C
ela fait trois ans que l'instrument scientifique ChemCam, embarqué sur le rover Curiosity de la Nasa, est en activité sur le sol martien. Quelle est la genèse de ce second appel d'offres ?
Six mois après avoir posé Curiosity, chargé de démontrer l'habitabilité de Mars, la Nasa a annoncé la mission Mars 2020, c'est-à-dire le lancement d'un second rover à la recherche de traces de vie. Notre équipe de l'Irap, toujours en partenariat avec le Laboratoire national de Los Alamos au Nouveau-Mexique avec qui nous avons conçu et produit ChemCam, a proposé à la Nasa un instrument scientifique aux mêmes fonctionnalités que ChemCam auquel on rajouterait notamment deux voies nouvelles, le raman et l'infrarouge, qui donnent des informations minéralogiques. La Nasa a reçu une cinquantaine de propositions, pour réaliser sept instruments capables de chercher des traces de vie sur Mars et de ramener des échantillons sur Terre.
Pour quelles raisons pensez-vous avoir gagné cet appel d'offres ?
D'abord parce que le succès de ChemCam a marqué, ce qui constitue une valeur sûre pour la mission suivante. Et parce qu'on représente un mode de fonctionnement éprouvé et fiable, avec nos partenaires de Los Alamos, et avec notre organisation en France sous la maîtrise d'ouvrage du Cnes, agence très estimée par la Nasa. Nous devrons livrer SuperCam début 2018, à Los Alamos qui le gardera pendant six mois puis le livrera à la Nasa pour être intégré au rover. Son lancement est prévu en juillet 2020, pour une arrivée sur Mars en mars 2021.
Combien de chercheurs toulousains seront impliqués ?
Près de 70 % de la conception de SuperCam se fait à Toulouse : beaucoup à l'Irap, à l'Observatoire Midi-Pyrénées, sous l'égide du Cnes. Le reste se joue à Paris et à Bordeaux. À Toulouse, aujourd'hui, c'est une quarantaine de personnes qui y travaille ? pas à temps plein. A la fin, cela concernera environ 140 personnes, scientifiques dont je fais partie, ingénieurs et techniciens.
Quel rôle les entreprises vont-elles jouer dans SuperCam ?
La réalisation de SuperCam est confiée via des appels d'offres à des industriels, qui ont l'habitude d'usiner de l'aluminium ou du titane, qui ont une qualification pour intégrer des composants électroniques résistant aux environnements spatiaux, etc. Nous avons de gros partenaires comme Thales Optronics, parfois de toutes petites sociétés aux savoir-faire uniques. Il y a assez peu d'entreprises qui répondent à nos appels d'offres, ce sont des moutons à cinq pattes.
Combien de partenaires industriels y a-t-il en France, voire en Midi-Pyrénées ?
C'est difficile à dire. Nous avons une douzaine de gros partenaires dans le monde. Localement, ce sont plutôt des savoir-faire de fabrication. En Midi-Pyrénées, il s'agit de Comat (fabrication mécanique), Microtec (électronique), Mecano ID (analyses en mécanique), Steel Electronique (électronique). Ces sociétés cascadent aussi auprès de sous-traitants, par exemple Comat qui fait appel à une société de traitement de surface. Après, rien n'est gagné : la confiance et l'exigence de qualité et de fiabilité jouent énormément.
Quel est le montant du contrat avec la Nasa ?
Je ne peux pas le dire, ce sont des millions. Le ratio est intéressant : la moitié est constituée d'argent qui va nous permettre de payer des prestations, des fournitures et des études, et l'autre moitié qui représente des salaires ? surtout payés par le CNRS et les universités, et un peu par le Cnes.
Etes-vous confiant face à ce nouveau défi ?
La Nasa nous a sélectionnés grâce à ChemCam. Mais ce n'est pas pour cela que c'est plus facile. En outre, nous avons deux fonctionnalités supplémentaires alors que le poids doit rester le même (6 kg). Personnellement, je pense que c'est plus difficile la seconde fois. Mais c'est ce qui motive nos équipes : faire quelque chose que personne n'a jamais fait.
Propos recueillis par Agnès Baritou
Spatial. Astrophysicien et planétologue à l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap - CNRS-Université Toulouse 3 Paul Sabatier), Sylvestre Maurice dévoile l'implication des chercheurs toulousains et des entreprises midi-pyrénéennes dans le cadre du projet Mars 2020, piloté par la Nasa.