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Témoignage : L'entreprise varoise Tadé Pays du levant maintient ses échanges avec la Syrie
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Témoignage : L'entreprise varoise Tadé Pays du levant maintient ses échanges avec la Syrie

Malgré la guerre, et parce qu’il ne pouvait en être autrement, Thaddée de Slizewicz, dirigeant de la marque cosmétique Tadé Pays du Levant, continue d’importer du savon d’Alep, de jeter des ponts, de faire perdurer 20 années de relation avec les artisans syriens.

« En 1995, j’ai rapporté mon premier savon d’Alep, mes premiers verres soufflés de Damas et j’ai créé avec ma femme notre entreprise Tadé Pays du Levant. Au fil des ans, nous sommes devenus l’un des principaux importateurs de savon d’Alep dans l’Hexagone. Depuis 20 ans, mes échanges avec la Syrie ont été le moteur de mon entreprise, ils constituent son ADN et encore aujourd’hui, il ne pourrait en être autrement. Finalement, Tadé est née de ma passion pour le Moyen-Orient, de mon coup de cœur pour la Syrie, pour ses hommes, son histoire et son savoir-faire artisanal ».

Traverser la tempête
« Alors, lorsque l’on parlait encore de Printemps arabe, il était difficile pour moi et mes équipes d’envisager un départ et la fermeture de notre entrepôt en Syrie. J’étais optimiste, je ne m’attendais pas au scénario que l’on connaît aujourd’hui. Lorsque le conflit est devenu plus brûlant, qu’il est arrivé aux portes d’Alep, nous avons fermé notre bureau. Nous étions en juillet 2014. Depuis, Alep et ses habitants vivent sous les bombes. Nous ne pouvions les abandonner, ni eux, ni le savon d’Alep, intimement lié à l’identité de Tadé, tout autant qu’à son chiffre d’affaires, qu’à sa raison d’être, qu’à notre inspiration au quotidien. Je ne pouvais pas davantage me résoudre à mettre fin à 20 années d’étroites relations nouées avec les artisans, ouvriers, fournisseurs, devenus des partenaires et des amis. Armés de notre confiance, épaulés de notre directrice et magicienne, Véronique Christophe et d’une équipe solidaire, nous avons traversé la tempête. Notre passion ne nous a jamais lâchés, nos convictions non plus… Elles étaient indispensables pour poursuivre l’aventure ».

La confiance en l’avenir
« Dans un contexte de guerre, de crise économique, de flambée des prix du savon d’Alep, voire de pénurie totale de production en 2012, Tadé s’en est sortie. Le plus dur ne fut pas d’acheter du savon dans un pays en guerre, mais de maintenir une équipe, un catalogue, d’y croire alors que tous les indicateurs étaient dans le rouge. Nous ne pouvions plus compter sur les banques, nous avons dû nous séparer d’une partie de notre personnel en France, il a fallu battre en brèche les préjugés dont la Syrie est affublée. Dans un contexte de fragilité extrême, sans approvisionnement, ni capital, nous avons fait le pari d’un scénario de croissance et de maintien de l’existant. Et, depuis quelques semaines, les chiffres nous rassurent enfin, ils nous rendent à nouveau optimistes. L’année dernière, nous avons retrouvé l’équilibre. Cette année, nous sommes sur une perspective de croissance à deux chiffres (+15%). Nous avons confirmé des parts de marché solides et sommes en mesure d’entrevoir de nouvelles pistes de développement, principalement à l’export et d’imaginer de nouveaux produits ».

Modèle éco renouvelé
« Pour arriver à ces résultats, nous avons complètement revu notre modèle économique, nous l’avons adapté à une économie de crise et de guerre. Avant, nous avions bâti notre marque autour d’un produit vierge, unique, authentique. Nous le valorisions intégralement sur place avec des prestataires locaux. Notre savon est toujours produit à Alep, notre fournisseur est le même depuis 20 ans et nous en acheminons environ 130 tonnes par an via la Turquie. En revanche, les paillettes sont désormais séchées dans nos locaux, puis transformées, emballées, packagées en France. Il nous a fallu trouver des fournisseurs français, prêts à travailler notre matière première, selon notre cahier des charges. Pas évident dans un contexte de rationalisation des coûts ! Mais, nous avons pu compter sur des confrères solidaires à notre égard : des fabricants ont accepté le challenge de réaliser nos savonnettes. À l’autre bout de la chaîne, contraint de nous séparer de notre force commerciale exclusive, Denis Vogade, dirigeant de l’éditeur de parfums Lothantique a été le seul à nous communiquer ses meilleures cartes d’agents commerciaux. Ces aides ont été décisives. Elles nous ont aussi beaucoup appris, elles nous ont amenés à nous professionnaliser davantage et par voie de conséquence nous ont aussi ouvert les portes de nouveaux circuits de distribution, comme la grande distribution spécialisée. Nous avons adapté notre modèle économique pour survivre, mais nous avons conservé notre passion intacte. Nous sommes même devenus des fanatiques du savon d’Alep, fabriqué à Alep ! Nous sommes particulièrement fiers de faire vivre une cinquantaine de Syriens, de la cueillette des olives et baies de laurier à la fabrication de l’huile et des paillettes de savon, de leur permettre de vivre dans leur pays ».

Tadé Pays du Levant
(Signes)
Dirigeant: Thaddée de Slizewicz
CA: 2,3M€
10 personnes

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