Pouvez-vous nous présenter Atlantique Pellerin Vacances (APV) ?
Atlantique Pellerin Vacances est une entreprise familiale vendéenne spécialisée dans l’hôtellerie de plein air, et basée à Luçon. En 2027, nous fêterons nos 40 ans. Nous avons 50 salariés à l’année, mais nos effectifs grimpent à 200 durant la période estivale. Le groupe, qui a atteint 18 millions d’euros de chiffre d’affaires, a été créé par René Pellerin, qui a ouvert un premier camping à Angles, près de La Tranche-sur-Mer, en Vendée, voilà 39 ans. Aujourd’hui, nous exerçons deux métiers. D’abord, celui d’exploitant de campings : nous exploitons actuellement 11 campings, avec plus de 2 000 mobil-homes à la location. Nous en avons un en Bretagne, à La Trinité-sur-Mer, quatre en Vendée, deux sur l’île de Ré, un sur l’île d’Oléron, un en Dordogne, un près de Nice, dans les Alpes-Maritimes. Nous finalisons en ce moment même l’acquisition d’un camping dans l’Hérault, en bord de mer.
Et votre second métier ?
Notre deuxième activité, c’est ce que nous appelons en interne le métier de tour-opérateur. Concrètement, nous louons à des confrères des emplacements nus sur lesquels nous installons nos propres mobil-homes. Nous travaillons avec une vingtaine de campings partenaires. En général, nous en mettons entre 30 et 40 par site. Ensuite, nous assurons l’accueil avec des équipes dédiées. Ce modèle nous a permis, en tant qu’entreprise 100 % familiale, de nous déployer rapidement sur le plan géographique. Nous travaillons beaucoup avec les CSE, donc nous avons besoin de proposer une offre assez large, couvrant les grandes régions touristiques.
Ce modèle vous a donc permis de sortir du Grand Ouest ?
Oui, tout à fait. Nous sommes historiquement très ancrés dans l’Ouest, mais ce modèle de partenariat nous a permis de couvrir aussi le spectre méditerranéen, avec des partenaires en Corse, par exemple, mais aussi en Espagne. Nous sommes également présents dans le Sud-Ouest, notamment au Pays basque, où l’offre est rare. Cela nous donne une couverture large des principales destinations touristiques côtières. Sur l’ensemble de notre activité, nous sommes à environ 700 000 nuitées.
Quelle est aujourd’hui votre stratégie de développement ?
Le secteur se consolide énormément depuis quinze à vingt ans. Il y a de très gros acteurs, comme des fonds d’investissement, des franchises, des licences de marque, des groupes très structurés, qui parfois peuvent peser plusieurs centaines de millions d’euros. Dans ce contexte, le sens de l’histoire, pour nous, est plutôt d’aller davantage vers l’acquisition de campings en propre que vers le développement du réseau de partenaires. Cela ne veut pas dire que nous abandonnons cette activité, mais notre trajectoire est claire : le poids de l’exploitation en propre augmente et continuera d’augmenter. Plus de 70 % de notre activité provient de l’exploitation en propre, et moins de 30 % de la partie partenaires. À terme, on va encore accentuer cette évolution. Nous allons probablement nous rapprocher d’un équilibre de type 80/20, voire 90/10. Nous sommes en veille constante pour de nouvelles acquisitions.
La consolidation du marché a-t-elle aussi tiré le secteur vers le haut de gamme ?
Oui, clairement. La montée en gamme a été portée par les investissements, mais aussi par l’arrivée de nouveaux acteurs, par Internet, par la structuration du marché. Le secteur a conquis de nouvelles clientèles, notamment nord-européennes, avec un pouvoir d’achat plus élevé. Et surtout, on est passé d’un modèle centré sur l’emplacement nu, la toile de tente, à un modèle beaucoup plus locatif, avec beaucoup d’activités dont on peut profiter sur place, du toboggan aux spectacles du soir. Cela a totalement changé l’économie du secteur, et le prix d’un camping.
Quels montants faut-il mobiliser aujourd’hui pour acquérir un camping ?
Cela dépend évidemment beaucoup de la localisation et du chiffre d’affaires. Pour simplifier, le prix d'un camping se situe entre 4 et 6 fois le montant du chiffre d’affaires, ou entre 10 et 15 fois l’Ebitda. Un camping d’environ 150 places peut faire entre 1 et 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’Ebitda peut atteindre 50 % du chiffre d’affaires, mais il faut avoir en tête que le camping, c’est une activité très capitalistique. Il y a beaucoup d’investissements, à la fois dans les infrastructures – piscines, toboggans, équipements – et dans les hébergements, principalement les mobil-homes.
Quels sont vos investissements prioritaires ?
Nous avons deux grands postes d’investissement. D’un côté, les infrastructures : un spa, c’est 200 000 à 400 000 euros, une piscine, c’est 800 000 à 1 million d’euros, un ensemble de toboggans peut aller de 200 000 à 500 000 euros. En moyenne, nous investissons un peu plus d’un million d’euros par an dans les infrastructures, hors entretien courant.
De l’autre, il y a les hébergements. Le mobil-home est un gros poste d’investissement. Un mobil-home de gamme correcte avec terrasse coûte autour de 25 000 euros, mais certains modèles premium montent à 50 000 ou 60 000 euros. Les grosses années, nous pouvons en acheter 150 à 160.
Quel est votre horizon de développement ?
À moyen terme, nous visons un maillage en propre qui pourrait nous conduire vers 15 à 20 campings. Il n’y a pas de calendrier rigide : c’est un métier d’opportunités. Certaines années, il n’y a rien qui nous convient, d’autres, plusieurs dossiers intéressants peuvent sortir en même temps. Mais la logique est bien là : continuer à croître, progressivement, en restant fidèles à notre modèle.
Y a-t-il des zones que vous ciblez particulièrement ?
On compte environ 7000 campings en France. Nous regardons beaucoup le Sud-Ouest, notamment le Pays basque, qui nous plaît beaucoup. Mais c’est un secteur où il y a peu d’offres, et quand il y en a, les valorisations sont parfois déconnectées. Nous regardons tout, nous visitons beaucoup, mais nous restons disciplinés.
Avez-vous peur, un jour, d’être avalés par un grand groupe ?
La question dépend avant tout des actionnaires. Aujourd’hui, le capital est très clair : 60 % pour le fils de René Pellerin, Eric, nouveau président, et 40 % pour René Pellerin, le fondateur. La transmission familiale a été organisée. Notre logique, aujourd’hui, est de préserver cet ADN familial. Après, bien sûr, le secteur est très financiarisé. Les valorisations sont montées très haut. Les grands groupes, les fonds d’investissement, les opérations à très grande échelle ont transformé le paysage. Mais à notre niveau, nous sommes dans une stratégie de construction de long terme, pas dans une logique de revente rapide.