 12 M€ de CA en 2024), groupe spécialisé dans l’usinage présent dans les Côtes-d’Armor et le Finistère. Une entreprise qui s’est engagée résolument sur ce secteur, qui représente aujourd’hui 8 % de son activité contre 0 % il y a deux ans.

Un programme exceptionnel

Pourquoi ce cluster ? Parce que le nucléaire civil représente une opportunité extraordinaire pour une Bretagne jusqu’ici quasi absente de ce secteur. "Les programmes décidés en 2022 (par l’État, NDLR) démarrent, pointe David Duval, directeur délégué de l’UIMM Bretagne. La première tranche concerne 6 des 14 EPR décidés à l’époque, sans compter les petits réacteurs modulaires. C’est un programme de construction comme il n’y en a jamais eu."

Une durée de projets comparable "au temps des cathédrales"

Les chiffres sont connus. Le programme va nécessiter plus de 250 000 emplois directs. Pour les deux EPR de Penly (Normandie), par exemple, 10 000 salariés seront mobilisés. Plusieurs dizaines de milliers d’emplois sont concernées dans la sidérurgie, le génie civil, l’automatisation, en comptant les départs en retraite à venir et les nouvelles compétences à former.

Car le temps du nucléaire civil est long. "C’est le temps des cathédrales, note Thierry Troesch. Les besoins s’étalent sur des décennies. Les feuilles de route indiquent des lots et des agendas sur 30 ans ! L’usine de retraitement Orano de La Hague, qui existe depuis 50 ans, a été prolongée pour 50 ans supplémentaires. Ce sont des programmes, qui intègrent parfois des technologies qui n’ont pas encore vu le jour, dont on ne verra pas l’aboutissement. Nos enfants et petits enfants oui."

Empêcher la fuite des compétences

Il s’agit donc que les entreprises bretonnes prennent leur part du gâteau mais également d’empêcher une fuite des compétences des salariés bretons vers les Pays de la Loire et la Normandie, régions organisées pour le nucléaire civil et leaders dans le domaine.

C’est d’ailleurs avec les acteurs économiques de la Normandie que le cluster breton se met en place. "Les Normands nous ont pris sous leurs ailes. Il y a un tel besoin et la filière est tellement sous-capacitaire qu’il faut des compétences supplémentaires", souligne Thierry Troesch. Outre le cluster Normandie Énergies et les industriels normands, le cluster breton se construit également avec celle qui mène 90 % des programmes nucléaires en France, EDF, ainsi qu’avec le géant du retraitement, Orano.

Une centrale nucléaire est une ville

"Il nous fallait comprendre les opportunités mais aussi la filière en elle-même, qui comporte beaucoup d’acronymes, affirme Pierre Desaix, chargé de mission développement industriel pour l’UIMM. Une centrale est une ville, avec des besoins très hétérogènes." Ce travail d’acculturation est passé par différentes réunions, à partir de juin 2023, qui ont réuni entre 20 et 30 entreprises bretonnes. "Des TPE aux PMI… Tout le monde peut trouver sa place dans la supply chain", estime Thierry Troesch.

Des rendez-vous organisés avec les donneurs d’ordre

En 2024, une feuille de route a été élaborée pour développer la filière en Bretagne. Le mouvement s’accélère avec quatre événements organisés en 2025 : la visite de la centrale de Chinon (Indre-et-Loire) en juillet, celle du site d’Orano Temis à Valogne (Manche) en septembre, celle du site Orano de la Hague au second semestre 2025. Puis, d’ici à la fin de l’année ou début 2026, un événement B to B sera organisé avec des donneurs d’ordre et "quelques sous-traitants intéressés à participer à l’aventure".

Parallèlement, l’UIMM élabore des formations avec EDF. Quant aux certifications et qualifications, plus on se trouve près du noyau nucléaire, plus elles sont fortes mais elles se rapprochent de l’exigence, pour situer, des référentiels de la filière de l’aéronautique, du spatial et de la défense.

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