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Tonnellerie Baron : 150 ans de barriques au service des grandes maisons
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Tonnellerie Baron : 150 ans de barriques au service des grandes maisons

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La Tonnellerie Baron fêtera ses 150 ans en 2025. Créée en 1875 par Henri Baron, elle est toujours basée sur son site historique au cœur du vignoble charentais. Elle a survécu de justesse à la crise du cognac des années 1990 et perpétue la fabrication de barriques pour des vinificateurs de renom, en France et à l’international. Entre gestes immémoriaux et techniques de pointe, elle est aujourd’hui entre les mains de la cinquième génération de Baron.

de g. à d. Xavier Baron (en charge du sourcing et des achats de bois), Lionel Kreff (en charge du développement de la gamme de barriques et du réseau commercial), Nicolas Tombu (en charge du développement et de l’innovation) ont repris la Tonnellerie. Les deux cousins, issus de la cinquième génération, ont repris l’entreprise familiale en 1996 et ont été rejoints en 2001 par Lionel Kreff — Photo : Sugarfull

Maison familiale et indépendante, la Tonnellerie Baron entretient un savoir-faire ancestral dans sa plus pure tradition depuis un siècle et demi, celui de maître tonnelier. À l’origine, en 1875, c’est Henri Baron, alors tonnelier pour la Maison de Cognac Rouyer Guillet, qui a souhaité créer sa propre tonnellerie-menuiserie au sein du hameau des Gonds près de Saintes en Charente-Maritime pour fabriquer des fûts pour le cognac et des demi-fûts pour le transport de denrées alimentaires (marchandises diverses, sel, sable…).

Henri Baron, alors employé comme tonnelier au sein de la maison de négoce de cognac Rouyer Guillet à Saintes, crée la « Menuiserie par le tonnelier Baron » devenue par la suite la Tonnellerie Baron — Photo : DR

Aujourd’hui, la PME compte 75 salariés répartis entre la tonnellerie des Gonds, l’atelier de fabrication de merrains et la branche Oxoline dédiée aux structures métalliques de stockage des barriques qu’elle a inventées. Son savoir-faire est désormais reconnu par ses clients, de grandes et prestigieuses propriétés viticoles et marques de spiritueux françaises et internationales telles que la maison de champagne Billecart-Salmon, la maison de cognac Rémy Martin, le château Mouton Rothschild, Vega Sicilia en Espagne, Ornellaia en Italie ou encore Opus One en Californie.

Pour servir cette clientèle haut de gamme, la tonnellerie a "beaucoup travaillé sur les process pour fabriquer des barriques de précision hyper qualitatives", explique Lionel Kreff, co-directeur de la tonnellerie, qui rappelle que "le tonnelier contribue à élaborer un vin ou un spiritueux de qualité, via une barrique vue comme écrin pour enrichir et sublimer la palette aromatique du vin".

En danger à cause de la crise du cognac des années 1990

C’est en 1996 que les dirigeants aujourd’hui en place – Xavier Baron et son cousin Nicolas Tombu, deux jeunes trentenaires issus de la cinquième génération –, décident de reprendre l’entreprise alors en déclin. Le père de Xavier, François Baron, qui avait repris l’entreprise en 1975, avait dû faire face à la crise du cognac. En 1996, ne comptant plus que trois collaborateurs sur la vingtaine de salariés, la tonnellerie est sur le point de fermer ses portes. Elle ne produit alors plus de fûts neufs mais effectue seulement des réparations pour les grandes maisons de cognac. Rejoignant les nouveaux dirigeants en 2001, Lionel Kreff, ingénieur en agriculture spécialisé en œnologie, explique avoir participé avec eux à l’essor commercial de la tonnellerie.

Autre étape clé dans la construction des barriques, le cintrage qui consiste, pour le tonnelier, sous l’action de la chaleur et de l’eau, à donner sa forme définitive à la barrique — Photo : Anaka

Partis d’une feuille blanche au début des années 2000, les trois nouveaux associés relancent la marque et le savoir-faire Baron sur un marché français fortement concurrentiel, puis international, sur lequel tout est alors à créer. Ensemble, ils s’attellent à renouveler l’outil technique et à retrouver les savoir-faire ancestraux. "La tendance était à l’élevage en fûts de chêne, nous avons développé notre savoir-faire grâce aux exigences des vignerons. L’effet de mode a laissé place à un véritable travail de collaboration avec les plus grands vins du monde qui définissent très précisément leurs exigences millésime après millésime pour leurs besoins spécifiques", détaille Lionel Kreff.

Des innovations reconnues et récompensées

Le trio développe fortement ces fûts de chêne, faisant passer la production de zéro en 1996 à 15 000 fûts fabriqués en 2020. Il met également au point des innovations : le concept breveté de stockage de fûts pour vins et spiritueux nommé Oxoline en 2002 (qui fait l’objet d’une branche dédiée aujourd’hui), puis la "Vinification intégrale" pour gérer toutes les étapes de vinification dans un seul contenant ; ou encore la bonde expansible qui permet une fermeture sécurisée et une meilleure gestion des consumes.

- La tonnellerie Baron - Mérandier a installé un site de production de 13 ha depuis bientôt 150 ans dans la commune Les Gonds au sud-est de Saintes (17). 68 salariés travaillent sur ce site. 1250 m² de toitures photovoltaïques alimentent aujourd’hui les véhicules électriques mis à disposition des salariés qui habitent à plus de 10 km pour leurs trajets travail-domicile. L’entreprise vise l’autonomie énergétique de son site de production — Photo : Anaka

Depuis 2021, les barriques en sortie de fabrication sont garanties sans TCA ni TCP, molécules responsables du goût de bouchon dans les vins. Enfin, Reoaked, plateforme de vente en ligne internationale de fûts d’occasion pour vignerons et distillateurs lancée par la tonnellerie, a reçu le prix de l’innovation au dernier salon Vinitech Sifel. Des innovations qui ont été rendues possibles par un long travail de R & D et du bureau d’études intégré.

Un savoir-faire qui traverse les frontières

Grâce à ses inventions et à sa capacité à répondre aux demandes de ses clients, la tonnellerie Baron part à la conquête des vignobles étrangers. Déjà, dans les années 1970, l’entreprise avait commencé à exporter ses premiers fûts. "Jusqu’alors son rayonnement était uniquement charentais" note Lionel Kreff. De 1930 à 1975, la tonnellerie, sous la direction de la troisième génération Louis et Maurice Baron, avait connu une période faste, avec le développement exponentiel du cognac.

L’une des étapes de préparation de la barrique est le bousinage : il s’agit de la chauffe aromatique de la barrique, dont la durée et la température sont calibrées pour correspondre aux impératifs d’élevage des vins et spiritueux — Photo : Anaka

En sus de son activité historique pour la maison Rouyer Guillet, elle avait développé un partenariat en Afrique du Sud pour du brandy. Aujourd’hui, avec deux tiers de la production qui partent aux quatre coins du monde - Californie, Toscane, Australie, Afrique du Sud, Espagne, Chili, Argentine -, celle-ci a largement diversité sa clientèle et ses marchés.

Parc de grumes où sont entreposés les troncs d’arbre non équarris avant d’être pris en charge par la merranderie, qui s’occupe de la transformation des grumes en merrain, soit en pièces de bois fendues calibrées et parallélépipédiques. Le climat bienveillant de la Charente assure un ensoleillement et une hygrométrie favorables au séchage des merrains qui serviront à produire barriques, fûts, demi-muids et autres foudres — Photo : Anaka

Pour représenter l’entreprise sur tous ses marchés, elle a mis en place un réseau d’ambassadeurs d’une quinzaine de commerciaux.

En "phase d’abstinence"

Mais malgré son ouverture à l’international, face à l’accalmie économique mondiale et à la crise la consommation, pour la première fois en 2024 elle enregistre un ralentissement très modéré. Avec 20 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisé en 2023, "nous n’allons pas chuter mais nous stabiliser sans faire de croissance ", explique Lionel Kreff. L’objectif étant de maintenir l’activité et de fidéliser les salariés. "La crise s’installe dans le monde du vin et des spiritueux. Nous sommes passés dans la phase d’abstinence", conclut-il.

Mise en place d’un cercle châtaignier, à ce jour ces cercles sont simplement esthétiques, mais autrefois ils servaient à protéger les fûts contre les insectes xylophages qui s’attaquaient d’abord aux bois les plus tendres comme le châtaignier — Photo : Anaka

Dates clés

1875

Henri Baron, tonnelier au sein de la maison de cognac Rouyer Guillet Rouyer Guillet crée la tonnellerie au hameau des Gonds.

1900

Reprise de l’entreprise familiale par la deuxième génération, Samuel Baron, fils du fondateur.

1930

Louis et Maurice Baron reprennent l’entreprise jusqu’en 1975. Ce sont les deux grands-pères des actuels cogérants Xavier Baron et Nicolas Tombu.

2002

Début de la distribution aux États-Unis – Obtention du trophée d’or de l’innovation Vinitech pour Oxoline.

2009

Inauguration des nouveaux ateliers de la Tonnellerie Baron, arrivée d’un quatrième associé, Sébastian Lane et mise en route de la nouvelle merranderie Grand Chêne.

2018

Un plan RSE est mis en place avec la plantation d’un chêne par fût produit, soit l’équivalent de 40 000 arbres sur 25 hectares depuis 2018, la création d’un site de biodiversité et d’un refuge ligue pour la protection des oiseaux d’un hectare autour des parcs à merrains et la mise à disposition de véhicules électriques pour les trajets domicile – travail des tonneliers et merrandiers.

2021

Plantation d’un arboretum de 8 ha sur le site (10 000 arbres dont 48 espèces de chênes rares) sur son site de production permettant la séquestration de 86 T de CO2 par an. Sélectionnée par la BPI pour intégrer le programme innovant "Accélération décarbonation", la Tonnellerie Baron poursuit l’objectif d’atteindre sa neutralité carbone en 2025.

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