Les trois marques dédiées aux travaux publics du groupe Bouygues, Colas, Screg et Sacer fusionnent. Sacer Atlantique et Screg Ouest se regroupent sous l'égide de Colas Centre Ouest. Désormais, celle-ci constitue une des sept régions de Colas, englobant chacune plusieurs départements. Colas a réalisé 5,1milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2011 en France métropolitaine.
5.000 supressions en 2013
Ces dernières années, les trois entités ont mis en place des centres de services partagés, des sociétés régionales communes d'exploitation de carrières. Ont aussi déjà eu lieu des cessions ponctuelles de fonds de commerce entre les sept filiales Colas, les trois filiales Sacer et les six filiales Screg. Même si elle couvait, cette réorganisation n'en demeure pas moins une véritable révolution locale dans le petit monde des TP. Désormais, dans le cadre des appels d'offres, le groupe Bouygues ne fournira plus qu'une seule réponse. Et ces trois marques d'un même groupe cesseront de se faire concurrence pour ce qui relève des marchés publics. Au même moment, la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) annonce la possible suppression de 5.000 emplois en 2013, après 3.000 destructions en 2012. Avec un repli de 9% attendu en 2013 côté investisseurs privés et de 8% pour l'État (investissement et entretien routier). Seuls les grands travaux permettent d'être optimistes et de ce côté-là, Bretagne et Pays-de-la-Loire sont plutôt bien lotis. Qu'il s'agisse de Notre-Dame-des-Landes ou de la ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV).
«L'important c'est l'emploi»
«La LGV est un chantier emblématique pour le groupe Eiffage, avec près de 30millions de mètres cubes de terrassement et 250 kilomètres d'aménagements de lignes», constate Philippe Robino, responsable d'Eiffage Travaux Publics à Lorient. «Mais nous ne serons qu'un petit maillon, qu'une pièce dans le puzzle. Nous allons mettre à disposition du matériel imposant tels que des bulldozers, des pelleteuses et des niveleuses. Pourtant, l'important, c'est l'emploi.» Or, seuls une vingtaine de salariés d'Eiffage Morbihan seront concernés par ce chantier. Et le gros problème d'Eiffage TP dans le Morbihan, qui emploie environ 200 personnes entre Lorient, Pontivy et Locqueltas, c'est aujourd'hui de trouver le bon équilibre entre le remplissage de son carnet de commandes et des prix anormalement bas, qui ont reflué de près de 20% selon Philippe Robino. «Pour nous, c'est très compliqué», reconnaît-il. «On maintient les structures mais quand deux personnes s'en vont, on n'en recrute plus qu'une. Même si le Morbihan est plus dynamique que le Finistère et les Côtes-d'Armor. Avec des communes et des communautés de communes qui ont l'habitude d'investir. Peut-être un peu moins qu'avant.»
La part du lion pour Vinci
Le problème pour les entreprises de travaux publics, c'est qu'actuellement, les communes sont plutôt en phase de budgets d'orientation. Les investissements n'arriveront qu'au printemps. «Il y a du travail mais pas très bien vendu», poursuit Philippe Robino. «Et c'est souvent le fait d'un léger manque de demande. Lorsqu'on est à un an ou même à huit mois de carnet de commandes, on peut se permettre de remonter les prix.» Or à l'échelle du Morbihan, Eiffage est plutôt proche des quatre mois de plan de charge. Pendant ce temps, Vinci et Eurovia se taillent la part du lion. Avec le futur aéroport du Grand Ouest en Loire-Atlantique ou le tunnel de Kérino à Vannes. «Nous tenons le haut du pavé, nous sommes incontournables sur les partenariats public-privé, avec une vraie expertise dans le groupe», se félicite Jérôme Le Luhern, chef d'agence dans le Morbihan, où Eurovia emploie 226 salariés. «Mais je veux rester mesuré car le climat économique est très tendu et ne met personne à l'abri de réorganisations et d'économies de coûts. En 2013, on aura du travail. Mais après 2014, ce sera très compliqué. Nous faisons de gros chiffres d'affaires mais nous ne devons pas perdre de vue notre rentabilité.» Après tout, ce qui est aujourd'hui Vinci faisait partie de Vivendi avant que Jean-Marie Messier, en quête de liquidités, ne décide de vendre les TP. Rebuté par cette branche mobilisatrice de capitaux et alléché par les marges potentielles du multimédia et de la culture. À l'époque, on ne le surnommait pas encore J6M pour Jean-Marie Messier Moi-Même Maître du Monde. Aujourd'hui, en Bretagne en tout cas, ce sont plutôt Vinci et Eurovia les maîtres du monde...
CONJONCTURE Dans le Morbihan les trois majors des travaux publics Eurovia, Eiffage et Colas vivent des fortunes diverses.
Mais toutes ont en commun de peiner à ajuster leur carnet de commandes au regard de prix tirés à la baisse.