Jumelées depuis 1962, Toulouse et Tel-Aviv n'ont pas attendues qu'un vol direct (lire encadré) les connecte pour nouer des relations. Il n'empêche : « C'est une destination que nous souhaitions mettre au programme depuis au moins quatre ou cinq ans, souligne Catherine Gay, directrice stratégie et développement de l'aéroport Toulouse-Blagnac. Les premiers chiffres de remplissage sont très bons et 60 % des vols commercialisés à ce jour sont de l'import. Nous en sommes ravis car cela prouve que la destination Toulouse-Midi-Pyrénées plaît aux Israéliens. » Considérée comme la quatrième communauté juive par sa taille après Paris, Lyon et Marseille, Toulouse bénéficie naturellement de ces échanges touristiques communautaires mais pas uniquement. Un certain nombre d'entreprises de Midi-Pyrénées entretiennent déjà des relations d'affaires avec Israël, ou y réfléchissent. Parti pour la première fois en février, dans le cadre d'une mission du pôle Agrimip Sud-Ouest Innovation, Cédric Cabanes annonce que son entreprise Agronutrition, fabricante de compléments nutritionnels pour végétaux, est « en cours d'élaboration de contrat de recherche sur la gestion de l'eau en milieu rural, avec l'université Ben Gourion du Néguev (à Beer-Sheva dans le sud d'Israël, ndlr). En allant là-bas, ce n'est pas tant la taille du marché qui nous intéressait que la technologie : Israël fait partie des pays champions du monde de la rationalisation de l'eau dans l'agriculture. »
« Une ouverture sur le marché mondial »
Du côté de l'entreprise Navallon, les choses sont beaucoup plus avancées. D'une rencontre avec deux chercheurs israéliens en 2008, sont nées, trois ans plus tard, deux sociétés détenues à parts égales. L'une développe, en Israël, un module photovoltaïque innovant, l'autre, basée en France, prend en charge la partie mécanique, l'environnement du module et l'intégration du produit fini. Avec le recul, Frédéric Navallon dit avoir été séduit par « le dynamisme israélien. On ne se perd pas dans les réunions et on va tous dans le même sens, c'est très agréable pour une PME. » Même constat de la part de Valérie Laskow, une Toulousaine vivant en Israël depuis 24 ans. En parallèle de son activité d'enseignante de français à Tel-Aviv, elle a créé, il y a deux ans, TLG (pour « Toulouse La Garonne ») Publishing House, petite société éditrice de manuels scolaires (destinés notamment aux élèves israéliens qui étudient le français), avec pour ambition de promouvoir, à son échelle, la culture française en Israël. « La création a été simple. Ce pays est très influencé par la culture américaine donc on y favorise l'esprit d'entreprise. » Pour Frédéric Navallon, être présent en Israël, c'est aussi bénéficier d'« une ouverture sur le marché mondial car, par obligation, le pays est tourné vers l'extérieur. » Un aspect important aux yeux de Frédéric Szabo, directeur du bureau Ubifrance en Israël. « Les entreprises françaises ne doivent pas hésiter à utiliser Israël comme une plate-forme pour toucher d'autres pays comme l'Inde ou l'Amérique du Nord, avec qui des relations fortes existent. » Ce qui ne doit pas empêcher, selon lui, de regarder de près le marché israélien : « 8 millions d'habitants, ça n'est pas énorme mais il faut savoir que le PIB par habitant d'Israël se situe au niveau de celui du Portugal, par exemple. Sans compter que c'est un marché très dynamique, avec une croissance supérieure à 3 % et un taux de chômage de 6 % environ. »
Combattre les a priori
Parmi les secteurs porteurs, il cite les biotechs, les nouvelles technologies ou encore l'énergie. Des filières sur lesquelles Toulouse et sa région sont aujourd'hui bien positionnées, comme le souligne la délégation régionale de la chambre de commerce France-Israël (CCFI). « Notre mission - que nous exerçons de façon bénévole - est d'aider au développement des relations économiques entre notre région et Israël, rappelle Daniel Sayag, son président. Pour cela, nous souhaitons cette année accompagner des entreprises de la région sur deux grands salons qui ont lieu à Tel-Aviv : Biomed (sciences et technologies de la vie) et Watec (technologies de l'eau et de l'environnement), en coordination avec des partenaires tels que la CCI de Toulouse, la Région ou Toulouse Métropole. » La communauté urbaine a d'ailleurs initié, le mois dernier, un rapprochement entre universités. « Nous avons aussi pour projet d'organiser, à Toulouse, des rencontres avec des experts israéliens, de créer une bourse de stages pour les étudiants ou encore de faire découvrir Israël aux acteurs insititutionnels, fédérations et réseaux d'entreprises. » Un contact de terrain que Daniel Sayag juge « d'autant plus important dans un pays qui souffre d'a priori. » « Le conflit existe mais il n'affecte pas le bon déroulement des affaires, confirme Frédéric Szabo. Le premier conseil que nous donnons donc aux dirigeants d'entreprises françaises, c'est de venir sur place, pour se rendre compte par eux-mêmes de la réalité de la vie en Israël. »
Connectée à Tel-Aviv par un vol direct pendant tout l'été, Toulouse entretient une relation de longue date avec Israël, que l'on sent s'intensifier sur le plan économique.