Côtes-d'Armor
Thierry Meuriot : «Un départ volontaire et assumé de Stalaven»
Interview Côtes-d'Armor # Agroalimentaire

Thierry Meuriot ex-PDG du groupe Stalaven Thierry Meuriot : «Un départ volontaire et assumé de Stalaven»

En exclusivité pour Le Journal des Entreprises des Côtes-d'Armor, Thierry Meuriot, petit-fils du fondateur du traiteur costarmoricain Jean Stalaven, revient sur les véritables raisons de son départ de l'entreprise. Il évoque également ses projets pour l'avenir. Entretien.

Le Journal des Entreprises : Votre départ, couplé à celui de votre frère, est apparu inattendu pour beaucoup de vos confrères dirigeants...

Thierry Meuriot : Cette décision est un départ volontaire et assumé. Il n'y a aucun désaccord stratégique fondamental avec notre actionnaire Euralis et son directeur général Pierre Couderc. Il s'agit davantage d'une différence de timing dans la mise en oeuvre de la création du pôle alimentaire né de la fusion des activités Jean Stalaven et Euralis Gastronomie. Tout est allé vite, peut-être trop vite.

Mais encore...

T. M. : La restructuration d'Euralis Gastronomie était inéluctable. Nous le disions depuis plus de trois ans sans être écoutés par les précédents dirigeants. Ce pôle a dû l'an passé réaliser un plan social avec la fermeture d'un site dans le Morbihan. Nous avons également récupéré en 2009 la gestion délicate d'un site de plats cuisinés Euralis dans le nord de la France. De son côté, Jean Stalaven se porte bien même s'il était nécessaire d'accélérer le recentrage commercial vers des segments à meilleure marge. Nous ne souhaitions pas que ces deux problématiques soient mélangées. Alors, dans ce contexte, quand on ne se retrouve pas dans le fonctionnement d'une organisation, mieux vaut en tirer les conséquences et partir.

Les relations avec Pierre Couderc n'ont jamais été distendues ?

T. M. : Loin de là. Je pense, nous pensons que Pierre Couderc est l'homme de la situation pour répondre aux objectifs de ce pôle alimentaire ambitieux. J'ai personnellement beaucoup d'estime pour ce transfuge de Danone. Il a eu le courage de prendre des décisions difficiles dans une entreprise jusqu'alors assez attentiste.

On peut vous reprocher d'avoir quitté le navire alors que la famille s'était toujours engagée à garder un oeil sur la destinée de Stalaven ?

T. M. : Effectivement. Je reçois des messages de collaborateurs déçus par notre départ et inquiets comme on peut l'être face à l'inconnu. Je veux leur dire que la famille, par son statut certes d'actionnaire minoritaire, sera garante de la pérennité des activités du groupe. Nous avons pleine confiance dans les nouveaux organes de management du pôle alimentaire, notamment le comité de direction.

Le fait que les cadres de Stalaven prennent la majeure partie des postes stratégiques n'a-t-il pas pesé ?

T. M. : Les cadres de Stalaven occupent effectivement des postes importants comme les achats, la logistique, les ventes ou le suivi des 16 outils industriels. Mais ce choix a été discuté, validé. C'était le meilleur choix.

Giampaolo Schiratti est le nouveau directeur général du pôle alimentaire. Postuliez-vous à ce poste ?

T. M. : J'ai participé à la réflexion sur le profil de la personne à recruter. J'ai songé, un temps, à cette fonction. Je n'ai pas souhaité pousser plus loin cette réflexion pour les raisons évoquées précédemment. Le poste de directeur délégué m'a également été proposé mais j'ai décliné l'offre. Concernant Giampaolo Schiratti, j'ai eu l'occasion de le rencontrer lorsqu'il était chez Bonduelle, puis Marie. C'est un professionnel de l'agroalimentaire notamment sur les marchés du frais en France, ce qui sera un plus pour son intégration dans le pôle alimentaire et plus particulièrement chez Jean Stalaven. À la condition de comprendre que cette structure est avant tout un industriel-distributeur dont 50 % de l'activité est réalisée hors GMS.

Un encadrement ?Stalaven? pilotée par un ?Stalaven?. Ce schéma était-il un frein pour les équipes d'Euralis ?

T. M. : Un peu sans doute. Mais je le répète, dans la constitution de l'encadrement de ce pôle alimentaire, ce sont les compétences qui ont prévalu.

Concernant votre avenir, de quoi va-t-il être fait ?

T. M. : Réfléchir au meilleur moyen de servir l'économie des Côtes-d'Armor. Cela va passer par la remise en activité de notre holding familiale Armorique Développement. Lorsque notre famille a vendu les 15 % de ses parts à Euralis, permettant à la coopérative de devenir majoritaire au capital de Stalaven, nous avons choisi de confier cet argent à une société dédiée avec des missions précises.

Lesquelles ?

T. M. : D'abord, soutenir financièrement, en apports de fonds propres, des créateurs, des repreneurs ou des entreprises en développement. Dans une logique d'actionnariat minoritaire avec un engagement sur le long terme. L'autre objectif est d'apporter un conseil, une expertise en matière de gestion industrielle, de pilotage financier, de suivi commercial, etc. L'idée est de s'impliquer personnellement et de passer du temps avec les dirigeants.

Des projets dans les cartons ?

T. M. : Pas encore, faute de temps précédemment. Je vais m'atteler à ce vaste chantier dès le mois de mars. Les candidatures sont les bienvenues. Nous allons étudier des dossiers, estimer leur viabilité, voir de quelle manière nous allons nous organiser et pouvoir les aider.

Quels sont les secteurs ciblés ?

T. M. : Par mon parcours, l'agroalimentaire mais pas seulement. Armorique Développement soutiendra des projets orientés vers les biens de consommation en général.

Votre départ ne témoigne-t-il pas de la difficulté des entreprises costarmoricaines à conserver leur centre de décision sur le territoire ?

T. M. : C'est un problème, effectivement mais il faut savoir qu'il existe, pour une PME comme Stalaven, deux options possibles si l'on souhaite faire grandir son entreprise. S'ouvrir à des financiers purs, ce que nous refusions, ou trouver un partenaire industriel partageant les mêmes valeurs. Avant de nous associer à la coopérative de Pau, nous avons eu des discussions avec des groupes industriels du grand Ouest. Nous avons jugé que le risque de pérennité de Stalaven sur son territoire était trop important. C'est cette raison qui nous a conduits à privilégier une structure plus lointaine mais complémentaire de nos métiers.

Tout cela couplé à une problématique fiscale contraignante...

T. M. : La fiscalité française, que ce soit au niveau de l'ISF ou des donations, est un frein supplémentaire au développement des entreprises familiales. Aujourd'hui, des actionnaires, souvent non-opérationnels, doivent se résoudre à céder une partie de leur patrimoine pour honorer le paiement de leur imposition, eu égard à un niveau de revenus pas suffisamment élevé. Certains actionnaires de Stalaven n'ont pas été épargnés par ce phénomène. Même si, je le répète, la raison première de l'augmentation de capital a servi à financer l'usine de Saint-Agathon et les projets de croissance externe.

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