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Start-up : Le Kenya, les Etats-Unis et l'Italie débarquent dans les incubateurs lillois
Lille # Activités culturelles et événementiel # International

Start-up : Le Kenya, les Etats-Unis et l'Italie débarquent dans les incubateurs lillois

La deuxième édition du French Tech Ticket permet à 70 start-up étrangères de s'implanter dans un des 41 incubateurs français partenaires, afin d'y accélérer leur business. À Lille, ce sont des Kenyans, des Italiens et des Américains qui ont pris place à La Plaine Images et Euratechnologies.

Carfit, Mash & Co ou encore Weza Interactive Entertainment ont intégré en janvier dernier les incubateurs d'Euratechnologies et de La Plaine Images... À première vue, il s'agit de start-up parmi tant d'autres dans le domaine du numérique. Et pourtant... Installés face à face dans un open space de La Plaine Images, les dirigeants de Mash & Co et ceux de Weza ne parlent pas un seul mot de français. Et pour cause : les premiers sont Italiens et les seconds, Kenyans. Quant à ceux de Carfit, à Euratechnologies, ils sont basés pour l'un à Portland et pour l'autre, à Hong Kong. Si ces startuper étrangers ont posé leurs valises à Lille, ce n'est que pour un an, dans le cadre du programme French Tech Ticket (voir encadré ci-contre). Entre une volonté affirmée d'accélérer leur business et l'inévitable choc des cultures : ils racontent les premiers mois de cette aventure lilloise.

L'importance du marché français

« Les principaux objectifs de ce programme, c'est que les start-up puissent vendre leurs produits en France, y trouver de bons partenaires ou même s'y installer », résume Katrin Ann Orbeta, co-dirigeante de la start-up italienne Mash & Co. Celle-ci conçoit une application de e-learning pour les jeunes enfants : l'idée est de leur apprendre, via des jeux ou des dessins animés, des valeurs comme le respect de l'environnement, l'amitié, etc. Alors qu'une première version en langue anglaise est opérationnelle, Mash & Co lance début mai son application en langue française. « Le marché français est pour nous l'un des plus importants en Europe », souligne encore Katrin Ann Orbeta, qui compte bien réaliser une grande partie de son chiffre d'affaires avec l'Hexagone. Des ambitions qui sont d'ailleurs partagées par Weza et Carfit. Les dirigeants de Weza, Georges Ahere et Joshua Ayugi, veulent lancer d'ici trois mois un jeu vidéo, destiné aux adolescents et adultes de moins de 35 ans. Celui-ci mêle le jeu avec la découverte de paysages d'Afrique et de cultures locales. L'industrie du jeu vidéo n'en étant qu'à ses balbutiements en Afrique, la start-up envisage déjà de réaliser la moitié de son chiffre d'affaires avec la France. L'Hexagone lui sert par ailleurs de laboratoire d'analyses : « Nous voulons d'abord comprendre le marché français et les attentes de ses consommateurs puis nous en servir pour lancer le jeu ailleurs en Europe mais aussi en Afrique francophone, où la France a beaucoup d'influence », explique Georges Ahere. Enfin, Carfit a ouvert de son côté, grâce à ce programme, une filiale à Euratechnologies, pour laquelle elle recrute actuellement une demi-douzaine de salariés : « Nous voulons dupliquer notre équipe technique, qui est basée à Portland, à Lille. Il nous fallait un point d'entrée en Europe et Lille possède une position géographique idéale », explique Nicolas Olivier. La société, qui a développé une technologie pour permettre d'interpréter les vibrations des véhicules (issues des pneus, freins, suspensions, etc.), compte réaliser à terme la moitié de son chiffre d'affaires aux États-Unis et l'autre moitié en Europe, à partir de Lille.

Les atouts économiques

La France est donc un marché de taille pour ces trois start-up, ainsi qu'une voie royale pour s'étendre en Europe. Mais c'est loin d'être le seul atout de l'Hexagone à en croire ces entrepreneurs. « Il faut arrêter de croire que l'herbe est plus verte à côté : il y a une espèce de système de critiques permanentes en France... Pourtant les dispositifs en place pour aider les entreprises sont parmi les meilleurs que j'ai pu voir dans le monde », affirme Nicolas Olivier. Il ajoute : « Et même au niveau du coût du travail, avec tous les dispositifs d'aides financières, un salarié revient bien moins cher en France que sur la Côte Ouest des États-Unis, où il n'y a aucune aide... » De leurs côtés, les dirigeants italiens de Mash&Co apprécient particulièrement l'écosystème de La Plaine Images : « Il y a beaucoup de start-up dans les industries créatives ici : en Italie il existe aussi des incubateurs mais ils ne sont pas spécialisés dans un domaine d'activité. C'est une opportunité formidable pour nous : cela nous permet d'échanger sur des problématiques communes dans la création ou sur les marchés... Cela permet aussi des rencontres, comme récemment, avec Ankama ». De leurs côtés, Joshua et Georges s'étonnent : « En France les start-up ont beaucoup d'aides d'institutions locales, de la Région, du secteur privé mais aussi du gouvernement... Cela n'existe pas en Afrique : seul le secteur privé investit dans les start-up à haut potentiel mais dans les domaines qui les intéressent ».

Le choc des cultures

Cela fait à présent cinq mois que ces trois start-up sont installées en France. Si la phase d'intégration est passée, elle ne s'est pas toujours déroulée sans heurts. Les deux dirigeants kenyans ont trouvé cette étape plutôt facile, puisque « tout le monde parle anglais ici », mais dans un grand sourire, ils avouent avoir eu tout de même beaucoup de mal avec les températures locales. De leurs côtés, les Italiens trouvent que « Les Français sont très polis. En Italie, nous parlons beaucoup et facilement, nous prenons contact comme ça. Cela ne fonctionne pas ici, nous avons dû apprendre à avoir une approche business des gens », sourit Katrin Ann Orbeta. Enfin, Nicolas Olivier, lui-même français d'origine mais vivant actuellement en Asie, s'agace de « la situation de l'emploi compliquée en France ». Il explique : « Malgré certaines améliorations, tout est très lent quand on veut embaucher, à cause notamment du délai de préavis que doit assurer le salarié auprès de son précédent employeur. Il n'y a pas de fluidité comme aux États-Unis où on embauche et débauche très vite. La contrepartie, c'est qu'il est plus difficile de stabiliser une équipe aux États-Unis mais cette fluidité est intéressante en phase de démarrage, quand on a besoin de constituer une équipe rapidement. Et puis c'est agaçant, aussi, pour un entrepreneur de devoir expliquer à des jeunes qui ont envie de bosser qu'il ne faut pas dépasser 35 heures... »

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