Petit entrepreneur du bio deviendra grand. Rien n'est plus vrai pour le groupe Léa Nature, créé en 1993 avec un pécule de 45.000euros par un homme alors presque trentenaire, Charles Kloboukoff. En dix-sept ans, le credo du P-dg n'a pas varié d'un iota. Il développe des produits naturels bons pour la santé et s'emploie à les rendre accessibles. L'une des marques les plus en vue, Jardin BiO', commence à faire sa place sur les tables des Français. À l'origine, elle est positionnée sur la phytothérapie et les compléments alimentaires naturels (18% des ventes en 2010).
56% de croissance entre2006 et2009
Charles Kloboukoff a investi dans le secteur de l'alimentation bio dès le milieu des années 1990. Aujourd'hui, ce métier représente la moitié de son chiffre d'affaires. Il s'est également lancé dans la cosmétique bio et les produits verts pour la maison. Des créneaux ultra-concurrentiels mais prometteurs. À voir la courbe de progression du chiffre d'affaires de Léa Nature, on comprend que les produits naturels et bio font recette. Et quand on parcourt la liste des initiatives qui ont été lancées par ce groupe familial, on se dit que l'on gagnerait du temps à recenser ce qu'il ne fait pas encore. Charles Kloboukoff, 47 ans, est un de ces hommes chefs d'orchestre qui ont su transformer la vie de leur entreprise en saga. Parti de rien, avec l'appui zélé de son épouse Catherine, fort tout de même de ses dix ans d'expérience professionnelle, notamment en tant qu'acheteur national de produits diététiques chez Intermarché, il compte aujourd'hui près de 600 collaborateurs. Entre2006 et2009, il a frôlé le nirvana avec 56% de croissance annuelle. Pour 2011, il table sur un chiffre d'affaires de 115millions d'euros.
Père et grand-père passionnés de végétaux
À l'origine, il y a l'histoire familiale. Doté de parents soupçonneux envers les antibiotiques, le fils a contracté la même méfiance. «Chez nous, moins on prenait de médicaments, mieux on se portait.» Père et grand-père, passionnés de végétaux, lui ont inculqué des rudiments de médecine naturelle. Pourtant, lorsqu'il se lance bien des années après dans l'aventure, les herboristeries tirent la langue et le bio n'a pas encore pris racine. Où sont donc alors les clés du succès? «Dans le choix d'une niche de marché dont j'estimais qu'elle était fondée et porteuse», répond l'entrepreneur. Au début, Charles Kloboukoff investit fortement dans les postes de commerciaux et dans le service client. Objectif: prendre pied dans les grandes surfaces, animer les points de vente, et tisser des liens avec les clients. Arrivent les années 2000. Avec elles la montée en puissance de la chaîne logistique. Les produits acquièrent une identité et leur fabrication se développe en interne, avec l'acquisition de deux sites de production.
Pas épargné par la crise
À partir de 2004, Léa Nature prend son envol industriel: des partenariats à long terme se nouent avec des fournisseurs, et la recherche et développement s'active. Aujourd'hui, peu de fonctions sont externalisées. Quant au capital, il est resté intact. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la maison Léa Nature reste détenue à 90% par son fondateur. Et la crise dans tout ça? Léa Nature n'échappe pas à la règle. Quand le vent de la finance malade souffle en 2009, c'est la branche bio, notamment la cosmétique, qui s'enrhume. Habitué à des taux de croissance de 20%, le groupe doit se contenter de 2% à 3% en 2010. Pour contrer l'arrivée des marques de distributeurs, Léa Nature se recentre sur ses marques fortes et optimise son outil industriel. Mais il y a une chose sur laquelle Charles Kloboukoff refuse de transiger: les valeurs. Chez Léa Nature, 90% des matières premières sont bio et 65% des produits finis sont labellisés bio. Cette année, la marque Jardin BiO' entend faire passer de 8% à 20% la part des ingrédients français utilisés pour fabriquer les produits finis. À terme, l'objectif est de produire le plus localement possible. Faut-il aussi mentionner qu'en 2010, Léa Nature a reversé, au titre de sa participation au Club 1% pour la planète, la somme de 500.000 € à des associations environnementales? Pour la suite, le P-dg mise sur le bio frais et aimerait pouvoir s'unir avec d'autres ?David?, face aux ?Goliath? de l'agroalimentaire et aux marques de distributeurs. La seule façon, selon lui, de préserver sa spécificité à l'heure où, plus que jamais, la sève bio monte.
LÉA NATURE. Une saga familiale qui prospère grâce aux gélules et assiettes bio.
Aujourd'hui, le groupe affiche plus de 100millions d'euros de chiffre d'affaires et compte 560 salariés.