Comment s'est passée l'année 2009?
L'année a bien démarré, avec une nette accalmie des cours du carburant (34$ le baril). Mais aujourd'hui le baril est remonté à 80$ Les transporteurs routiers ont énormément souffert de la crise économique. Durant le premier semestre, la Direction régionale de l'Équipement a enregistré 24 défaillances d'entreprises du transport en Bretagne. Le recours à l'intérim et aux CDD a été gelé, et plusieurs centaines d'emplois - presque 2.000 - ont été supprimées en Bretagne sur les 40.000 salariés que compte le secteur du transport. Rien qu'entre la liquidation judiciaire de Pailler à Plabennec et celle de la Générale des transports à Plouigneau, 70 postes ont été supprimés.
Comment la profession réagit-elle face à la crise?
Les transporteurs font le dos rond. C'est la mentalité des professionnels du secteur. Ils subissent pourtant de plein fouet la crise dans les BTP et l'automobile. Heureusement que l'agro ne se porte pas trop mal. Mais depuis octobre, on assiste à un nouvel effondrement de l'activité (- 15 à - 20% par rapport à 2008). C'est notamment le cas pour des entreprises comme ATC à Bannalec ou Hinterland à Brest, qui acheminent beaucoup de containers du port duHavre vers la Bretagne.
La concurrence est plus rude?
Il y a de grosses tensions sur les prix. Le coût du transport a baissé de 10 à 15%. Forcément: là où auparavant, il y avait 10 camions, il y en a maintenant 30 à 40 de disponibles... Les transporteurs enfouissent la tête dans le sable et attendent que ça se passe. En espérant pouvoir récupérer les clients du voisin d'à côté si celui-ci est amené à disparaître...
Et côté investissements?
Ils sont réduits au minimum. Les ventes de poids lourds ont, cette année, chuté de 60%.
Comment voyez-vous 2010?
J'ai plusieurs craintes... Premièrement, je crains que les banques coupent les robinets de crédits des entreprises qui auront un mauvais bilan 2009. Deuxièmement, les charges vont augmenter. Les transporteurs vont devoir payer, à compter du 1erjanvier, au titre de la taxe carbone, 0,0452 ? HT par litre de carburant consommé, et 10 centimes d'euro au titre de la taxe raffinage et économie d'énergie... Aux dernières nouvelles, le transporteur routier récupérerait ensuite 35% de la taxe carbone auprès de l'État. Mais pourquoi pas 75% comme les agriculteurs et les pêcheurs? Je crains aussi que la campagne de la SNCF, pour transporter des camions sur les trains, nous soit dommageable. L'État a investi 7M€ dans cette campagne, alors même que la SNCF n'est pour le moment pas en mesure de fournir des appareils fiables pour les camions... En Bretagne, il n'y a pas encore de solution alternative à la route. Quant à l'enterrement du projet 25,25m/44 tonnes par le gouvernement suite à la campagne de casse de France Nature Environnement, c'est vraiment du gâchis... Ce projet permettrait de mettre deux semi-remorques sur les routes au lieu de trois... Mais aujourd'hui, même la Droite ménage l'électorat vert... Nous craignons aussi un conflit social. Un mouvement est prévu vers le 10-15 décembre au sujet des hausses des salaires que les transporteurs ne peuvent pas envisager pour le moment.
Les transporteurs bretons ont durement subi la crise économique cette année. En Bretagne ils ont été contraints de supprimer plusieurs centaines de postes. René Le Grand, Président de la FNTR Bretagne (Fédération nationale des transporteurs routiers), nous dresse un sombre bilan du secteur.