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Terratis crée une usine-pilote pour stopper le moustique tigre
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Terratis crée une usine-pilote pour stopper le moustique tigre

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La deeptech montpelliéraine Terratis lève 1,5 million d’euros pour lancer l’industrialisation de son procédé, qui permet d’endiguer les populations d’insectes invasifs et ce sans produits chimiques. Elle pose ainsi la première pierre d’un projet qui passera rapidement par une usine de plus grande ampleur.

La deeptech Terratis va passer de 7 à 14 salariés dès 2025 — Photo : Terratis

Alors que le moustique tigre a envahi 71 départements français en 20 ans, la start-up montpelliéraine Terratis (7 salariés) se positionne comme la première entreprise adaptant et développant à grande échelle, contre cette espèce, une solution connue depuis plus de 50 ans pour endiguer la prolifération des ravageurs. La technique de l’insecte stérile (TIS) consiste à produire sous environnement contrôlé des millions de mâles stérilisés par rayons X : des lâchers répétés dans la nature permettent alors de bloquer la reproduction des moustiques femelles (les seules à piquer). Validant son approche, avant même sa création en 2024, lors de tests conduits avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de Montpellier, Terratis signe une levée de fonds pour lancer l’industrialisation de son process.

Une usine-pilote pour couvrir des hectares

Ce financement, d’un montant de 1,5 million d’euros, est obtenu auprès des fonds Odyssée Venture et Galapagos Innovation, ainsi que de la SATT AxLR. Il permettra d’abord à la deeptech de doubler ses effectifs et de passer à 14 salariés dès 2025, en attirant notamment des responsables de production. Ceux-ci appuieront, ensuite, la mise en œuvre du projet industriel baptisé "TerratisFarm" : née au sein de l’incubateur universitaire Initium, hébergée jusqu’ici à l’EID Méditerranée de Montpellier, Terratis vient de déménager et de se doter d’une première unité de production, d’une surface de 220 m2. "Cette usine-pilote va nous permettre de produire assez de moustiques pour couvrir 250 hectares en première année, avant d’atteindre rapidement les 1 000 hectares en local", évalue Clélia Oliva, présidente et cofondatrice de Terratis aux côtés de Dorian Barrère.

Des premiers cas d’usage

La levée des fonds lui permettra aussi de changer d’échelle : l’achat de machines va notamment optimiser la TIS affinée par Terratis. "Nous allons automatiser les deux étapes les plus chronophages. D’une part, la manipulation des bacs où naissent les larves, car c’était un travail manuel jusqu’ici. D’autre part, le tri des nymphes (au moment de la différenciation sexuelle, NDLR). Nous allons aussi simplifier les tâches les plus pénibles", détaille Clélia Oliva.

Conjointement au volet industriel, Terratis va aussi actionner son développement commercial. Elle a déjà signé ses premiers clients : des collectivités territoriales et des résidences privées, qui affichent souvent plusieurs hectares à protéger du moustique tigre. "Nous nous tournons aussi vers les aéroports, qui ont une obligation légale d’agir contre les espèces d’insectes vecteurs de maladies", révèle la dirigeante.

Agir à grande échelle

Mais le projet "TerratisFram" va vite évoluer à plus grande échelle encore : la deeptech planche déjà sur une levée de fonds de 5 à 6 millions d’euros pour construire une véritable usine de 3 000 m2, dont l’emplacement reste à préciser. Espérant un démarrage du chantier dès 2026 pour une mise en service en 2028, Terratis pourra alors porter sa capacité d’agir à 40 000 ha, "l’équivalent de plusieurs villes moyennes". Elle devrait aussi lancer la création d’au moins 3 unités secondaires, satellites de l’usine, afin d’agir en proximité. "Il y a une logique de trajet à gérer depuis le site principal de production. La mise en œuvre de la TIS suppose de libérer rapidement les moustiques pour garder au maximum en qualité. C’est pourquoi nous recrutons aussi des responsables de terrain dès cette année", précise Clélia Olivia.

De nouvelles espèces ciblées

Enfin, les fonds levés par la deeptech lui permettront aussi de lancer de nouveaux programmes d’innovation. Terratis compte en effet dupliquer l’expertise accumulée sur le moustique tigre à d’autres espèces d’insectes invasifs : selon la dirigeante, certaines d’entre elles (la mouche méditerranéenne des fruits, le carpocapse de la pomme) ne demanderont qu’un temps limité pour adapter la TIS, tandis que d’autres (certaines mouches drosophiles) nécessiteront un cycle de R & D un peu plus long.

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