Certains l'appellent l'effet domino, d'autres l'effet papillon. Ces symboliques pourraient être fort déplaisantes à l'échelle de l'agglomération grenobloise. Le groupe STMicroelectronics a en effet présenté en décembre son plan stratégique, avec l'annonce de son désengagement de ST-Ericsson. Le fabricant de semi-conducteurs, basé en Suisse mais très fortement implanté dans le Sud Isère, refuse de commenter ses annonces et de détailler les potentielles conséquences locales. Mais le poids de cette major (lire ci-contre) amène le monde politique et économique à scruter ses mouvements.
Marge d'exploitation de 10%
STMicroelectronics est un leader mondial pour le développement et la réalisation de solutions sur silicium dédiées à de nombreuses applications, dont la téléphonie mobile faisait partie jusque-là. Carlo Bozotti, président de STMicroelectronics, a en effet déclaré: «Nous avons pris la décision de nous désengager de ST-Ericsson d'ici au troisième trimestre 2013, après une période de transition. Nous continuerons à soutenir ST-Ericsson en tant que partenaire de sa chaîne logistique, partenaire pour les technologies de fabrication avancées et fournisseur de propriété intellectuelle pour les processeurs d'application. Notre nouvelle stratégie est centrée sur le leadership dans les produits de détection et de puissance (Sense & Power) et les produits pour applications automobiles, ainsi que sur les solutions de traitement embarquées. Nous allons concentrer nos activités sur cinq domaines de produits: les microsystèmes électromécaniques (MEMS) et les capteurs; l'électronique de puissance intelligente; les produits pour l'automobile; les microcontrôleurs; et les processeurs d'application, y compris pour les applications numériques grand public. Le nouveau ST aura pour objectif d'atteindre rapidement une marge d'exploitation de 10%. Pour atteindre ce modèle financier, ST compte réduire ses dépenses d'exploitation nettes à une moyenne trimestrielle comprise entre 600 et 650millions de dollars d'ici au début de l'année 2014.»
ST-Ericsson, c'est près de 800emplois sur Grenoble. Les représentants de la CGT regrettent de ne pas avoir de précision sur la reprise des salariés. « On ne sait rien de concret sur ce que veut dire "désengagement". ST s'enlève une source de perte puisque ST-Ericsson a perdu près de 800 M€ en 2012. Mais se départir de la téléphonie fragilise la R & D des autres produits multimédias. En procédant ainsi, on menace l'outil industriel de pointe. »
La CGT estime que pour continuer à se développer, ST doit obtenir « des apports capitalistiques des États pour avoir les reins suffisamment solides». L'État français, via le CEA et le FSI, et l'État italien détiennent chacun 13,7 % du capital. Les collectivités locales interviennent également dans le financement du programme Nano 2012.
La convention cadre portant sur 2008-2012 engageait ST à investir 1,8 Md€ en R & D à fin 2011 et à créer 660 emplois supplémentaires. À fin 2011, les investissements s'élevaient à 2Md€, mais il restait 643 emplois à créer, selon les données de la Préfecture. Cette stagnation de l'emploi est expliquée par ST par la crise économique. Le CEA a tenu son engagement de 104M€ d'investissement dans la R & D à fin 2011. De leur côté, l'État s'engageait à financer 204,8M€ mais a réellement payé 198M€; les collectivités territoriales s'engageaient sur 128,8M€ mais avaient payé 61,4M€ à fin 2011. La Communauté de communes du Grésivaudan, le Conseil général et le Conseil régional se désengagent partiellement du programme.
Christian Pichoud, conseiller général à la commission du développement économique, explique que «l'investissement initial correspondait à près de 10% de la taxe professionnelle. Mais sa réforme a conduit le Conseil général à voter 9 M€ au profit du CEA pour solder Nano 2012. La règle du jeu a évolué, nous en tenons compte.»
De son côté, la Métro a opté pour « un effort conséquent et significatif pour permettre le bouclage financier car elle est attentive au développement de l'emploi », selon Jérôme Safar, premier vice-président chargé de l'économie et de l'innovation à la Métro. La collectivité versera ainsi une subvention de 3,8 M€ au CEA, échelonnée entre 2013 et 2015.
Frédéric Perissat, secrétaire de la Préfecture, estime que si «le point noir de cette convention est la création d'emplois, nous avons franchi un palier pour que la production française reste compétitive à l'échelle internationale. Nous avons fait le pari du maintien de l'activité industrielle, pas seulement de l'assemblage et du logiciel; et nous résistons aux chocs économiques grâce à cette activité. Nous restons dans la course internationale.» Reste à discuter le programme Nano 2017...
STMicroelectronics a annoncé mi-décembre son plan stratégique, dont le désengagement de ST-Ericsson. Au regard du poids économique du groupe sur l'agglomération grenobloise, certains émettent des craintes pour l'emploi et questionnent les financements publics.