Udimec : Miser sur le "Made in France"?
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Udimec : Miser sur le "Made in France"?

Le "Made in France" est un argument très couru chez les hommes et femmes politiques en ces temps d'élections. Thierry Uring, délégué général de l'Udimec, mise plutôt sur le "Made by France", label de valeur ajoutée, de qualité et de créativité.

Doit-on, selon vous, miser sur le "Made in France" industriel? Ce qui est fondamental, c'est de développer l'entreprise et l'industrie; la France doit avoir une économie forte et une industrie forte. L'important n'est donc pas que la production soit en France mais que la valeur ajoutée soit en France. Nous devons développer des produits à forte valeur ajoutée sur un marché mondial concurrentiel. L'entreprise doit pouvoir vendre à l'export. Pour cela, dans une logique de boucle, elle doit acheter à l'export des produits de base (composants, équipements) produits en masse et avec une faible valeur ajoutée.




La France doit-elle donc renoncer à certaines productions?

Il faut avant tout valoriser les capacités à concevoir en France. Le savoir-faire et l'intelligence sont les forces de notre pays. Il ne faut donc pas se battre pour produire des t-shirts pas chers. Nous devons produire des prototypes, des petites séries, des niches qui nécessitent des moyens de production agile, des produits qui demandent une adaptation rapide, de nouveaux usages. Par exemple, la validation d'un concept et la première introduction sur le marché nécessitent des ateliers de production sophistiqués et très adaptables. Il faut favoriser les outils modernes et donc garder des capacités de production pour maîtriser la chaîne, avant un transfert en Asie. Car quand un produit mature entre en grande production, il ne faut pas s'entêter.




Quels sont les atouts français?

La valeur ajoutée humaine, la qualité et la créativité! Nous avons des capacités dans la conception de robots, dans le pilotage de moyens de production automatiques, donc dans la qualité. La France a la force d'être systémique avec des ingénieurs systèmes. Il faut être créatif sur plus de produits et de nouveaux usages. Aujourd'hui, notre mode de vie apporte de nouvelles contraintes en termes d'infrastructures, de réchauffement climatique, de communication rapides,etc. Prenons-les comme des chances! Nous ne sommes plus dans la manufacture. Il ne s'agit plus de "Made in France" mais de "Made by France".




Qu'entendez-vous par là?

Comment mettre du bleu-blanc-rouge sur un produit? Comment distinguer entre la production, l'assemblage, le composant, ce qui est fait en France ou ailleurs? Nous ne sommes pas dans le monde agricole, il ne s'agit pas uniquement de matières premières. L'important, c'est que la France maîtrise l'ensemble pour qu'il y ait du travail pour le concepteur, le contrôleur ou le logisticien. Quand on parle de "Made in Deutchland" pour une voiture ou "Swissmade" pour une montre, ce qui compte c'est le label du pays. Il faut labelliser le label France, valoriser la qualité intrinsèque de nos produits.




Comment peut-on mettre en place un tel label?

Jouer la fibre nationale n'est pas évident. Pour le consommateur, ce qui prime avec le prix, c'est la qualité. Il n'est citoyen que si toute chose est égale par ailleurs. L'État lui-même ne fait pas de préférence de production locale; qu'il montre l'exemple et se l'applique à soi-même! Appliquons plutôt des normes et contrôles. Les productions françaises subissent des contraintes fortes pour entrer sur certains marchés, américains notamment. Seule l'Union européenne se suffit d'un tampon CE... Je ne dis pas de mettre une barrière, seulement d'appliquer ce que les autres nous appliquent. Mettons en place de bonnes normes et des contrôles.




La comparaison est souvent faite entre la France et l'Allemagne, deux pays européens...

Il ne faut pas toujours copier mais il faut toujours être ouvert et regarder ailleurs, et pas seulement en Allemagne, puis en tirer des atouts et les intégrer sans copier les modèles. Il faut sortir d'une logique de copie, et miser sur la création qui vient du brassage et du bouillonnement d'idées.


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