S'ils ne transforment pas encore le plomb en or, ces anciens ingénieurs de Metaleurop n'en sont pas loin. Leur pierre philosophale, ce sont les cartes électroniques en fin de vie. Outre le plastique et la fibre de verre, on y trouve un tiers de métaux: cuivre, aluminium, fer, étain, argent...
Une ressource presque inépuisable
«Nous allons pouvoir récupérer de 30g à 1kg d'or pour chacune des 30.000 tonnes que Terra Nova va traiter par an, assure Christian Thomas, président de la société. En comparaison, l'Afrique du Sud ne produit que 5 à 7g d'or par tonne de roche extraite dans ses mines.» Aussi évident qu'il puisse paraître, le concept a mis du temps à émerger. «Le retraitement des déchets n'est pas encore totalement entré dans la culture du monde industriel, estime Christian Thomas. Les décharges européennes comptent plus de 800.000 tonnes de cartes électroniques, dont seulement 25% sont récupérées.» Une ressource presque inépuisable, à condition de savoir l'exploiter.
Start-up de quinquas
«Il nous fallait non seulement trouver de quoi extraire les métaux, mais le faire dans des conditions acceptables pour l'environnement, en limitant au maximum les gaz toxiques et les déchets ultimes, précise Christian Thomas, qui avec le soutien d'une poignée d'anciens ingénieurs de Metaleurop, parvient à mettre au point une combinaison inédite de procédés industriels, validée par les autorités en 2007: après le broyage progressif des cartes, une pyrolyse puis une succession d'opérations chimiques très complexes permettent de récupérer 99% des métaux. Malgré un soutien indéfectible d'un fonds irlandais, la start-up de quinquas s'est heurtée à une certaine frilosité, peinant de fait à se développer en dehors de la vente de travaux R & D en récupération de métaux.
30 emplois créés en 2011
Le financement tant attendu a finalement été débloqué en décembre dernier, avec l'arrivée de nouveaux investisseurs. De quoi amorcer le lancement de la phase industrielle dans les 5.000m² qu'occupe Terra Nova à Isbergues et embaucher une trentaine de personnes, ingénieurs et opérateurs, d'ici à l'an prochain.
Née en 2006 et implantée sur le site Arcelor à Isbergues, la société Terra Nova a levé plus de 8M€ pour financer un procédé industriel de recyclage des métaux qui exauce le rêve des alchimistes. Presque.