Quel regard portez-vous sur la situation actuelle de la France ?
La démagogie, le clientélisme, l’incurie des politiques m’insupportent de plus en plus. Nous ne méritons pas cela, ni nos salariés, ni les Français et Françaises, ni les entrepreneurs. La France travaille, la France regorge d’entreprises qui s’adaptent à toutes les situations depuis le premier choc pétrolier au début des années 1970. Le modèle opérationnel des politiques, qui repose sur l’idée que lorsque les caisses sont vides, ils peuvent piocher dans les poches des entreprises et des ménages, n’est plus supportable.
Et sur le plan local ?
Je reconnais le travail des élus locaux, toutes couleurs confondues, à l’exception des élus LFI. Que ce soit à la Région, au Département, dans les métropoles ou les villes, nos élus ont une vraie conscience de la relation qu’ils entretiennent avec les entrepreneurs. Et j’en veux pour preuve ce qui se joue à Fos-sur-Mer : sur ce territoire, les entrepreneurs portent une vision et des projets en termes de décarbonation. Les investissements, ils vont les réaliser. Charge aux collectivités, aux services déconcentrés de l’État de les accompagner, de mettre en œuvre les conditions pour la concrétisation de ces projets, porteurs de développement économique.
Vous vous êtes élevés contre le Versement mobilité régional lorsque la Région Sud l’a adopté, où en est ce combat ?
Au-delà de cette taxe, mon combat est de m’opposer à tout impôt de production. La France est le seul pays de l’Union européenne à taxer la production. Finalement, plus l’entrepreneur développe son entreprise, plus il crée d’emplois, plus il paye. C’est du racket !
"Nous devons travailler à faire disparaître les impôts de production qui minent les comptes d’exploitation"
Nos marges sont écrasées, quelle que soit la branche d’activité et aujourd’hui, le seul impératif est de tenir nos charges. Je le dis souvent : développer son chiffre d’affaires, c’est de l’enthousiasme, maîtriser ses charges, c’est du courage et de la détermination. Nous devons travailler à faire disparaître les impôts de production qui minent les comptes d’exploitation.
Autre taxe, la taxe Zucman, du nom de l’économiste français qui l’a inspirée. Comment réagissez-vous à cette nouvelle proposition de taxe ?
Des gens malheureux pensent que faire payer les riches peut être la solution à leurs difficultés. C’est faux ! Et il est indispensable de leur expliquer, de faire preuve de pédagogie sur l’économie. Cette taxe Zucman est totalement scandaleuse.
Elle prévoit d’imposer à hauteur de 2 % l’ensemble du patrimoine des personnes les plus fortunées de France, patrimoine de l’entreprise compris. L’entreprise est une personne morale qui doit se développer pour créer de la richesse, qui est ensuite redistribuée, à 65 % dans des salaires versés, sous toutes ses formes : rémunérations fixes et variables (plan épargne entreprise, intéressement, etc.). Amplifier cette rémunération du travail est possible dès lors que les charges françaises sont comparables à celles des autres pays européens, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.
"Quand les industriels de Fos et de l’étang de Berre investissent, il faut des structures qui acceptent de prendre le risque et il est normal que cette prise de risque, en économie de marché capitalistique, soit rémunérée"
Il faut faire en sorte que cette rémunération nette soit valorisée pour nourrir le pouvoir d’achat, le vouloir d’achat aussi. Ensuite, une entreprise, personne morale, a aussi besoin d’un outil et donc d’investisseurs qui portent cet outil. Quand les industriels de Fos et de l’étang de Berre investissent, il faut des structures qui acceptent de prendre le risque et il est normal que cette prise de risque, en économie de marché capitalistique, soit rémunérée.
Il est indispensable de préserver ce patrimoine de l’entreprise car l’entreprise survit à ses dirigeants. Il s’agit simplement de pérenniser un modèle pour permettre aux entreprises de grandir, de devenir des ETI, une taille idéale, encore trop peu répandue en France : elles sont 6 900 dans notre pays, plus de 20 000 en Allemagne.
"Il y a une frange d’entrepreneurs qui en a ras le bol, qui a envie de tout faire péter. C’est la réalité."
C’est tout le sens du Pacte Dutreil que nous défendons bec et ongles et qui doit faciliter fiscalement les transmissions familiales et in fine la pérennisation et donc le développement des entreprises.
Quel est le moral des dirigeants aujourd’hui ?
Jusque-là, même si la France va mal, je reste un entrepreneur au combat et tout le sens de ma mission est de nourrir l’enthousiasme et la combativité. Car, d’autres, 4 %, vont mal et ils sont de plus en plus nombreux. Il y a une frange d’entrepreneurs qui en a ras le bol, qui a envie de tout faire péter. C’est la réalité.
Toutefois en région Paca, la consommation et la production industrielle ne se portent pas trop mal. Il suffit de peu de choses pour que l’ensemble de l’économie s’engage dans une démarche vertueuse. Malgré tout, les investissements sont freinés, les entrepreneurs hésitent à s’engager davantage.
"Il est temps de dire la vérité aux Français : c’est grâce à l’esprit d’entreprise, grâce à la création de valeur et d’emplois que la croissance redémarrera"
Cette situation n’est plus possible. Il est temps de faire preuve de pédagogie, de dire la vérité aux Français : c’est grâce à l’esprit d’entreprise, grâce à la création de valeur et d’emplois que la croissance redémarrera. Mais cela suppose stabilité et visibilité. Je suis ravi de la nomination rapide d’un Premier ministre (Sébastien Lecornu, NDLR), cela permet d’éviter un attentisme préjudiciable. Mais, depuis sa nomination, nous assistons aux mêmes gesticulations.
Le recrutement reste-t-il une difficulté pour les entreprises de la région ?
Il y a encore des problèmes, mais c’est mieux. Tous les organismes (France Travail, Cap Emploi) font un travail remarquable pour accompagner les employeurs, pour favoriser le retour à l’emploi. Nous assistons aussi à un autre phénomène : le climat anxiogène fait que les hommes et les femmes sont moins nombreux à changer d’emploi.
La valeur travail a changé : les employeurs doivent pouvoir offrir une opportunité d’épanouissement à leurs collaborateurs, à travers par exemple un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, à travers une juste rémunération.
Dans ce contexte, quel rôle joue la relation entre dirigeants et salariés ?
Dans nos entreprises, les collaborateurs sont aux côtés des patrons. Ils sont très attachés à leur entreprise, ils sont investis, reconnaissants de l’action collective menée. Ils y trouvent une forme de reconnaissance, de vivre ensemble, de parcours professionnel que seule l’entreprise leur apporte. Aujourd’hui, ils retrouvent le sens du collectif dans leur boîte. Je ne suis pas un doux rêveur quand je le dis, je le constate tous les jours dans ma propre entreprise, le groupe Paca Participations (plus de 440 collaborateurs et un chiffre d’affaires de 170 millions d’euros, NDLR), avec l’Hyper U des Arcs-sur-Argens pour navire amiral.
Une vraie solidarité s’exprime et c’est cela la réalité du terrain que nous vivons : la croissance économique, la création d’emplois, l’intérêt général sont portés par les dirigeants. Parce que quand nous créons une entreprise, que nous la développons, c’est pour mettre en œuvre une vision.